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Le chat

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Sylvain

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Une grande pièce claire haute de plafond avec des moulures qui font le tour des murs à l’enduit patiné par les ans.
Des fenêtres à impostes bordées de doubles rideaux qui laissent entrer la lumière à pleins flots.

C’est le matin, les fenêtres sont entrouvertes et laissent passer un air léger,
printanier, où des senteurs florales viennent se mêler aux odeurs des murs, des meubles cirés et des tissus anciens.
La chambre n’a pas été utilisée cette nuit, le lit n’est pas défait mais dans un angle une méridienne est à moitié couverte d’un châle sur lequel un livre gît, ouvert et retourné, abandonné sans doute l’après midi d’avant.

On perçoit des chants d’oiseaux et la rumeur de la ville, lointaine. Par moment, un souffle fait bouger les rideaux et, dehors, des frondaisons d’un vert tendre tremblent dans cette brise tiède qui donne envie de s’étirer comme un gros chat, comme celui qui vient de se faufiler entre les battants entrouverts.
Tranquillement, il parcourt les flaques de lumières sur le plancher doré et vient se poster devant le lit, puis d’un saut léger où se trahit une vieille habitude, se juche sur l’épais couvre-lit de laine blanc et commence à y faire sa toilette avant d’entamer sa longue sieste diurne.

Derrière la porte qui clôt la pièce, on entend des bruits domestiques, des bribes de paroles échangées, des pas se rapprochent dans le couloir qui doit mener à cette chambre, mais ils ne s’arrêtent pas et s’éloignent, des pas de femmes aux talons énergiques, bien marqués, qui remplissent un instant ce lieu si calme de leurs petits marteaux rythmés.
Dans le calme revenu, le chat, qui, à peine, a dressé les oreilles à ce bruit familier, se roule en boule avec une évidente volupté et ferme ses yeux d’or, sans un regard pour la jeune fille qui depuis tant d’années veille au mur près de la porte dans son cadre tarabiscoté.

Qui regardait-elle, quand elle prit la pose pour un Monet, un Renoir, un Pissaro ? Sa tenue en robe légère, son chapeau qu’elle retient d’une main gantée de blanc tandis que l’autre tient l’ombrelle, tout parle d’un temps insouciant, fragile instant à jamais volé au passé.
On dirait que de son sourire moqueur et de ses yeux encore si jeunes, elle approuve le retour des beaux jours, se réjouit de contempler la douillette clarté au milieu de laquelle, noir charbon sur la neige, le chat dort, totalement serein.
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Image de RAC
RAC · il y a
Une bien jolie plume & un récit très agréable. Peut-être aimerez-vous découvrir mon chat au travers de mes petites z'histoires... A bientôt !
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