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Le Caniveau

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Morane Bob

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On est bien là. On est bien tous les deux, assis au-dessus de ce caniveau. Tu dis rien, toi, mais je suis sûr que, tout autant que moi, tu apprécies ce moment.
Tu vois le soleil, de là où on est, il est bordé par les immeubles. Et c’est beau.
Je ne sais pas qui est ce type, Haussmann, mais le coucher de soleil sur les toits des appartements Haussmannien c’est agréable non ? Et puis regardes, le sol est chaud, même ce minable bout de trottoir où on est assis, nous offre un réconfort pour nous deux. Comme un remontant, quoi.

Mais tu ne dis toujours rien. Moi-même, je ne te dis rien. Je me contente de voir ton visage étinceler sous les derniers rayons de soleil. Tes yeux azurs plissés, mi-clos qui, comme je te connais, montrent que tu profites de cet instant présent. Moi aussi, je suis bien là. Avec toi. J’oublie que le monde existe. J’oublie que la vie, c’est la misère. Adieu toutes les prises de tête sur cela ou ceci à payer. Au revoir les engueulades perpétuelles avec telle ou telle personne. C’est fini le temps pour moi, où je courrais à droite et à gauche quand je te laissais derrière seulement pour poursuivre des idées qui n’aboutirent jamais.

J’aimerais que tu restes.

Oui. Avec moi au bord de ce caniveau. Pour la nuit. Pas pour toujours, car alors, alors, ça oui ! Tous les problèmes reviendront, j’aurais mal de voir à nouveau quelqu’un souffrir parce que je le traîne dans mes conneries, mes projets hasardeux, même si le seul objectif que j’aie actuellement, c’est de ruminer mes bêtises. Et puis tu m’en voudras aussi, à force. Et ça se trouve, tu as peut-être déjà retrouvé quelqu’un, qui sait ?

Bah peu importe. Je sens ta présence auprès de moi. La chaleur que je ressens, elle ne vient vraiment pas de ce trottoir, elle vient de toi. J’ai envie à nouveau d’explorer ta peau. Oui. Sentir ta douce peau couler entre mes doigts. D’antan, c’était une valeur sure. Je m’en lassais jamais, peu importe que le chemin fusse le même.

Mais je ne peux pas. Aujourd’hui, je ne peux plus. Rien que par l’aspect de mes doigts, tu vas t’éloigner. Et je ne veux pas. Je veux, qu’encore, on continue à tourner le dos à la réalité. Que tous les deux, encore quelques instants, même silencieux, on profite de la chaleur de ce caniveau. Tu vois quand on tourne le dos à ces tracas la vie n’est pas forcément mieux, mais elle est plus belle. Tu vois rien qu’avec un morceau de trottoir je suis heureux. Et puis le caniveau tu sais, qu’il fasse nuit, jour, beau ou froid, il reste toujours le même. Pas de mauvaises surprises, je sais que demain, par exemple, ce caniveau, il sera à nouveau chaud, et peut-être que mes fesses s’y poseront. Mais je serais seul cette fois-ci. Et je penserais à cette soirée où tu es venue me voir. Et le trottoir me paraîtra encore comme un réconfort. J’aurais un souvenir de toi avec moi, ici-même. J’aurais un souvenir d’une femme qui m’a quitté mais qui s’inquiète encore pour moi. Oui et les autres, à qui on aura tourné le dos, assis, ici sur ce caniveau, les autres ils se souviendront d’un pauvre homme mal rasé, les cheveux ébouriffés. Ils se souviendront peut-être dans le fil de leur journée, d’un clochard et d’une belle dame assis sur un caniveau à ne rien se dire.

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RAC · il y a
Tant que le bout de trottoir est chaud et qu'on a quelqu'un à aimer...
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Thara · il y a
Un beau texte qui parle de lui-même. De cet homme et, du souvenir de cette femme qui le hante !
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Morane Bob · il y a
Merci !
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Jean Calbrix · il y a
Ce pourrait-être du Renaud :"A s'asseoir sur un banc, cinq minutes avec toi !" Bravo, Morane, pour ce TTC toute en tendresse avec une chute remarquable ! Vous avez mes cinq votes !
Si vous désirez faire un peu de patin à glace, j'ai ce qu'il faut ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/verglas

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Morane Bob · il y a
Votre commentaire me va droit au coeur ! Je suis loin du niveau Renaud, mais j'aspire à écrire sur ces petits moments de vie !
Je viens ASAP lire, le temps de chausser mes skis !

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Jean Calbrix · il y a
Bonjour Morane ! Je relis avec beaucoup de plaisir votre sympathique TTC.
Un grand merci à vous d'avoir soutenu mon poème Verglas.
Je vous invite à lire un Lucky Luke, bref et humoristique, ici : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/ouaip

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Patrick Peronne · il y a
Version revisitée de La Belle et le Clochard... mon vote
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CoraL · il y a
J'ai beaucoup apprécié votre écriture. Comme quoi un caniveau peut-être un endroit chargé de souvenirs :-). +5 et bonne continuation! :-)
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Morane Bob · il y a
C'était le but ! Merci =)
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Arlo · il y a
.J'aime.Texte très bien écrit + 5 de la part d'Arlo qui vous invite à venir découvrir son poème "la découverte de l'immensité" et son TTC "le petit voyeur explorateur". Bonne soirée à vous.
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Morane Bob · il y a
Merci ! Je viens ASAP.
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Keith Simmonds · il y a
Beaucoup de tendresse, de charme et d'émotion dans cette exploration personnelle! Bravo! Mes votes! Merci de passer lire et soutenir mon “Poète Explorateur” si le cœur vous en dit!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/poete-explorateur

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Camille Crésut · il y a
J'ai été très touchée par ce texte !
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Morane Bob · il y a
En espérant que vous avez quand même passé un bon moment avec eux, merci
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Oriel · il y a
Très émouvant
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Morane Bob · il y a
Merci beaucoup Oriel.
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Ph de Pironin · il y a
encouragements de Pironin...
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