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L'âme de glace

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Hany

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Tout le monde était présent et le brouhaha ne cessait pas.
Je me trouvais là, sans trop savoir pourquoi cette civilisation terrestre ne m’intéressais pas -aucune technologie hyper avancée, des sociétés fixées sur leur nombril se croyant en avance, mais quelle honte !

Puis, tout à coup, Grand Maître prît la parole.
- Je m’adresse aujourd’hui à tous les membres de notre comité, notre délégation est en pleine méditation, comme vous le savez nos réflexions s’orientent sur les problèmes de croissance de notre galaxie.
Nous sommes dorénavant trop nombreux sur cet espace.
A nous de prospecter l’hyperespace pour nous trouver une galaxie à intégrer.
Une planète d’après nos études serait en mesure de nous convenir.
Sa population est en danger extrême, nos appareils thermo galactiques nous ont prouvés que cet espace est en proie à une terrible catastrophe climatique.
Des gelées immenses l’en recouvriront et la population ne tardera pas à s’éteindre dans moins d’une décennie.

J’écoutais ces propos avec une grande indignation, nos responsabilités galactiques me répugnaient.
- Comment pouvaient-ils prévoir une intention de profit avec le malheur qui allait survenir chez les terriens – bien que je ne les portais pas dans mon cœur-?
Grand-Maître reprit :
- « Il nous reste à choisir lequel d’entre nous obtiendra la mission d’observer la planète Terre pour en retirer des informations dans le but de notre installation. Il nous faudra réunir une banque de données universelle et relever des images virtuelles.»
Nous allons procéder à un vote, que chacun s’exécute.
Tous s’agitaient et moi, au milieu de tout ça, perdu dans mes pensées... cette ruse malfamée ne m’encourageait pas à voter.
Cependant, je me dirigeais vers l’isoloir, pendant que tous me regardaient en chuchotant de leur voix nasillardes robotisées.

Après une heure de délibération sur les données techniques entrées dans l’engin informatique, on acclamait le Grand Maître qui amenait le verdict et il commença :

- Je remercie tous les membres du comité pour leur participation au vote permettant de choisir l’élu pour la téléportation et j’appelle à mes côtés...Vik !
Je ne réalisais rien. On m’appelait, c’était moi,...moi que tout le monde attendait. Tous les robots m’applaudirent dans un tonnement métallique.
On m’admirait. Les membres de mon organisme ferreux tapaient et grésillaient.
Grand Maître énonça solennellement :
- « Vik, vous avez été choisi pour l’exécution de cette mission intergalactique. Vous devrez traverser le vide intersidéral par une navette-tube mise à votre disposition dès demain. Nos techniciens vous accompagnerons. Ainsi, vous arriverez à destination...Sachez que l’avenir de notre nation robotique est entre vos mains. »
Je restais figé sans prononcer un mot.


Dans la salle scientifique de mutation, les élèves du Grand Maître s’affairaient sur leurs ordinateurs.
Je me trouvai là, au centre de leurs expériences, immobiles, assaillis de rayons colorés. C’était des ondes destinées à muter les cellules robotiques en cellules d’apparence humaine.
Sur les images virtuelles reflétées au mur en hologramme, on voyait le métal des cellules s’estomper pour laisser apparaître une paroi cellulosique remplie d’organites aux pigments humains.
Une brume se dégageait autour de moi. Elle s’intensifiait jusqu’à emplir la pièce entière et se frayer un chemin par dessous les sas.

A la fin de l’expérience, j’avais une toute autre allure. Je pouvais désormais côtoyer les humains sans qu’ils ne se doutent de rien.

Ces préparatifs durèrent encore quelques jours, puis vint le moment ou je dû quitter la galaxie.
Il y avait une réelle effervescence ici et toute la communauté galactique se manifestait.
Je me retrouvai seul un instant et me demandai quel contact j’aurai avec cette civilisation.
Mon apparence me déstabilisait et mon cœur retentissait en même temps que le roulement de tambour qui m’attendait au dehors.
Je ressentais pour la première fois la sensation des mains moites.
Un dirigeant tapa à la porte. Il était temps.
Je sortais et des inquiétudes m’obsédaient.

J’arrivai élevé au-dessus de la foule de robots et intégrai la navette-tube.





Pendant ce temps, sur la planète Terre, les problèmes s’aggravaient.
Nous étions en 2025 et le réchauffement climatique se faisait bien sentir.
Aux pôles des extrêmes Nord et Sud, la fonte des glaciers provoquait une hausse du niveau des océans et les derniers esquimaux revenaient sur les terres.
De même, à la surface, les étés étaient arides et secs.
En Amazonie, les explorateurs attestaient une déforestation inquiétante.
En ville, de plus en plus de gens mouraient dans des conditions d’étouffement au milieu d’une brume accablante.
La température s’élevait à 58 °C le plus souvent et on trouvait partout dans la rue et par connexions médiatiques comme la télévision ou la radio des mises en gardes ou des mesures de précaution pour essayer de vivre malgré tout.

