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Le petit avocat qui haissait la misère

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Martine

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« Je ne prends pas l’aide juridictionnelle.
Je ne peux pas vous défendre.
Je ne m’occupe pas de ce type de dossier.
Allez voir un confrère.
Veuillez m’excuser, j’ai du travail. »

Ni une ni deux, Jean Édouard, l’avocat, flanqua la jeune femme à la porte.

Gladys, les larmes aux yeux et les jambes tremblantes, descendit l’escalier tant bien que mal. Dehors, contre le mur de l’immeuble, elle s’adossa un instant.

Jamais elle ne s’était sentie aussi humiliée.

Elle avait fait des pieds et des mains pour avoir ce RDV. C’était soit disant le plus grand avocat de la ville.

Le plus grand salaud oui !
Une Ordure !
Qu’il aille en enfer !

Ce que Gladys ne savait pas, c’est qu’en enfer il y était déjà !

En elle, colère, tristesse et injustice s’affrontaient dans une lutte féroce.

Comment allait-elle s’en sortir ?
Comment allait-elle réussir à tenir debout ?

Au prétexte qu’elle avait du mal à marcher, la justice était sur le point de lui retirer ce qui lui restait : la garde de ses deux enfants. Son ex-mari avait chargé la mule. Depuis qu’elle l’avait quitté, il l’a haïssait. Ce qu’il voulait ? Qu’elle paie cher sa liberté et qu’elle soit obligée de le supplier pour rentrer au foyer.

Rentrer ? Jamais !

Elle ferma un instant les yeux et plongea la main dans son vieux sac à main... Sous ses doigts, elle sentit la douceur de Sami, l’ours en peluche de son aîné. Son cœur se serra et comme un écho venu de loin, elle entendit un « je t’aime maman ».

Je t’aime Maman...
Trois mots pour réveiller l’envie de se battre.
Non elle ne lâcherait rien.
Non elle ne capitulerait pas!

Malgré les décharges électriques que provoquait le pincement de son nerf sciatique, elle se redressa. Fière, elle marcha vers sa voiture, bien décidée à trouver des solutions. De toute façon, elle avait un atout que même cet avocat n’avait pas : Elle était aimée !

Et ça, rien ni personne ne pourrait lui retirer.

Tout en haut de l’immeuble, Jean Édouard se servit un whisky et s’assit confortablement dans son fauteuil en cuir noir. Il alluma un cigare et retira la laisse qui attache les hommes à leurs affaires : sa cravate. Il ôta sa montre Cartier qu’il jeta négligemment sur son bureau en acajou.

C’était un geste mécanique qu’il faisait toujours quand son métier lui pesait.

Depuis toujours, il détestait la misère.
Affective et pécuniaire.
Les pauvres et les pleurnicheurs s’insupportaient au plus haut point.
Pire, il les haïssait.

Cette jeune femme l’avait contrarié.
Pour qui le prenait-elle ?
C’était assez visible pourtant ; son cabinet n’était pas l’armée du salut.
S’il travaillait, c’était pour le fric et la notoriété !
Et puis, si la justice existait, il ne ferait pas ce métier.
Il serait pompier !
C’était son rêve à lui.
Mais quand on est « fils de », on ne fait pas ce qu’on veut !

Interdit de rêver, faut travailler.
Interdit de s’attendrir, faut réussir.

Quand il était petit et qu’il se plaignait, son père lui disait: « Prends de la hauteur petit !... Prends de la hauteur ! »

Alors c’est ce qu’il avait fait !

Dressé, il s’était redressé !...
Tellement redressé, qu’aujourd’hui encore, il marchait toujours aussi droit qu’un piquet.

Docile, il avait tout ingurgité : la « valeur » du travail, le scoutisme et le caté.
Et il avait travaillé, travaillé pour reprendre ce cabinet. Accessoirement, il s’était marié et avait eu deux enfants qu’il ne voyait bien évidement jamais.

D’ailleurs, les enfants, il ne savait pas trop à quoi ça servait... à part le faire sombrement chier.

Un jour, sa femme lui avait demandé :

- Jean-Édouard, tu pourrais faire un effort et jouer un peu avec eux.
- Jouer ?
- Oui jouer.
- Pour quoi faire ?...

Sa femme l’avait regardé comme un attardé et s’en était allée.

Bref, au fil des années, il avait tué ses rêves pour devenir ce notable envié.

Mais le soir, lumière éteinte, il luttait contre les monstres qui sortaient de sous son lit. Tous ceux qu'il avait humiliés, tels des esprits sortis des catacombes, glissaient sur son corps recroquevillé pour l’étouffer.

Alors, chaque jour, pour fuir ses cauchemars, il avalait des comprimés et, en fin de journée, il se saoulait.

Pas d’ami à appeler, pas d’ours à serrer...

La vérité, c’est que, contrairement à Gladys, Jean Édouard était seul à en crever.

Quelques années plus tard, la situation de Gladys avait changé.
Entourée, elle était heureuse.

Quant à Jean Édouard, sa femme l’avait quitté.
Seul, il était interné à la Chartreuse *.

Tout ça pour dire qu’il est toujours délicat de juger.

La richesse n’est pas toujours où on la croit et la pauvreté est souvent à l’endroit où on ne l’attend pas.


* Hôpital psychiatrique de Dijon
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Bénédicte Andrieu · il y a
Une histoire qui pourrait être réelle ...
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Gisele · il y a
Gisèle
touchante cette histoire, on le dit et on le répète bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.Bises

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Martine · il y a
Je ne connaissais pas ce dicton! Bises tout plein Gisèle
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Paul Thery · il y a
Un beau conte, bien écrit (et qui accessoirement montre la capacité d'un sac à main de femme : un ours en peluche peut s'y perdre ! ) :-))
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Martine · il y a
Merci Paul d'etre passé sur cette nouvelle. Ca fait tjrs plaisir . Je vous propose de découvrir les autres nouvelles. Bonne fin de journée
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MAIE · il y a
combien de situations pourraient faire écho ? Le non-jugement est un apprentissage de toute la vie....Bises.Maïe
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Martine · il y a
On pourrait en parler longtemps du jugement...Il y a le pour et le contre. Sans jugement il n y aurait pas de justice par exemple ...et parfois on est bien content que justice soit rendue. Longue histoire... bisous tout plein
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Jean-Claude Marie · il y a
Et si cette histoire, poignante, était vraie ?...
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Martine · il y a
Paraît que la vérité sur l avocat est bien pire...
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