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Lasse

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Valérie

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Lasse, Mireille Le Meur monte l’escalier usé de l’Hôtel des Voyageurs. C’est ici qu’elle vit depuis près d’un an, dans cet établissement bas de gamme, mais propre. Si ce n’était la clientèle de presque clochards ou de prostituées usées, vivre ici serait à peu près tolérable.
Mireille Le Meur est dame-pipi à la station de métro Strasbourg-Saint-Denis, mais elle n’a pas toujours fait ça. Oh non ! Avant, elle était concierge dans un immeuble très bien du côté du Luxembourg.
À cette époque, la vie était belle... La loge était faite de deux pièces en longueur collées l’une à l’autre, presque deux couloirs au bout desquels deux fenêtres très hautes donnaient sur une cour intérieure. Certains locataires appelaient ça un puits de lumière... Mireille l’avait baptisée « son patio ». Elle l’avait garni de plantes vertes et de jardinières fleuries où une armée de nains de jardin avait élu domicile.
À cette époque, Mireille avait pour compagnons, en plus de son mari, un mainate très bavard et deux perruches. Les oiseaux mettaient beaucoup de gaieté dans sa vie.
Tôt le matin, et quel que soit le temps, Mireille participait à un rituel consacré : sur le trottoir devant l’immeuble, elle retrouvait les gardiennes voisines. En robe de chambre, les femmes se saluaient, commentaient les dernières nouvelles, s’insurgeaient contre les visiteurs qui montent les escaliers sans frotter leurs pieds au paillasson, vidaient leur vase de nuit dans le caniveau et s’en retournaient à leurs occupations.

Chaque premier mardi du nouveau trimestre, Madame Dumont-Pellegrin, la dame du quatrième, faisait du tri dans ses armoires. Madame Dumont-Pellegrin était une femme chic et très généreuse. À chaque nouvelle saison, elle remettait à Mireille un sac rempli de vêtements, de chaussures, de sacs à main. C’est ainsi que Mireille, concierge de son état, portait des vêtements et accessoires de grands couturiers.
Chaque vendredi, Mireille cirait les escaliers de l’immeuble, - six étages. Tous les jours, elle passait la serpillière dans le grand hall d’entrée en marbre et balayait le trottoir devant la porte.
Une fois par semaine, son amie Josette venait prendre le thé, ou un petit café. Josette elle aussi était une femme élégante. Elle aussi avait eu une loge, pas très loin d’ici, mais il s’agissait d’une école de garçons. Le travail n’était pas le même. Josette était mariée à un ancien militaire. Un homme très bien. Et qui gagnait bien sa vie. Depuis quelques années, d’ailleurs, ils étaient locataires d’un bel appartement aux portes de Paris.
Quelquefois, Josette venait en visite avec une petite fille. Une petite brune de quatre ou cinq ans. La gamine passait son temps à lire dans les escaliers. Souvent, après le thé ou le café, on allait se balader au jardin du Luxembourg. Josette emmenait la petite au théâtre de marionnettes ou sur les chevaux de bois.
Mireille aimait se souvenir du temps où elle était concierge.
Allongée sur le lit de sa chambre d’hôtel, elle ferma ses yeux pleins de larmes et tenta de retrouver l’odeur de la cire dans les escaliers.
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Grenelle · il y a
Mais alors vous avez un éternel regard
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Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Belle peinture d'une tranche de vie très familière et bien peinte! Bravo! Mon vote!
Il ne nous reste que 4 jours pour voter et c’est pour cela
que je vous invite à visiter ma page, merci! Mes deux haiku, BAL
POPULAIRE et ÉTÉ EN FLAMMES, sont en lice pour le Grand Prix Été
2016. Je vous invite à venir les lire et les soutenir si le cœur vous en dit!
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