Laisser passer la pluie

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Comme une envie d’écrire... "Ecrire, c'est dessiner une porte sur un mur infranchissable et puis l'ouvrir." Christian Bobin  [+]

Saigon, 32°C
Viêt monte sur sa Honda. Elle pétarade et le mène dans le dédale des ruelles de son quartier. L’air est moite et sa chemise fraîchement repassée lui colle déjà à la peau. La chaleur monte, caniculaire, étouffante, elle se colle à chaque mouvement et rythme chaque respiration. Projeté dans le flot dense de la circulation, Viêt sent l’arrivée de l’eau, son souffle frais se mêle à l’air ambiant.
Un éclair, une bourrasque, un tourbillon suivi d’un grondement de tonnerre intense fait sursauter la jeune femme sur le scooter d’à côté. Viêt sourit et ses yeux se plissent derrière ses lunettes déjà embuées. La pluie, salvatrice est là. De grosses gouttes s’abattent avec la régularité et l’intensité des premières pluies de mousson. Leur cadence va augmenter et cela la foule des conducteurs le sait. En quelques secondes, c’est une joyeuse cacophonie, on s’arrête, on ouvre les coffres, on enfile les capes plastifiées et tel un banc de poissons volants la foule des deux roues redémarre.
Mais il y a aussi ceux qui choisissent de ralentir, de se mettre à l’abri et de laisser passer la pluie.
Aujourd’hui, Tuyết sera de ceux-là. Elle n’a jamais aimé les grondements de tonnerre. Elle repère ce petit café aux mini tabourets plastiques si typique des trottoirs de la ville. Elle va se poser là et attendre. Elle se gare et abandonne son scooter à la pluie.
Aujourd’hui, Viêt n’a pas envie de se presser et à quoi bon se faire tremper. Par instinct, il suit le scooter devant lui. Il se gare et abandonne sa Honda à la pluie.
Ils partent en courant s’abriter sous l’auvent du petit café de trottoir. Tuyết et Viêt s’observent. Soudain, un ultime grondement de tonnerre résonne, Tuyết ne peut retenir un sursaut. Ils se regardent et laissent éclater un rire franc sonore et joyeux. Et ensemble, Tuyết et Viêt laissent passer la pluie. La pluie, bon présage, la pluie, romantique, comme aiment nous rappeler les chansons vietnamiennes qui passent sur le vieux transistor du marchand de café. Le temps passe et le moment reste, inoubliable, inattendu : leur premier souvenir.
... Un ultime grondement de tonnerre retentit, Tuyết se réveille en sursaut. Il pleut. Viêt, à la fenêtre tient dans ses bras, le plus précieux cadeau que la Vie peut offrir. Sa main dans celle du nouveau-né, il sourit à Tuyết, et ensemble, vers une nouvelle aube de leur vie, ils laissent passer la pluie...
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Eva Dayer · il y a
J'ai bien aimé cet intermède orageux, qui, apparemment, fait naître les bébés ... :)

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