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Le C(cédille)a

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Jargenty

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Freud a dit : « Au début était le Ça ! », et non le Verbe comme il est dit ailleurs, le verbe c’est pour plus tard, bien plus tard, pour une époque de langues déliées, une époque de conscience et de projections verbales articulées.
Ainsi donc le Ça est le Tout d’où Il vient ! Autrement dit, et avant qu’Il soit, le Ça indique fondamentalement l’indifférenciation, signifiée parfois par l’UN, un rond d’autre fois, ou encore Dieu, c’est toujours faux. Combien d’âmes errantes en proie au tourment en appellent à cet Un qui parfois dans l’histoire se transforme en Huns qui du passé voudraient faire table rase. Pas d’histoire et pas de mort, pas de limites, pas de bords, le Paradis quoi. Ou l’Enfer ?
Le Ça, ce temps qui attend d’être, je vous invite à le considérer comme un fond. C’est difficilement représentable et donc toute tentative de représentation est toujours approximative et vaine. Ce que l’on peut nommer n’est pas le Ça, c’est autre chose, quelque chose. Non pas que le Ça ne soit rien. S’il n’était rien nous ne fûmes pas poussés par le truchement du ci-devant médecin viennois à en dire quelque chose. Si je dis que l’on ne peut pas nommer ce qu’est le Ça c’est précisément pour mettre le point sur cette affaire de verbe qui vient après : les contenus du Ça sont pré-verbaux et ne peuvent en aucun cas accéder à la conscience.
Un fond donc où Mélanie Klein dessine les plus et les moins des stimuli. Voilà en tout cas le traitement que je fais subir à sa théorie, peut-être y verrait-elle à redire. Un tableau noir (vert en fait) sur lequel je trace maladroitement des signes « + » en bleu et des signes « - » en rouge pour signifier l’agréable et le désagréable, le bon et le mauvais, les couples d’opposés chers à Jung. Je dirais que le Ça est constitué par cela et uniquement par cela, une masse confuse et indifférenciée de stimuli auxquels le corps réagit avec ce qu’il est à ce moment-là, nous y reviendrons ailleurs.
Au début était le Ça ! laisse sous entendre sous la plume de Freud une histoire à venir après le Ça. Mais le Ça ne disparaît pas. Le Ça n’est pas non plus la poussière à quoi l’on retourne une fois que toutes les fonctions vitales sont terminées dans le corps humain. Le Ça signifie que déjà des événements se produisent. Pour beaucoup de gens il y a comme une confusion entre un état stable et neutre et le Ça, le Ça n’est pas un état stable et neutre, il y a là beaucoup d’agitations électriques, comme une vibration colorée entre ces plus et ces moins sous tension. C’est là le territoire de la pulsion, de la vibration vitale qui agite l’être. Il s’y passe des regroupements, des essais de formations, des entreprises d’agencements qui ne sont motivés par aucun autre but que décharger la tension, toute la tension, dans le Réel.
Le choix des signes électriques n’est pas anodin, il s’agit de polarités électriques et je trouve cette analogie très explicite. Énergies libres, puissances nodales et strictement somatiques en fait. Impulsions pulsions générées par des impressions dont la quantité augmente de la naissance à l’âge mûr pour décroître ensuite jusqu’à la mort du corps. La qualité des pulsions n’a de sens que lorsqu’elle parvient à se lier pour parvenir à la conscience, elle devient alors plaisir ou déplaisir selon que son effet sur le corps propre et sur le corps de l’autre est perçu comme agréable ou désagréable. En deçà de cela il n’y a pas de qualité à la pulsion.
Je dirais : « Au début il y eut un plus et un moins ! » dont la Genèse rend compte à sa manière dans les toutes premières pages, c’est une histoire très simple d’interrupteur : jour-nuit. Amusez-vous à lire l’Ancien Testament comme un ouvrage de psychologie, voire, quelle audace, comme un ouvrage précurseur de la psychanalyse, c’est plein d’enseignements et vous y serez surpris presque à chaque page. Ainsi peut-on considérer qu’il n’y a rien avant 2 (le chiffre 2), rien qui vaille le coup d’être vécu en tout cas. Mettez-y ce que vous voulez, la relation amoureuse par exemple. Encore qu’il ne faudrait pas faillir ou déchoir dans une conception du chiffre 2 qui serait trop étroite car en vérité la relation amoureuse ne considère pas forcément qu’il y ait deux sujets.
Ça donc, pour en finir de ce texte, un fond disais-je, une sorte de tapisserie vibratoire comme on peut en voir dans les films documentaires faits avec un microscope. Dans la coupelle qui contient le bouillon de culture ça s’agite microscopiquement, des intensités parcourent la surface, véhiculées par des pôles électriques. La soupe pulsionnelle est prête à générer du vivant suivant les formes actuelles du contact physique du sujet avec le monde.
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