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Le clone de Devos

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(Hommage à M. Raymond Devos)

Un jour, on me dit :
— Devos, vous n’êtes pas immortel, faudrait voir à préserver votre talent.
Je leur dis :
— Je veux bien, mais comment ?
— Il suffit de vous cloner. On vous fait un deuxième Devos, et dès que vous êtes mort, crac, on sort la doublure.
Je dis :
— D’accord, ce sera long ?
— Pour vous non. On va vous prendre quelques cellules et le tour sera joué.
— Ah, c’est magique, votre truc. Et où va-t-on me les prendre, ces cellules ?
— Dans les parties génitales... On en prend juste un bout.
— C’est délicat, qu’en même.
— Ne vous inquiétez pas, il restera encore un bout au bout du bout... Même votre pianiste est au courant !
Pour ne pas paraître plus idiot que mon pianiste, j’ai accepté.
Et le lendemain, j’avais abandonné une partie de mon corps à la science.
Neuf mois se passent, je reçois un coup de fil et on me dit :
— Devos, voudriez-vous voir votre clone ?
— J’arrive.
J’entre dans la pièce et qu’est-ce que je vois ? Un petit bébé... Minuscule... Avec la peau toute fripée... (Mimiques) Pas ressemblant quoi...
Je leur dis :
— C’est bien, mais mon public ne risque-t-il pas d’être déçu ? Ils vont se dire : hier, je l’ai rencontré, il était comme ça (Geste large), et aujourd’hui... comme ça (Taille du bébé). Ils vont lui poser des questions, c’est sûr.
— C’est prévu, il va vite prendre du poids. Voilà d’ailleurs sa courbe... Rectiligne !
(Geste oblique vers le haut)
Je dis :
— Bien... et s’il lui arrive un accident ? Je perds ma postérité.
— Aucun souci, on a de quoi faire des centaines de clones. De quoi avoir des Devos pour des siècles.
— Et si le public se lasse ?
— Si vos clones ne servent plus pour leurs dons d’artiste, ils serviront toujours pour leurs dons d’organes...
— Alors tout est bien dans le meilleur des mondes. Mais si je comprends bien, il va falloir attendre quelques années pour qu’il puisse me remplacer.
— Quelque mois tout au plus, il est sous hormones de croissance.
— C’est donc un Devos aux hormones, j’espère que cela ne gênera pas les gens...
Tout à coup, je vois le petit Devos qui pose son doigt sous l’œil droit.
— Qu’est ce qu’il fait, là ?
— Il révise ses textes, on les lui a mis dans ses poches.
Ah, ils sont très forts, ils ont tout prévu !
Alors, Mesdames, Messieurs, si je vous fais mes adieux ce soir, ne vous inquiétez pas, ce ne sera tout au plus qu’un au revoir.
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