Le bosquet de la peur

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Jury
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Thème

Image de 11-14 ans
Ce matin-là, j’ai reçu de ma meilleure amie un message sur mon téléphone portable, me disant d’aller la rejoindre dans l’après-midi, pour jouer dans le bosquet près de chez elle. J’ai donc enfourché mon vélo et j’ai pris la route, pédalant sans relâche pour atteindre ma destination. C’était une belle journée de printemps ensoleillée, la température était très douce et une légère brise fraîche me caressait le visage.

Je suis arrivée dans la petite forêt la première. Je me suis assise sur une souche d’arbre et j’ai profité avec bonheur du chant des mésanges, merles et moineaux en attendant mon amie. Les magnifiques fleurs du pommier et la météo clémente ne laissaient aucun doute sur la saison qui débutait. J’étais vraiment heureuse de l’après-midi qui s’annonçait.

Mais d’un seul coup, les oiseaux s’arrêtèrent de siffler. Des nuages cachèrent en quelques secondes l’astre du jour me plongeant dans une obscurité presque totale. Effrayée par ce changement soudain, j’ai voulu m’enfuir, mais mes muscles ne m’obéirent pas, comme si une force invisible me clouait sur place et m'empêchait de faire le moindre mouvement. Je n’arrivais même pas à bouger le petit doigt. Une pluie torrentielle et glacée commença à tomber et un vent brûlant se mit à souffler si fort que presque tous les arbres aux alentours s’écrasèrent sur le sol. Malgré la pénombre, je discernais des ombres fantomatiques danser devant mes yeux, et dans le vacarme assourdissant du vent et du tonnerre, j’entendais comme des milliers de voix. Elles parlaient toutes en même temps et si bas que je ne parvenais pas à comprendre ce qu’elles disaient. J’étais terrorisée, je tremblais de froid, pourtant j’avais très chaud en même temps. L’eau m’arrivait aux chevilles à présent, mais était-ce vraiment de l’eau ? Le liquide dégageait une désagréable odeur de sang et des effluves âcres que je ne parvenais pas à identifier. De gigantesques éclairs illuminaient le ciel régulièrement. La foudre s'abattit sur le chêne près de moi, l’arbre centenaire s’embrasa aussitôt sans que la pluie incessante puisse l’éteindre. Je criai, mais aucun son ne sortit de ma bouche. J’avais le souffle coupé et la sensation que des mains invisibles m'étranglaient. Le tronc enflammé se renversa et l’incendie se répandit. Bien que submergées, mes chaussures commencèrent à brûler. J’étais si effrayée que je remarquai à peine que mes orteils recommençaient à bouger. Les flammes devinrent moins grandes, jusqu’à disparaître complètement. Les nuages s’en allèrent et le vent s'essouffla emportant avec lui les épouvantables silhouettes et les murmures. Je me pris la tête entre les mains et fermai les yeux pour tenter de me remettre de ce qui s’était passé.

Quand je les rouvris, toute trace de la tempête semblait s’être volatilisée. Le sol était loin d’être humide et mes habits, qui j’en suis sûre, étaient trempés pendant l’orage, étaient secs. Pourtant, quand je touchai mes cheveux, ils étaient mouillés. Les arbres se dressaient bien haut autour de moi, un seul était au sol, celui qui avait partiellement brûlé. Seul le bout de mes baskets était légèrement noirci, alors que j’avais bien senti la chaleur du brasier dans l’ensemble de mes pieds. Je remarquai quand même que mes chaussures baignaient dans une petite flaque à la forme étonnamment ronde. Avais-je rêvé ? C’était impossible, trop d’indices me prouvaient que cette tempête avait bien eu lieu. J’étais peut-être folle, j’avais des hallucinations et tout cela n’était que le fruit de mon imagination ? Je sursautai en entendant des pas, je me mis à trembler de peur. Mais je fus vite soulagée lorsque je vis mon amie arriver. Tout en s’approchant, elle me dit :
— Tu te sens bien ? Ça n’a pas l’air d’aller, tu es toute pâle !
— Bof... Mais, comment as-tu fait sur ton vélo avec la tempête ?
— Quelle tempête ? Il fait un temps magnifique depuis ce matin ! Tu es folle, s’exclama-t-elle, étonnée.
Je me suis décalée sur le bord de la souche pour qu’elle puisse s’asseoir, enlevant mes pieds de la mare où ils baignaient. Mon amie s’installa et mit ses chaussures en plein dans l’eau, elle ne semblait pas l’avoir remarqué.
— Ça pue, ça sent les végétaux en décomposition et le fer, grommela-t-elle en reniflant.

Elle se pencha pour essayer de voir d’où provenait l’odeur. Je tentais de lui expliquer que ça venait de la flaque d’eau, mais visiblement elle ne la voyait pas et m’a encore prise pour une cinglée.

