Le bourdon

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J'ai envie d'écrire depuis de nombreuses années sans jamais avoir vraiment eu l'audace de franchir le pas. Mon rêve le plus fou serait que le cinéma fasse vivre une de mes histoires  [+]

Une brise légère parcourait la montagne où milles senteurs délicates côtoyaient les promeneurs audacieux, ayant osé braver la rudesse des petits sentiers forestiers.
La rivière, formait une boucle, ombragée par de vieux chênes centenaires, et nous nous promenions, grisés par ces paysages magiques et envoutants.
Le pas léger, l’œil alerte, sans cesse stimulé par des couleurs entêtantes, nous goutions au plaisir simple d’une randonnée en famille.
Mes enfants, gambadaient joyeusement, grimpant sur un tronc d’arbre, ou sur un rocher déposé là par une force surnaturelle et millénaire.
Une douce fraicheur se dégageait de l’eau qui coulait lentement vers une destinée inconnue.
C’est à cet endroit que nous décidâmes de poser notre plaid, pour un repas champêtre attendu avec impatience.
Les enfants allèrent jeter des cailloux dans la rivière et se tremper les pieds dans l’eau claire et fraiche, le temps que nous sortions des sacs, victuailles et bouteilles d’eau.
Après un repas bien mérité, plongée dans une semi-somnolence, je me laissais petit à petit envahir par la plénitude du sommeil.
Lorsqu’un cri perçant me fit brutalement sortir de l’état second dans lequel je coulais doucement.
Ma fille était au bord de la rivière, fixant l’eau avec curiosité.
Je regardais à mon tour ce qui l’avait intrigué.
Un bourdon, tombé par maladresse dans l’eau de la rivière essayait désespérément de s’envoler. Mais, ses ailes mouillées, le retenaient prisonnier d’un courant qui allait devenir son tombeau.
Une myriade de poissons multicolores, attirés par les mouvements paniqués de l’insecte, arrivaient pour se régaler.
J’aperçu leurs bouches goulues, s’ouvrir en s’approchant de lui.
Ils n’étaient plus qu’à quelques centimètres à présent, et moi, j’attendais sur la berge, impuissant témoin d’une mise à mort imminente.
Ce n’était qu’un insecte, mais sa lutte inutile contre sa funeste destinée me fit réagir.
Je cherchais des yeux quelque chose à lui lancer, lorsque j’aperçus un morceau de bois incurvé, qui ressemblait à un minuscule radeau.
Je lançais l’objet comme une bouée à la mer, sans me douter un seul instant qu’il serait salvateur à ce pauvre bourdon.
L’insecte qui luttait toujours pour s’envoler, se précipita sur le bout de bois, mettant dans ce dernier sursaut toute la puissance de son corps épuisé.
Il était à présent dans un abris précaire, que les poissons déplaçaient avec rage, furieux de voir s’échapper le festin tant convoité.
À peine remis de ses émotions, les ailes enfin séchées par le soleil, l’insecte en profita pour s’enfuir de ce cadeau tombé du ciel.
Au bord de la rivière, je le regardais s’envoler, minuscule point qui disparut à l’horizon.

Ce jour-là nos routes s’étaient croisées par le plus grand des hasards, comme si un ange providentiel avait guidé mes pas à cet endroit précis.
Et je ne sais pourquoi, cet instant fugace et éphémère est resté gravé au fond de ma mémoire.
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Hypatia de Salem · il y a
Un texte très agréable qui relate une belle délicatesse à l'endroit d'une minuscule bestiole 🙂
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Agnès BERGER · il y a
Merci