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L'appel de la Brume

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MissTexas

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Quand Peter ouvrit les yeux, une douleur fulgurante faillit le faire vomir. Il dut reprendre sa respiration à plusieurs reprises avant de pouvoir lever la main vers sa tête, là où, il le découvrit avec horreur, une large blessure laissait couler un filet de sang. La pièce tournait autour de lui et il dût attendre quelques minutes avant de réaliser où il était.

C’était sa chambre, et il était allongé dans son lit. Ce point le réconforta, et lui donnât du courage pour essayer de se remémorer les événements l’ayant amené jusque-là. Il eut tout d’abord du mal à rassembler ses pensées, mais soudain, une vision émergea de son esprit embrouillé. La Brume.

Toute sa vie, Peter avait vécu avec la menace de la Brume. Enfant, il trouvait cela plutôt drôle, tandis que sa mère l’entourait de ses bras, complètement terrifiée. Mille fois, elle lui avait répété les consignes. « Peter, regarde-moi dans les yeux... Quand tu entends le premier son du cor, que dois-tu faire ? » Et Peter récitait, distrait, la réponse tant de fois entendue : « Je dois courir me mettre à l’abri le plus proche, maman ». « Pourquoi, Peter ? Pourquoi ?! » reprenait-elle de son air angoissé. « Parce que nous avons seulement 15 minutes. Après, on entend le deuxième son du cor, et c’est là que la Brume apparait... » Le regard lourd de sa mère l’obligeait à terminer sa phrase. Il reprenait en soupirant : « Et quand la Brume apparaît, il faut rester à l’abri car aller dehors serait beaucoup trop dangereux ». En règle générale, sa mère faisait une pause à ce moment-là, perdue dans ses pensées. Elle reprenait ensuite plus doucement. « Peter, je t’interdis d’aller dehors pendant la Brume, tu m’entends ? Tu dois attendre le troisième son du cor, quand la Brume disparait ». Elle tournait alors le regard et terminait dans un souffle : « Ton père n’y a pas survécu... ».

Peter n’avait presque aucun souvenir de son père, qui était mort quand il était très jeune. Il se souvenait par contre parfaitement bien de toutes les fois où la Brume avait surgi de nulle part, terrifiant les habitants de la ville qui couraient alors de toutes parts pour se mettre à l’abri. La Brume survenait de manière aléatoire, mais rarement plus de trois fois par an. On était parfois tranquille pendant plusieurs mois, et parfois à peine une semaine s’écoulait entre deux alertes. Peter s’était toujours demandé pourquoi, mais toutes les questions qu’il avait posées aux adultes étaient restées sans réponse.

Tandis que Peter, allongé dans son lit d’étudiant, reprenait lentement ses esprits, un autre souvenir lui revint. Il était parti depuis près de trois mois de la maison réconfortante de sa mère pour venir s’installer seul dans un de ces immeubles immenses de la vibrante ville qui l’avait vu naître. Dès qu’il avait franchi la porte de son nouveau lieu de vie, il avait su avec certitude que le moment tant attendu était venu. A la prochaine Brume, il serait dehors. Il avait besoin de comprendre, il avait besoin de savoir. Et c’est ce qu’il avait fait.

Les images lui revenaient clairement maintenant. Le premier son du cor, et l’excitation qui l’avait saisi. Toutes les personnes autour de lui s’étaient mises à courir, paniquées. Certains lui avaient fait des signes pour l’inciter à les suivre, mais il les avait ignorés, et dans la panique générale il avait été bien vite oublié. Les 15 minutes suivantes furent les plus intenses de sa vie. Il n’avait aucune idée de ce qui allait se passer, mais il savait qu’il avait fait le bon choix.

