L'amour c'est le pied !

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Ecrire fait partie de ma personnalité, c'est comme la mer, un univers immense et profond où l'on peut passer des journées entières à imaginer… Naturelle et pétillante, comme mes œuvres, je  [+]

J’ai été amenée de nombreuses fois durant ce confinement (qui s’éternise, on ne va pas se mentir), à réfléchir sur moi-même. Et bien figurez-vous, que ce n’est pas vraiment passionnant. Mais le sujet sur lequel je me pose le plus de questions est celui de l’amour. Toutes mes amies sont déjà « tombées amoureuses », ont déjà eu « des papillons dans le ventre ». La seule fois où j’ai eu des papillons dans le ventre c’est quand je suis passée devant une boulangerie en milieu d’après midi et que je n’avais pas un sou sur moi. Je crois que la vitrine de cette pauvre boutique garde encore un souvenir du filet de bave qui a franchi mes lèvres quand j’ai senti l’odeur des croissants chauds sortir du grand four. Bref, de mon côté, l’amour, c’est rien. Nada. Que dalle. C’est pendant un appel vidéo (la situation l’oblige, merci le confinement) avec une copine que l’évidence m’a sauté aux yeux. Elle m’a demandé mot pour mot : « Et toi, si une fée venait exaucer un de tes veux les plus chers, ça serait lequel ? ». La machine infernale qu’est mon cerveau s’est mise en marche, comme à son habitude, lente au démarrage. J’ai passé mes souhaits les plus chers au peigne fin : devenir une sirène, pouvoir hiberner pendant l’hiver parce que le froid c’est pas mon truc, ne pas avoir à faire mon ménage, avoir une bibliothèque assez grande pour qu’elle puisse contenir les livres de la terre entière. J’ai aussi pensé à demander de me faire tomber amoureuse, juste pour voir ce que ça faisait. Mais les fées (aussi gentilles soit-elles) ne font pas tomber les gens amoureux. C’est comme ça dans tous les livres et tous les films sur cette planète. J’ai alors dit : « que je puisse partir en vacances d’été et que je rencontre pleins de beaux mecs pour que je puisse choisir celui qui me va le mieux ». En bonne copine, elle à lâché : « Elo, un mec ça ne se choisit pas comme une paire de chaussures ». J’ai bredouillé quelques mots incompréhensibles, puis j’ai raccroché, cette phrase tournant en boucle dans ma tête.
Je me suis retrouvée quelques heures plus tard allongée dans mon lit et les yeux rivés au plafond, incapable de dormir. Et si les hommes se choisissaient vraiment comme une paire de chaussures ? J’ai alors décidé de faire ce que je faisais le mieux dans une situation que je n’arrive pas à résoudre. J’ai comparé. Quand on rentre dans un magasin de chaussures, on commence par déambuler dans les rayons, on regarde rapidement. Puis on remarque, entre une paire de bottes noires et une paire d’escarpins couverts de paillettes, le trésor qu’on était venu chercher. On commence en premier à regarder l’apparence : est-ce que la chaussure nous plaît ? Est-ce que ce mec est assez beau pour moi ? Et puis on continue avec les éléments qu’on aime dans la chaussure : cette sangle affine ma cheville, ses beaux yeux bleus tellement expressifs, le motif fleuri des années 60, ses grands bras musclés. Ensuite, on l’essaye : est-ce qu’elle est confortable ? Est-ce que son caractère colle bien avec le mien ? Est-ce que quand je marche avec, je me sens bien ? Va t-il plaire à mes parents et à mes amis ? Et si on a un coup de cœur pour la chaussure, on achète immédiatement la paire, le regard brûlant d’envie rien qu’à la vue de l’objet de convoitise. Puis on sent ce petit quelque chose qui nous donne envie de les porter tout de suite, juste pour les montrer et pouvoir dire : « Vous voyez comme elles sont belles et comme elles me vont bien ! ». Puis, au bout de quelques années, même plus vite parfois, on s’en lasse. Elles deviennent vieilles et usées, tout comme la relation qui semblait si belle au départ. On les portes de moins en moins, on n’y fait plus attention. On oublie la saint-valentin, ou pire, l’anniversaire du partenaire. On les relègue au fond du placard, elles prennent la poussière, c’est la séparation. Et longtemps après, on se décide à ranger le placard et on les retrouve. On n’a plus de place pour elles, on les remplace par d’autres, alors on les jette. On oublie la si belle aventure et les sentiments qui nous ont consumés au départ. On le regrette parfois. Pas souvent. Enfin, des années plus tard on retrouve une photo, et on se souvient des bons et des mauvais moments passés. On garde juste une esquisse de sourire, un goût d’amertume au bord des lèvres.
Après être arrivée à cette conclusion, je me suis redressée, encore un peu perdue dans mes pensées. La brise fraîche faisait tourbillonner dans ma tête des images de sandales greffées sur des corps d’hommes et des vendeuses me proposant d’acheter un mec dans un magasin de chaussures (mon pauvre cerveau avait trop chauffé sous la charge de mes pensées improbables). J’ai secoué la tête essayant de faire partir ces idées ridicules. Quelques jours plus tard, j’ai fait part de ma théorie (par mail) à mon psychologue. Il a semblé amusé puis il m’as alors demandé : « Est-ce que vous comparez les hommes à des chaussures parce que vous avez peur de tomber amoureuse ? ». J’ai remis en marche ma machine infernale, pensant qu’elle allait trouver une réponse. Mais à la place, je me suis rendue compte de l’évidence : ma théorie farfelue était étrangement vraie. Vivement la réouverture des magasins pour une petite séance de shopping...
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