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Le chant du laboureur dans le matin brumeux.

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Marie Vincent

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FINALISTE
Sélection Public

Longtemps je me suis levé de bonne heure parce que la veille, je m’étais couché de bonne heure. J’étais agriculteur. Une vie dédiée à la terre. Une vie au rythme des saisons, des moissons, des fenaisons... et parfois, des subventions.
Alors que les premiers rayons du soleil matinal caressaient ma joue endormie, et que parvenait à mes oreilles, encore engourdies par le silence immuable de la campagne, le chant vigoureux du coq... (Je peux, moi aussi, faire des phrases à vous couper le souffle), croyez-vous que j’avais le temps de me poser des questions existentielles ? Le temps de me lancer dans de profondes réflexions ? Sur les églises, Charles Quint et la métempsycose ?
Bien sûr que non !
Qui aurait fait démarrer le tracteur ? Qui aurait labouré le champ, semé le grain ? Qui aurait moissonné et récolté le blé pour en faire des bottes à sécher ?
Monsieur Proust ?
Je ne crois pas ! Chacun son terreau, chacun son bonheur, le sien est dans les livres (quel temps perdu ! ) le mien est dans le pré, et je ne parle pas de celui que j’ai été contraint de faire pour sauver ma petite exploitation...
Aujourd’hui, je suis vieux, mais je ne suis pas aigri. Je résiste à l’ennui, aux regrets et à la nostalgie. Certes, le coq est mort depuis longtemps et je n’ai plus besoin de me lever de bonne heure pour accomplir mon dur labeur. Pourtant, tous les matins, je me réveille à l’aube et dirige mes pas vers les champs endormis. Je caresse les épis de ma main burinée, je les sens me piquer...
Oui... je suis encore en vie.
Je me saoule de vent et je ressens le froid...
Non... je ne suis pas encore mort.
Dans ces instants-là, je repense à mon père. Il me parlait souvent de ces exploits passés en tant que résistant. Une phrase m’a marqué. C’était un message codé annonçant l’imminence du débarquement : « Le chant du laboureur dans le matin brumeux ».
Au crépuscule de ma vie, voilà pourquoi tous les matins je me lève toujours de bonne heure ; je ne veux pas manquer le débarquement. J’écoute la fanfare des oiseaux qui s’éveillent, je m’extasie devant le char rutilant du soleil qui se lève, j’applaudis au défilé des saisons qui parent la nature de couleurs changeantes et féeriques. Oui, si je me lève de bonne heure, c’est uniquement pour cette raison-là, pour assister au débarquement du bonheur, qui, tous les matins, me fait l’honneur de venir dans mon pré.

PRIX

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Gladys · il y a
Une petite merveille ce texte, moi aussi je l'ai raté! le reste en mp merci
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Perle Vallens · il y a
j'avais manqué ce joli texte...
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Subtropiko · il y a
J'avais voté pour le tintamarre ("Ma page nocturne"), je dis bravo aussi pour le "Gai laboureur" !
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Francis Etienne Sicard Lundquist · il y a
Toute mes félicitations et bonne chance pour la finale. Mon vote bien entendu !
Cordialement,
FE

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Marie Vincent · il y a
Merci!
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Loute · il y a
C'est un très beau texte, un bel éloge pour cette nature trop souvent sous-estimée !
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Sophie Dolleans · il y a
Un levé paysan ! y'a que ça de vrai !
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CristelD · il y a
Un bel hommage !
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Lézarde Dencre · il y a
Bravo pour vos phrases à couper le souffle ;-)
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André Page · il y a
Bravo Mapie mes votes juste à temps.
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Utilisateur désactivé · il y a
Une belle levée de bonheur originale, qui ne laisse pas indifférent, j'aime.
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