Le coeur en cage

il y a
1 min
174
lectures
25

Ecrire, composer de la musique, peindre... mes langages pour dire le monde et chercher à creuser l'âme des êtres qui l'habitent. Mes écrits sont tantôt des poèmes tantôt des romans. Vous  [+]

Je crus ce matin-là que l'essentiel était en friche- encore une fois- et malgré les avancées des derniers mois.
Étrangement, je n'avais pas allumé la radio et j'avais rêvé d'un revers de médaille fâcheux si je m'obstinais à me mettre en sûreté.
Pour la première fois depuis de longues semaines, le réveil n'avait pas sonné pour me tordre à la réalité. Ma liberté était au service d'une tâche à avancer chaque matin, mais mon autre vie, ma vie d'avant, m'avait façonné un cerveau peureux, soucieux de ne rien perdre. À ce jeu, je ne gagnais jamais et construisais pierre à pierre la prison qui me tenait au chaud.
Pourtant, un jour, la nourriture vint à manquer. La carte demeurait pourtant riche et variée, mais ce qui autrefois m'attirait me laissait désormais sans goût et je me serais régalée de pain et d'eau pourvu qu'il n'y eût plus autour de moi tous ces barreaux.
Bien sûr, personne (pas même moi) ne les voyait... Ils étaient de lumière ou de pluie, simple effet d'optique tombé comme des larmes pour tisser un rideau d'illusion.
Je savais cette dernière puissante. D'autant plus trompeuse qu'elle n'en avait pas l'allure, elle me faisait miroiter des mondes lointains, des aventures insolites et des paroles savantes. Elle me faisait rêver la vie pour me laisser debout, sans pas, derrière mes barreaux de bois.
Il y avait eu, jadis, une autre prison pour tenir au secret les bijoux que je portais au cou et aux poignets. C'était un lit d'enfant pour ceinturer mes petites jambes qui voulaient s'enfuir...
Il reste un peu de cette enfant-là au fond de moi, petite âme en prison dans un monde libre. Qui comprendra? L'appel vint des premières taches sur mes mains, prémisses d'une peau qui se mettait à ressembler aux mains usées de mon père. Signe avant-coureur, oh rien de plus, quand le tronc de mon arbre devenait moins lisse et plus rugueux.
Il m'avait fallu l'ailleurs pour sortir de ma captivité, les voyages lointains et le regard de l'étranger pour comprendre que personne ne me donnerait la vie que je voulais.
Si c'était une pomme au sommet de mon arbre, moi seule pouvais l'attraper. Et je fus surprise de m'apercevoir ce matin-là, qu'elle se trouvait entre mes mains, à l'heure où les barreaux avaient disparu, rongés par le temps et le soleil levant.
Le jour avançait dans le brouillard, mais je voyais loin maintenant que le désordre de ma table reflétait la liberté de mon cœur.
25

Un petit mot pour l'auteur ? 16 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Les Histoires de RAC
Les Histoires de RAC · il y a
Bien mené & très habile la dernière phrase "je voyais loin maintenant que le désordre de ma table reflétait la liberté de mon cœur".
Image de Sylviebr73
Sylviebr73 · il y a
Une belle façon de voir la vieillesse arriver avec la promesse d'être libre. Merci Marjorie.
Image de Philshycat
Philshycat · il y a
Image de Marjorie Tixier
Marjorie Tixier · il y a
Merci!
Image de Virgo34
Virgo34 · il y a
Un beau texte porté par de belles métaphores.
Image de Marjorie Tixier
Marjorie Tixier · il y a
Merci d'avoir lu et commenté mon texte.
Image de Papillon
Papillon · il y a
"...un rideau d'illusion" ...belle image!
;-)

Image de Marjorie Tixier
Marjorie Tixier · il y a
Merci d'avoir apprécié cette image qui en dit long.
Image de Cecile Josserand
Cecile Josserand · il y a
Énigmatique et bouleversant... !
Image de Marjorie Tixier
Marjorie Tixier · il y a
Merci Cécile d'avoir lu et commenté, cela me touche beaucoup.
Image de Adonis
Adonis · il y a
Très joli texte Marjorie. ..
Image de Marjorie Tixier
Marjorie Tixier · il y a
Merci!
Image de Geny Montel
Geny Montel · il y a
Bravo Marjorie et honte aux bourreaux d'enfants !
Image de Colette
Colette · il y a
J'aime beaucoup !
Image de Amandine Crd
Amandine Crd · il y a
Très beau texte qui me parle beaucoup Marjo.