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Le chemin de Richard

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Gil-Marcou

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Richard s’avance dans la prairie sous un soleil de plomb. Soudain il perçoit un bruit de pas derrière lui. Richard marche plus vite, vaguement inquiet. Une voix lui crie : Arrête-toi. La peur s’empare de Richard qui n’ose pas se retourner. La voix reprend : Arrête-toi, je te dis ! Le ton devient menaçant et Richard allonge le pas, espérant mettre le plus de distance entre lui et l’individu qui le suit. Il lui semble sentir le souffle de l’autre sur sa nuque. Un sentiment de panique l’envahit. La curiosité est la plus forte et Richard tourne la tête, en une fraction de seconde il reconnait Raymond Despanier un ancien habitant du village perdu de vue depuis des années. La luminosité est éclatante et la plaine immense se colore d’une teinte légèrement ocrée. Une femme surgit devant Richard, il s’agit de Louise, la femme de Raymond. Elle avance la main avec un regard haineux afin de saisir le bras de Richard qui fait un pas de côté et se met à courir. Les vociférations de ses poursuivants raisonnent à ses oreilles. Eperdu l’homme regarde de tous les côtés, pas un arbre, pas un rocher derrière lequel se cacher. Il court sur le chemin interminable éclairé par ce soleil si puissant. Au loin un rideau de brume apparait. Richard espère s’y fondre et disparaitre de la vue des Despanier. Encore quelques mètres, quelques enjambées et Richard se retrouve encerclé d’une brume épaisse. Richard ralentit, s’arrête pour souffler de soulagement. Il voit deux silhouettes s’avancer et reconnait avec horreur Raymond et Louise. Les Despanier s’approchent de lui. Eperdu Richard se sent encerclé par un brouillard de plus en plus dense. Soudain, apparait un séraphin dans un éclair doré et s’adressant à Richard lui dit : souviens toi. Et Richard se souvint se l’époque où il était jeune médecin. Il se remémore ce soir de décembre où un homme frappa à sa porte pour lui signaler le mal de ventre tenace qui tenaillait son petit garçon, Loïc depuis la veille. Cet homme c’était Raymond Despanier. Richard se souvint d’avoir refusé de suivre Raymond, prétextant une forte fièvre. La vérité était toute autre. Les Despanier habitaient une maison excentrée, à l’autre bout du village et Richard ne serait pas rentré à temps pour regarder la diffusion d’un match décisif du championnat d’Europe de football. Il supposa avec légèreté qu’un confrère prendrait en charge l’enfant. Il n’en fut rien, les médecins des environs étant monopolisés par une épidémie de grippe. Le lendemain Loïc mourait d’une péritonite aigue. Loïc sacrifié sur l’autel du dieu football, cette passion dévorante de Richard. Il consacrait tout son temps au ballon rond, le préférant à l’amour de la séduisante Marianne. Le séraphin darde sur lui un regard aux reflets bleutés. Richard comprend enfin : il avait fait le grand passage, il se souvint de ce léger malaise l’autre soir et de ce sommeil qui le terrassa dans son fauteuil au moment précis où son équipe favorite marquait un superbe but. Raymond et Louise s’approchent encore plus près de lui, presque à le toucher. Soudain une transformation subtile s’effectue chez Richard. La peine et le deuil des Despanier deviennent les siens. IL ressent viscéralement leur colère et leur tristesse. Il vit la souffrance des disputes et de la séparation de ce couple qui ne pouvait plus vivre ensemble après ce drame. Leur dépression, Richard l’expérimente, ainsi que leur déclin. Et il comprend, Louise et Raymond se sont laissé mourir à cause de son inconséquence. Une insondable tristesse envahit Richard. Il murmure le mot « pardon ». De façon insidieuse la tristesse laisse la place à un sentiment inconnu de lui. Ce sentiment devient de plus en plus prégnant, pour la toute première fois Richard ressent de la compassion. Le séraphin prend les traits de Loïc. Il se place entre Raymond et Louise et leur saisit à chacun la main. Tous les trois disparaissent dans la brume. Richard se redresse. La brume en se retirant laisse filtrer une clarté nouvelle.

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Françoise Grand'Homme · il y a
En effet, il y a de quoi se sentir nauséeux de culpabilité. Une bonne leçon de vie.
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Afa · il y a
Ca existe, ces excuses, chez les médecins ? Aie !
Encore un peu de travail nécessaire sur ce texte. Mon vote d'encouragement.

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ChristineMourguet · il y a
Un texte plein d'espoir.
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Laurence GDN · il y a
Une belle écriture ! Bravo et mes votes !
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Maour · il y a
Merci pour ce texte que j'ai lu avec plaisir. J'espère que vous apprécierez aussi le mien :)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-veritable-histoire-du-petit-poucet

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Topscher Nelly · il y a
Excellent texte.Bravo.Les voix.
Mon univers si vous le souhaitez :http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/de-lautre-cote-31

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Bertrand Gille · il y a
Mon vote ! amplement mérité !
(N'hésitez pas à venir flâner dans mes "promenades" : http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/promenades-1 )

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Atoutva · il y a
Voilà une histoire bien émouvante, sur un sujet bien triste. Qui n'a pas à se faire pardonner de quelque chose !
Le prénom "Richard" serait peut-être écrit un peu trop souvent mais je vote.
Peut-être viendrez-vous voir "Le loup"http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-loup-7

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Sylvie Franceus · il y a
Wahou.... deux minutes d'un concentré pur sucre du pire .... ah ben moi qui n'aime pas le foot.... je me dis que c'est plutôt une bonne chose... quel gougnafier ce médecin qui maintenant est figé dans le remords.
Ce que vous écrivez bien et vous lire est une vrai joie, même pour un sujet aussi grave.
Merci

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