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Le chant des cigales

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Pauline Métais

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Je suis en France, Sam. Depuis quelques temps maintenant, je perds la notion du temps je t’avouerai. Je suis allée voir ma sœur. Je me suis excusée d’être partie au pire moment. Je suis allée voir mes parents aussi. Ils n’ont pas essayé de fuir, c’est leur maison la France, c’est chez eux.

J’ai entendu les cigales cet été. Il y en a encore un peu.

On ne les entend pas sur les champs de bataille, j’ai dû m’enfoncer assez loin dans la garrigue pour les retrouver. L’odeur de l’herbe séchée par le soleil et des arbousiers remplis de fruits m’ont fait oublier, le temps de quelques instants, pourquoi j’étais revenue sur ma terre natale. Puis les cigales ont arrêtées de chanter. Il y a eu une explosion.

Tu sais Samuel, c’est faux de dire que les cigales chantent. En fait elles, ou plutôt ils car il n’y a que les mâles qui le font, frottent leurs ailes contre leur corps. C’est pour attirer les femelles. C’est à celui qui se frottera le mieux, le plus fort. Il y a des choses qui ne changent pas tu me diras. Mais en bref, c’est ce frottement qui crée ce « kss kss » tellement familier. Tu sais ce qui est drôle aussi ? C’est que les gens qui ne viennent pas du sud disent que c’est «  comme dans les films » parce que dans les films tournés dans le sud de la France, on entend lesdites cigales. Naturellement, elle sont là, et elles se préoccupent assez peu de savoir si le boucan qu’elle font nous incommode. Donc oui, c’est comme dans les films. C’est plutôt que dans les films, c’est comme dans la vraie vie. Mais en même temps, c’est comme quand on débarque au Canada et qu’on trouve que les routes et les maisons sont « comme dans les films ». Évidemment. Les scénaristes et les metteurs en scène s’emmerdent pas à mettre en place un faux décor dans tous les films.

J’adore les cigales. Certains ne les supportent pas. Elle font beaucoup de bruit, c’est vrai. Parfois leur chant est si fort que nous sommes obligés de crier pour s’entendre. D’aucuns disent que c’est pour cette raison que les gens du sud parlent fort. Ils sont assourdis par des dizaines et des dizaines d’étés en compagnie des cigales. Moi je trouve leur chant apaisant.
C’est l’été.

C’est le « kss kss » c’est bronzettes sur le balcon ou dans le jardin. C’est le « kss kss » des pastis, des martinis, des muscats, des mojitos et des bières qu’on boit à toute heure du jour et de la nuit. C’est le « kss kss » des coups de soleil, des baignades, des repas en extérieur, des apéros entre amis ou en famille. C’est le « kss kss » des douces soirées où on fume en parlant à la lune. C’est le «  kss kss » des corps asséchés par le sel de l’air et le sable de la mer. C’est le « kss kss » des étés qui durent à jamais.

Mais aucun été ne dure à jamais. Un jour ou l’autre, les soirées vont se rafraîchir. Les petits-déjeuners et les dîners se feront en intérieur. Puis les midis aussi. Un jour, on ressort sa petite veste et on remet des pantalons. Les nuits où l’on se baigne nus se font de plus en plus rares jusqu’à disparaître. Les apéritifs se teintent de «  On pourrait rentrer ? Je commence à avoir froid. ». Les amis et la familles sont un peu moins souriants et le soleil lui-même semble moins bout-en-train.

Et parce qu’on est trop égocentrés, on ne se rend compte que beaucoup plus tard que les cigales ont arrêtés de chanter depuis longtemps.

Je me suis réveillée dans un lit d’hôpital.
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