L'appel de Cthulhu : Le dîner

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Bonjour à tous et merci de visiter ma page ^^ Né un mercredi, le 21 Octobre 1992. Adore l'effervescence des mots et la vision qu'ils laissent s'échapper. La poésie est pour moi la danse de  [+]

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J'entends des rires, des pleurs et quelques cris, mais surtout, un râle venu du fond des abîmes. Si puissant, tonitruant, gutturale, que nul ne put échapper à l'insanité émanent des tréfonds de l'oubli. Je ne vois rien, l'obscurité et les ténèbres nous entourent. Le souffle court et l'odeur de cochon brûlé envahis la pièce. Qu'est-il advenu du dîner ? Des servants ? Des céramiques et porcelaines ? Des mets et des breuvages ? Je pense qu'ils ont juste disparus, car nous ne sommes plus dans le monde des mortelles. Nous sommes entrés dans la taverne la plus obscure de la raison. Celle qui fait dévorer les Hommes entre eux. Celle qui fait vriller les esprits dans un tintement cristallin, comme un ongle sur un tableau noir. Celle qui fait penser les idées les plus suppliantes pour éviter de rester dans cet état. Tout n'est que profond désespoir et infinie terreur.

C'est alors qu'une lumière mauve, spectrale, traverse la pièce. Cette pièce qui n'en est pas une. Un lustre en éclat d'obsidienne accroché au planché se dresse à notre centre. Une table faite de brisure de verre et lames affûtées s’étend autour de nous. Des chaises faites d'amoncellement de chandeliers, de bougies, de couteaux, de fourchettes, de cuillères, de verres, de porcelaine, de céramique, de tentures, de napperons et de gigot, fondu dans une bouillie immonde. Et au-delà, le néant, infinie, impalpable, insondable. Cette sensation d'être dans un espace clos et ouvert vers l'infinie donne un vertige monstrueux.

Treize chaises nous attendent. Nous étions douze en arrivant...

Devant la cendre et le souffle ardent, nul ne peut prétendre à prendre une place. Parmi ces 13 chaises, aucune n'est convoitées. Ce mauve éthéré ambiance notre scène. Lorsque notre hôte prit sa place, tout le monde se figea. La première place était prise.

- Ne soyez pas si intrigués, dit-il, souriant de manière obscène, la folie se lisant dans ses yeux ambrés. Prenez place, car bientôt le dîner devra être servi, que vous le dégustiez ou non.

Le lustre renversé au milieu de la pièce reflète des éclats cristallins dans le regard de tous les invités. Le silence est lourd et pesant. Des râles anonymes, lointains, brisent ponctuellement cette étrange vision.

Tous prirent place, apeurés, laissant le treizième siège vide. Personne n'ose imaginer qui, ou quoi, allait prendre place à ce dîner devenu cauchemar.

- Notre dernier invité, bien qu'ayant une place assise, ne sera pas des nôtre, pour l'instant, dit nôtre hôte, sa voix faisant écho dans l'infini néant environnant. Il n'a cure de vous, mais adore vos cauchemars.

Une lumière jaillit du lustre central, accroché au sol. Une lumière aveuglante, tantôt jaune jonquille, tantôt mauve néant, passant par des couleurs que nul n'avait encore envisagé, ni même osé y penser tant ces couleurs n'étaient en rien de notre monde. Le chaos du silence suivi, dans une obscurité plus profonde que les fondements des enfers. Je me suis éveillé dans une crique, seulement éclairé de la pleine lune. Une lune de sang, car tout baignait dans le rouge sombre et dérangeant du liquide de l'horreur. Seul un navire échoué sortait du relief des roches acérées et aiguisées comme des lames de rasoir. La lueur d'une lanterne sur le pont principal attira mon attention. Je veux repartir, fuir le plus loin possible. Je connais cette sensation et ce lieu que trop bien. En me pinçant je m’aperçois que c'est bien réel. Je vie mon cauchemar...

Mes yeux se perdent à nouveau dans l’horizon. Plus que jamais, je m’aperçois que ce monde ne devrait pas exister. Cette étrange brume violacée que nous avons traversée, ce dîner qui reflétait finalement un piège sournois de notre hôte, et cette crique qui n’a rien à faire dans un salon. Que se passe-t-il ? Pourquoi cet endroit ?

