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L'amour et les hiboux

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Antoine Janot

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Je ne suis pas un hibou.
N'aimant ni les arbres ni la nuit ni les hiboux,
je n'ai jamais voulu être un hibou.

Quand j'ai découvert que j'en étais un,
j'ai voulu m'arracher les plumes,
mais pas de mains mais pas de doigts,
qu'un bec pour bêtement piailler,
même les insultes sonnent bêtes avec un bec,
y a rien à crier, rien.
Alors, dépité, j'ai voulu me foutre en l'air,
mais j'étais déjà dans les airs.
Alors, dépité, la rage au bec, je me suis résigné :
j'étais un malformé.

Je ne suis pas un hibou.
N'aimant ni les arbres ni la nuit ni les hiboux,
j'ai jamais voulu être un hibou.

C'est même pas que les gens me regardaient mal,
c'est que je ne laissais pas les gens me regarder.
J'avais honte,
c'est terrible la honte quand t'y peux rien et que tu ne peux rien y faire, c'est terrible, c'est quelque chose qui te fait ne plus t'aimer, qui te fait dire que t'es qu'une fiente d'être né comme ça, et y a rien de pire, non y a rien de pire que de se détester alors qu'on a rien fait.

Très vite, la peur court très vite, trop vite, trop vite j'ai eu peur qu'on me voie, puis qu'on me moque, puis qu'incapable de me défendre, puis la peur continue à couler, à déborder partout sans que j'arrive à l'arrêter, peur des amis, peur des inconnus, peur de la famille, et la peur qui continue de courir, très vite, trop vite pour savoir où va-t-elle aller, trop vite alors je me cache, je me cache pour ne plus la voir courir, je me cache et je prie qu'elle s'épuise.

Alors c'est là que j'ai commencé à aimer la nuit,
c'est la seule qui m'aimait, la seule.
Avec elle, ni plumes ni bec ni rien,
elle me voit tel qu'elle me pense.
Alors c'est là que j'ai commencé à aimer la nuit
car, aussi flasque et envahissante soit-elle,
quand elle m'étreignait de toute son obscurité,
j'oubliais qui j'étais.

Heureux, j'étais bêtement heureux quand,
pour ne jamais plus la quitter,
comme un amoureux,
je me suis crevé les yeux.
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