Tout à coup, elle redressa la tête de manière robotique, comme hypnotisée. Je l’ai secouée pour la réveiller, mais elle ne bougea pas d’un poil. Je me suis approchée un peu plus pour la libérer, et je fus obligée de mettre mes pieds dans l’eau. À partir de cet instant, le même phénomène que tout à l’heure se produisit. Je fus paralysée et les éléments se déchaînèrent autour de moi, il faisait nuit en plein jour. Cette fois-ci, l’ouragan était encore plus puissant. Le vent était si fort que je n’arrivai plus à respirer. La pluie tombait si abondamment que je ne voyais pas à deux mètres, un rideau épais de gouttelettes s’abattait devant moi. La foudre toucha une dizaine d’arbres et ils s’enflammèrent. Les murmures s’étaient regroupés en une seule voix distincte. Elle était grave et froide. On imaginait sans mal que de cette sinistre voix, le diable nous parlait. Ses paroles menaçantes résonnèrent dans tout le bosquet :

« Comment osez-vous ? Comment avez-vous osé me réveiller ? Quel droit vous a permis de piétiner ma terre ? Qui vous a autorisé à empiéter sur ma propriété ? Qui ? Vous ne valez rien, sales petites vermines ! Vous n’aurez que souffrance tant que vous serez ici ! »

À peine eut-il fini sa phrase que nous sentîmes des plaies s’ouvrir sur nos bras et nos jambes, nous causant des douleurs atroces malgré leurs faibles tailles.

Puis tout se termina aussi rapidement que cela avait commencé. La mare avait doublé de volume. Nos membres étaient restés couverts de sang. J’étais paniquée. Nous n’avons pas réfléchi et sommes partis le plus vite possible avec nos bicyclettes. Nous sommes allées chez moi. Ma mère a failli s’évanouir en nous voyant. Elle nous a soignées, nous a réconfortées en nous offrant un goûter puis nous a demandé des explications. J’ai tout raconté depuis le début, mais elle ne m’a pas cru une seule seconde. Ma copine a donc inventé une histoire dans laquelle nous sommes tombées de vélo à cause d’un gros caillou sur la route.

Nous ne sommes jamais retournées dans le bosquet suite à cette effroyable épreuve. Quand les gens nous demandent pourquoi nous avons tant de cicatrices, nous décrivons notre aventure dans les moindres détails, mais ils nous pensent bonnes pour l’asile. Nous n’avons jamais su qui se cachait derrière cet événement. Le plus étrange, c’est que beaucoup de personnes allaient à cet endroit pour se détendre, mais aucune ne semblait avoir vécu la même péripétie que nous. Peut-être n’osaient-elles pas en parler.
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DEBA WANDJI · il y a
Bravo pour ce texte majestueux, Clémence!
J'adhère par ma voix et je vous invite à découvrir mon texte en compétition si vous le voulez bien.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas à laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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Ziane HASSANI · il y a
Félicitations et bonne chance pour la suite
J'espère que vous aimerez mon oeuvre et que j'aurai vos voix
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/adje
Merci

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Marie Juliane DAVID · il y a
Vous avez du talent Clémence. Continuez à les exploiter :)
Je vous invite aussi à découvrir mon texte:https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/mesaventures-nocturnes, à voter pour moi si vous aimez mon texte et à me laisser votre avis. J'en serai très ravie que vous me soutenez. Merci d'avance pour la visite.

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Bahatiane LONLI · il y a
Félicitations Clémence. Vous avez mes voix. Je vous invite à parcourir et voter mon texte "La nuit noire".
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-nuit-noire-1
Et pourquoi pas la partager afin de m'obtenir le maximum de voix!
Encore une fois, félicitations.

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Tarek Bou Omar · il y a
Bonjour, je vous soutiens avec mes 5 voix :). Si vous avez un peu de temps, je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le Prix des jeunes écritures : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-soleil-s-eteint-sur-mon-destin-1?all-comments=1#fos_comment_comment_body_4242995.
Bonne chance :).

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Joël Riou · il y a
Un texte horrifique, écrit en excellent français, avec une ponctuation adaptée. Félicitations. Je pense qu'étant donné ton âge, tu as pris le soin de te relire et de prendre conseil auprès de personnes de confiance, car une telle maîtrise d'écriture, dans cette tranche d'âge, c'est rare et certains adultes qui publient sur short pourraient en prendre de la graine ! :)
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Woodlande Joseph · il y a
Très beau texte !!! Felicitations vous avez mes voix
Je vous invite à voter pour l'oeuvre Brisée 👇🏽
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/brisee-6

Merci et encore félicitations Clémence Roix

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Ozias Eleke · il y a
Belle plume Clémence. Vous avez mes 3 voix. Votez aussi pour mon texte https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/homme-tas-le-bonjour-dalfred
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Aubin DEMESSE LEKEUDJIEU · il y a
Bravo!
Tu as toutes mes voix. Bien vouloir aussi voter pour moi dans la catégorie majeur en Cliquant simplement sur mon Nom de profil !

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Vic Le Voyageur · il y a
Je renouvelle mes voix ! J'aime bien l'histoire !