Le commerce chutait. Seules les grandes surfaces marchaient avec 50% de leurs productions d’eau et de produits frais. Les services des pharmaciens, médecins, pompiers, infirmiers et pompes funèbres s’intensifiaient.

Plus personne ne se rendait dans un cinéma ou ne travaillait dans des bureaux isolés.

Dès que je fus entré dans la navette, les contractions de l’espace temps s’accélérèrent progressivement à une vitesse faramineuse pour traverser le vide intergalactique.
Tout fonctionnait comme un catalyseur. On était le jeudi 6 Avril 2025 et j’arrivai.

Plus tard, l’engin s’arrêta je foulais pour la première fois le sol terrien. L’horizon était un vrai désert.
J’étais désormais le chef de la délégation robotique pour ma mission qui devait durer au moins 3 ans.

Chaque soir, j’émettais mes informations par électrons qui étaient directement réceptionnées au siège des supervisions de ma galaxie.

En allant chaque jour à la centrale de données, je comparais les analyses chimiques des deux surfaces géographiques.
Sur Terre, on disait que l’air était un mélange gazeux composé à la fois : de diazote, d’oxygène, d’argon, d’ozone.

J’étais captivé par ses découvertes et réalisais que c’était un honneur pour moi d’être le premier de mon peuple à connaître les fondements biologiques primordiaux à la vie des terriens et à notre vie future !

Plus tard, je découvris la constitution hydrogénée de l’eau auquel s’ajoutaient les minéraux.

Parfois, je me sentais seul alors je me remémorais mes années d’études au cours desquelles j’avais obtenu plusieurs prix pour mes recherches au pôle technologique.
Je souriais béatement puis c’était cette autre acclamation qui vint à ma mémoire, celle qui m’avait menée là, seul sans personne.
J’étais là sous une autre forme, devenu androïde et ne me reconnaissais plus dans mon nouveau corps.
Je regrettais ma vie d’avant et replongeais alors dans mes découvertes qui prenaient une dimension de défi scientifique.

Exactement, dans un élan de savoir, des sensations nouvelles : goûts, couleurs, odeurs me captais.
-Comment avais-je pu sous estimer les terriens ?
Ce peuple était à la tête d’une civilisation étonnante et à travers des livres sur leur histoire, je revivais avec ferveur leur passé, leurs études ou encore la technologie de pointe que la Terre avait développée.

Un sentiment étrange m’envahit sachant ce qui allait arriver, leur espoir d’avenir bafoué par cette secousse climatique qui allait tout arrêter.
Une pensée me traversa : Peut-être que je pouvais les aider ?

PRIX

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Jean Calbrix · il y a
Bonjour Hany. Je relis avec plaisir votre SF qui met en garde contre certaines dérives sociétales !
Vous avez soutenu mon sonnet Mumba et je vous en remercie. Il est désormais en finale. Le soutiendrez-vous de nouveau ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mumba Bonne journée à vous !

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Emsie · il y a
Voilà un récit dont j'aimerais lire la suite ! Dommage que je ne l'ai pas lu pendant la compétition, j'aurais aimé le soutenir.
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Bertrand Gille · il y a
Il y a de la profondeur dans ce texte :)
à chacun de réfléchir (ou pas) sur ce que nous vivons de nos jours...
Vous avez mon vote :)

J'ai deux petits poèmes en lice, si le coeur vous dit d'aller, d'un pas mécanique, vous y promener, tout avis, robotique ou non ;) , y est le bienvenu :)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/chemins-de-vies
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/promenades-1
un avis intelligent (qu'il provienne d'une intelligence artificielle ou pas) ne se refuse jamais :)

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Bettie · il y a
Oula, j'ai un peu peur maintenant ... Merci Hany, pour ce beau moment de lecture.
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Bernard Boutin · il y a
Un récit d'anticipation maîtrisé doublé d'une réflexion écologique sur la planète, qui s'achève sur une conclusion humaniste éclairée par une lueur d'espoir !
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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote. 5 voix.
Je suis aussi en compétition avec une brume brumeuse ... :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Mab · il y a
Attention , terre fragile . Un observateur pas désabusé comme souvent mais prêt à nous aider . Mes votes . J'ai en lecture " Vinyles rencontre " dans la brume des années 60 .
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Romain Bellail · il y a
Sans doute sommes nous déjà étudiés, surveillés, infiltrés...
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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...
Tous mes vœux pour cette nouvelle année !

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