Sa concentration était telle que quand le deuxième son du cor retentit, il mit quelques secondes à sentir l’engourdissement qui se propageait dans tout son corps. Soudain, tout changea. Les bâtiments autour de lui perdirent leurs couleurs tandis que la Brume surgissait de nulle part. Ses jambes lui parurent lourdes et un son lancinant se mit à déchirer l’air. Il tenta de se boucher les oreilles avec les mains, mais c’était peine perdue. Son corps pesait trop lourd et il n’arrivait plus à coordonner ses gestes. La Brume l’entoura rapidement de toutes parts et une luminosité vive l’obligea à baisser les yeux. Tout à coup, il sentit une personne passer en courant tout près de lui, puis une deuxième. Il releva lentement la tête et aperçut, à travers la Brume, des dizaines de personnes courir dans une seule et même direction. Cela semblait être vers la tour Yos, le plus grand bâtiment de la ville, mais il ne put en être sûr tellement ses sens étaient engourdis.

Il se sentait lentement glisser quand une main l’agrippa fortement pour le retenir. « Ne t’inquiète pas, c’est toujours comme ça la première fois. Je vais t’aider ». Peter fut tiré par une force invisible et cela le réconforta. Le son, toujours aussi strident, lui donna la nausée tandis qu’il examinait l’inconnu qui lui avait parlé. C’était un homme jeune, musclé et extrêmement armé. Il le força à mettre un pas devant l’autre. « Viens, nous devons nous dépêcher. Quand la Brume surgit, on ne sait jamais combien de temps on a. Les autres nous attendent ». Son ton impérieux ne laissa aucune chance à Peter. Il avança tant bien que mal avec l’aide de l’homme. Autour de lui, des gens couraient, encore. Une force magnétique semblait tous les attirer dans la même direction. Peter s’aperçut que, malgré leur air extrêmement concentré, certains se donnaient des accolades, comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis longtemps. Ils étaient tous à l’image de l’homme qui venait de l’aider, extrêmement armés.

Soudain, un cri déchira l’air et une jeune femme attrapa Peter par le bras avec une telle violence qu’il bascula en arrière. « Hans, que fait-il ici ?! » hurla-t-elle à l’homme, l’air complètement affolé. Peter ne sut dire ce qui passa dans le regard qu’ils échangèrent, mais l’homme se tourna vers lui, visiblement gêné. « Je suis désolé Peter, je n’ai pas le choix ». Il attrapa une masse accrochée à sa ceinture mais fut interrompu par la jeune femme. Celle-ci tourna violemment le visage de Peter et planta ses yeux dans les siens. « Peter, tu DOIS me promettre de ne jamais revenir ici... », le supplia-t-elle. « Je te l’ai dit, c’est beaucoup trop dangereux... ». Peter n’eut pas le temps de répondre. La masse s’abattit violemment sur sa tête, la Brume disparut soudainement et il perdit connaissance.

Les souvenirs de Peter s’arrêtaient là.

Il s’assit dans son lit, complètement perdu. C’est la dernière phrase de la jeune femme qui avait fait comprendre à Peter l’insaisissable. Celle-ci, pourtant âgée d’une vingtaine d’années, était Mina, sa propre mère. Que faisait-elle là, et pourquoi si jeune ? Mais cette question n’était pas la plus incompréhensible pour lui. Du plus profond de son cœur, il l’avait reconnu, lui. Et c’est à cause de ceci qu’il sut immédiatement qu’il devait y retourner. Hans était le prénom de son père.

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...

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Pascal Depresle · il y a
Très bon texte, une ambiance qui emporte. Mes voix. Peut-être aimerez vous "L'héroïne" "Tata Marcelle" ou "Le Grandpé".
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Un beau texte qui nous emporte et nous laisse pantois, une suite serait-elle prévue ?
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Coraline Parmentier · il y a
Joli écrit , vous avez mes voix et mes sincères encouragements pour vos créations futures !
Si mon royaume embrumé vous intéresse pour continuer votre voyage, c'est par ici... (au cas où vous ne l'auriez pas lu)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-royaume-dans-la-brume

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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote. 5 voix.
Je suis aussi en compétition ; http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Zago · il y a
Excellente ambiance - le son du cor, notamment - dans cette courte nouvelle. Bonne continuation !
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MissTexas · il y a
Oh, merci ! Publier pour la première fois, et le jour de la deadline, c'est pas ce qu'il y a de plus efficace, ha ha ! Merci donc pour votre lecture et votre message :-)
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