Je veux m’enfuir, le plus vite possible. Ce n’est pas normal, rien de tout cela ne peut être vrai. Il nous faut fuir, et le plus vite possible. Les quelques personnes qui m’accompagne sont perdus, mais ils ne voient aucune sortie, et moi non plus. Ils proposent de s’avancer vers cette épave échouée contre la crique. Je sais que c’est un piège. J’ai déjà vécu cela. Mais je me résigne.

Sous nos pas, la terre friable donne l’impression de s’évaporer en un petit nuage violet. Le ciel est d’un mauvais mauve, sombre et inquiétant. La brume que nous avons traversée reste à bonne distance derrière nous, mais sans autre horizon que ce brouillard, difficile à dire si elle n’est pas en train de nous suivre... Plus nous avançons, plus la peur m’envahit. Je me rappel de tout ce que s’est passé en bas, et si ce cauchemar recommence, c’est mon cœur qui lâchera.

Un petit sentier, très étroit, et nullement protégé, se dévoile devant nous. Aucun autre chemin ne permet d’effectuer la descente avec un minimum de sécurité. Le ciel est vide, aucun oiseau ne piaille, aucune étoile ne luit, mais la Lune de sang observe toujours, comme un œil sans paupières. Et ce ciel dérangeant et détraqué gronde au loin, flashant des ombres monstrueuses au-delà de l’horizon. Le bruit des vagues nous parvient à peine alors que nous ne sommes qu’à quelques mètres d’elle, juste au-dessus. Les embruns marins ont fui ce pays. Rien ne paraît réel, tout paraît trop distant pour sembler être vrai, et pourtant, nous marchons et dévalons la pente en direction d’une épave datant d’au moins deux siècles, mais qui paraît avoir ressurgi des eaux il n’y a que quelques secondes...

Le bâtiment est immense, bien plus grand que dans mon souvenir. Je jette un coup d’œil derrière nous, et le brouillard nous a suivi. Le sentier est devenu introuvable dans cette purée de pois violette. Les Dieux anciens se jouent de moi. Notre hôte, et j’en suis certain à présent, a pratiqué les arts occultes et vient se venger de chacun de nous en éveillant nos cauchemars. Je suis transit de peur, mes jambes flagelles, mes mains trembles, mon souffle est rapide. L’horreur nous attend dans ce galion, la brume nous interdit toute fuite. Notre sort est scellé, et nous marchons vers notre perte et les terribles secrets du Dieu ancien dévoreur de rêves, vers une terreur antédiluvienne, vers Cthulhu.

La lanterne du pont s’éteint brusquement, plus aucune lumière ne nous parvient. L’obscurité est teintée de mauve et de rouge. Les éclairs se font omniprésents. Des flashs obscurs parcourent le ciel tel une gigantesque main agrippant les nuages.

Puis le silence. Un silence de mort. Nous nous regardons, nous, les quelques candidats à l’horreur. Personne n’ose bouger. Personne n’ose parler.
Tandis qu’un râle profond, gutturale, puissant, s’échappe lentement du galion. Tout mon être se tétanise. Je reste paralysé et j’observe mes compagnons d’infortune. Certains reculent de quelques pas avant de tomber à la renverse, d’autres gémissent de peur à l’écoute de ce râle qui ne vient certainement pas de nôtre monde. Mais personne ne peut fuir.

Finalement, notre hôte savait très bien ce qu’il c’était passé dans cette crique il y a des années. Je vais devoir payer pour mon crime. J’avance doucement, toujours tremblant, vers la porte à moitié arrachée de la cabine qui s’est détaché du reste du bâtiment et s’est échoué sur la plage. J’avance ma main vers la poignée, mais je sens quelque chose de froid m’envelopper. Le brouillard s’est aggloméré autour de moi et lorsqu’il se dissipe, je me retrouve à la table, seul.

Les larmes me viennent rapidement. Je pleure, encore et encore. Jusqu’à ce que je finisse par me dire, que ce couteau est bien utile pour couper la viande...
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