L'anarchiste

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Auteur de six manuscrits en vente sur le site Amazon -Trafic sans Escale 06/2016 -Wanted 04/2017 -Un indigène dans la Carlingue 06/2017 ->Une ligne de trop 01/2018 -Alliance douteuse -Angel  [+]

Alain ne s’est pas rendu au travail aujourd’hui, la veille son employeur lui a signifié son licenciement, pour un motif aléatoire et déconcertant, la restructuration.
Trente ans de bons et loyaux services, au sein d’une société, qu’il estimait prospère, la mécanique c’est toute sa vie, un travail éreintant mais qu’il apprécie, des camarades de travail, qui sont devenus au fur des années plus que des amis, une sorte de famille, il se sent seul désormais.
La galère, à cinquante piges, monteur ajusteur, la crise économique de 2008 a laissé des traces, il n’y a plus ou très peu d’industrie en France, tout est délocalisé, que faire se recycler, reprendre des cours, il y a un âge pour ça, et lui n’a plus le temps de potasser.
Françoise, prépare le petit déjeuner, elle est anxieuse, il reste encore cinq ans de crédit pour payer leur résidence principale, en plus de l’acquisition récente d’un véhicule dont l’emprunt, risque de sérieusement déséquilibrer le budget, les vacances sont compromises, ils n’iront pas à Balaruc les Bains, comme chaque année, en camping.
Parents de quatre enfants, dont le dernier n’a que six ans, l’ainé termine ses études, le cadet est en prison, la benjamine est atteinte d’un handicap congénital, ils accueillent cet injustice comme un châtiment, Alain recommande :
—Il va falloir sérieusement réduire notre budget, Patrick devra se contenter d’un mandat par mois, il lui reste deux ans à tirer, je n’ai pas encore réglé les frais d’avocat, il faut que je trouve rapidement du boulot.
Françoise ajoute :
—Je vais voir avec l’assistante sociale, les frais d’hospitalisation de Bernadette, nous coute un bras, sa maladie n’est pas prise en charge, je peux toujours essayer de faire des ménages, pour aider, qu’est-ce que tu en penses ?
Alain, ne répond pas, il a fait une promesse à son épouse, et il la maintient, alors il ironise :
—Pas question, s’il le faut j’emploierai des moyens illégaux.
—Qu’entend-tu par-là ?
—Tu m’as bien compris.
Ils se sont connus, sur les bancs public, à dix sept ans ils eurent leur premier rapport, ils ne se sont plus jamais quittés, Alain n’est pas un saint, la taule, il connait, vivre dans les grandes citées, entraine des incertitudes, les mauvaises fréquentations, l’alcool, puis la drogue, mais Françoise a toujours été là pour le soutenir, alors de nouveau, il va devoir se battre, machinalement il ouvre une bouteille de whisky, et avale d’un cul sec, un grand verre, et quitte le domicile.
Trois heures du matin, Françoise est inquiète, pas de nouvelle depuis le départ précipité de son mari, elle fait les cent pas, guettant sa venue à la fenêtre, son portable ne répond pas, de nouveau elle envoie un SMS, et s’affale en larme sur le canapé, ses gémissements, tire Yvan de son lit, il murmure :
—Pourquoi tu pleures maman, papa n’est pas rentré ?
Elle serre le petit très fort dans ses bras, et le réconforte :
—Non ce n’est rien, je suis contrarié, des problèmes de grand, ne t’inquiète pas, va te coucher, il y a école n’oublie pas.
Six heures du matin, des gyrophares devant la maison, c’est la police, des coups violents contre la porte, Françoise horrifié ouvre, un brigadier lui somme :
—Vous êtes madame Villard, perquisition !
Pascal l’ainé descend de sa chambre, et vient au nouvelles :
—Maman, ils font trop de bruit, Isabelle pleure, c’est papa la cause de ce remus ménage ?
Françoise ne répond pas, dans les combles de la maison, un véritable armada est dissimulé, un arsenal militaire, des anciens agissements de son mari, alors elle susurre :
—Ils vont partir, ne t’en fait pas, j’ai l’habitude.
Elle réalise peu à peu le dénouement, de cette cruelle journée, Alain s’est fourré dans les emmerdes, les flics quittent le domicile, après avoir tout saccagés, le gradé la met en garde :
—Si votre mari entre en contact avec vous, il faudra immédiatement nous en informer, voici ma carte.
Elle tente de comprendre et manifeste :
—Mais enfin, qu’a t’il fait ?
Le brigadier se contente d’argumenter :
—Les mêmes erreurs qu’il y a quelques années, mais un de nos hommes y a laissé sa peau, et pour cela, il va payer, je vous le promets.
L’angoisse la terrorise, elle suffoque, des bruits dans le jardin, Yvan crie :
—Maman, c’est papa il est blessé.
Elle se précipite au secours de son mari, Pascal la soutient et l’informe :
—Il a pris une balle dans la jambe, on ne peut pas le conduire à l’hôpital, que faire ?
Sa mère le fixe longuement, il suggère :
—Je sais ce que tu vas dire, à quoi te servent tes années d’étude en médecine, je vais essayer d’extraire la balle, mais je ne garantis rien, mettons-le sur le canapé.
La douleur est intense, Alain ingurgite du whisky pour faire face à l’épreuve, Pascal retire la balle et suture la plaie, Françoise le serre dans ses bras et avoue :
—Je suis fière de toi mon fils, laissons-le se reposer.
Pascal la raisonne :
—La police pourrait revenir, il faut le mettre à l’abris.
Françoise exprime :
—On partira cette nuit, c’est dangereux de rester ici.
Son fils reprend :
—Tu penses que Diégo est derrière tout ça ?
Un groupuscule d’extrême gauche, auquel Alain été un fervent militant, une bande d’anarchistes prêt à tout, pour combattre le système, Diégo les dirigeait sans complaisance, ils ont fait parler d’eux dans le temps par des actes terroristes, mais apparemment ils sont toujours d’actualité.
Alain se réveille, il est vingt-deux heures, il réclame :
—Françoise il faut décamper, mets les armes dans le bahut, Pascal file lui un coup de main, il faut gagner la frontière avant l’aube.
Son épouse résignée acquiesce, en soumettant quelques réserves :
—La route est longue, Isabelle ne pourra pas tenir le coup.
Alain poursuit :
—Il le faudra.
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