Le bruit

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La première fois qu'elle l'a entendu, elle s'est demandé comment elle avait pu passer à côté pendant aussi longtemps. Elle l'avait confondu avec autre chose: le bruit d'une voiture en bas dans la rue, celui d'un camion arrêté pour livrer. Il avait percuté son cerveau pendant un instant, sans laisser de trace. Il attendait son heure.
Et puis un soir, sans raison, elle s'est mise à l'entendre vraiment, et là, elle s'est demandé comment elle avait pu passer à côté pendant aussi longtemps.
Au début, ça ne l'a pas trop inquiétée. C'est un bruit léger, facile à étouffer. Au début, donc, les boules Quiès suffisaient. Elle les fourrait dans ses oreilles et le bruit cessait sur-le-champs d'exister. Mais petit à petit, elle s'est mise à penser à lui, à l'imaginer. Imaginer un bruit qu'elle n'entendait plus. Alors, avec ou sans bouchons, le bruit s'est mis à faire partie d'elle. C'est un bruit régulier, berçant, rassurant peut-être pour certains, mais pas pour elle. C'est un bruit sans début et surtout sans fin, un bruit éternel, lancinant jusqu'à la folie. Le matin, le bruit, le jour, le bruit, la nuit, le bruit, en hiver, en été, dedans, dehors, à la ville ou à la campagne, le bruit. Toute la vie et peut-être même toute la mort.
Ce bruit, c'est elle, si ça se trouve. En tout cas, ils sont tellement agrippés l'un à l'autre qu'elle n'arrive plus à les distinguer. Le bruit la ronge, ou bien est-ce l'inverse? Parfois elle en vient à se demander ce qu'il adviendrait si elle tuait le bruit. Mais de toute façon, elle ne connaît aucun moyen de le faire. Alors, elle vit avec, comme tout le monde et parfois même, elle l'oublie pendant un instant.
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