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Il y a des choses qui se répètent à intervalle régulier, sans se lasser et sans nous lasser. Il y a la course entre le jour et la nuit. L’une qui chasse l’autre le matin, pour finir par se faire dévorer par sa proie, le soir même. Il y a les vagues qui viennent se casser les dents sur les roches du littoral, qui reculent légèrement pour se relancer à nouveau dans leur lutte éternelle.

Il y a aussi nos fêtes et commémorations, elles reviennent tous les ans, et chaque année, on leur réserve le même accueil, avec le même enthousiasme, comme si c’était notre première rencontre.

La fête du premier mai a sa place dans ce carrousel infatigable et vertigineux.

Au début, c’était la nature qui fleurissait le bon muguet blanc, parfois rosé, au premier mai, poussant le roi Charles IX de France à sortir de son château pour cueillir leurs brins, et les offrir, en guise de porte-bonheur, aux dames de la cour.

Jusqu’à ce que des hommes, des premiers mai, tirent des balles réelles, à Chicago et à Fourmies, sur des travailleurs, sortis réclamer des journées de travail à huit heures. Le premier mai perd sa virginité, et l’églantine, fleur rouge symbole de la gauche, vient prendre la place du muguet dans les mains des femmes.

En France, le muguet a pris sa revanche par la suite, pour reprendre la place royale qui a toujours été la sienne au premier mai, dans les mains et dans les cœurs.

J’ai toujours trouvé un certain contraste, dans cette fête. Le même qui existe entre le muguet et l’églantine. D’un côté il y a comme disait la chanson, ceux « qui contestent, qui revendiquent et qui protestent », et les mêmes qui, sans « retourner leur veste », ne vont « faire qu’un seul geste », cueillir des brins de muguet dans la rue, souvent au stand de la vendeuse de fortune, et l’offrir à la femme qu’ils aiment, « mais toujours du bon côté ». Avec une main, on va tenir le dos de sa main, et dans sa paume, on va glisser la fleur, qu’on va enfermer en faisant replier doucement ses doigts les uns après les autres, sur ses tiges. Lever la tête, les yeux dans les yeux, approcher ses lèvres de sa joue et l’embrasser.
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