L'aigle de Tolède

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Aventurière des temps modernes, professeur de Mathématiques, mère de douze enfants, je les ai scolarisés à domicile jusqu'en terminale. Ils se sont éparpillés, certains sont mariés, et ont  [+]

Tolède est riche, emplie de touristes émerveillés, souriants, appareil
photographique ou smartphone à la main.
à l'Est, au fond d'une profonde vallée aux rives escarpées, court le
Tage, entre des falaises abruptes de granit. De jolis sentiers suivent
son lit, en bas, plus haut, à mi-pente, plus haut encore. Mais dans la
journée, peu de gens les empruntent : les touristes manquent de temps, il leur faut voir tant d'églises, de mosquées, de synagogues, et l' alcazar, les ruelles, les commerces...
Un professeur d'escalade donne un cours. Son élève est maladroit
le professeur, patient, l'encourage, il connaît son métier, il déploie
beaucoup d'énergie psychique pour toujours se surveiller et ne jamais
être méchant avec cet enfant, si lent à comprendre , lui semble-t-il,
et il se félicite de respecter les règles sacrées de l'enseignant
Mais soudain, du haut du ciel , un aigle fond, immense. Ses ailes, plus grandes que celles d'un moulin obturent la lumière, je jeune débutant, collé à la roche, voit son maître enlevé par le montre. Il reste accroché, instable à deux minces prises, et ses pieds glissent peu à peu sur la roche, il frémit,
Il n'ose crier, la bête ne l'a pas remarqué, et puis crier demande une
énergie qu'il ne veut nullement gaspiller, provoque aussi un mouvement amplifié du thorax, qui sans aucun doute, le déséquilibrait
Il se fige, réduit le volume d'air aspiré , augmente la fréquence de
respiration, il ne voit que les aspérités du roc lisse, le temps
s'écoule, et sa force l'étonne. Il n'eùt pas cru possible, assurément,
de tenir si longtemps dans cette position, lui, si lourd, si peu musclé,
si faible, en somme.
Quelle puissance procure le désir de survivre! ou la peur de mourir!
Peu à peu, sa terreur croît, il craint maintenant de trembler : je
tomberai, c'est sûr, je tomberai si je cède à la peur ! Je dois occuper
mon esprit.
Il pense au dernier roman qu'il a lu, une triste histoire d'amour, de gros soupirs soulèvent sa poitrine, il change de sujet. Que fait son petit frère en ce moment ? Il apprend les mathématiques, ou la géologie ?
Mais sa vue se brouille, dans son rêve éveillé, on annonce au petit
garçon la mort de son aîné. Les larmes aussi vont le faire choir.
Prier : voici la bonne idée ! Et le jeune homme , intérieurement récite
les paroles que sa grand-mère lui a apprises "c'est Jésus Christ, disait-elle, qui nous a dicté cette prière. Le plan en est intelligent, en quelques
mots, il résume devoirs et besoins de l´homme."
" Voici ce que je dois : penser, analyser ce texte, cette activité emplira mon esprit"
Mais soudain, la main lâche, les pieds dérapent, c'est la chute
Il se relève, regarde son genou, un peu égratigné . j'avais donc si peu
monté, je me croyais très haut !
- Eh oui, mon ami, il te faut encore progresser . Tu ne manques pas
d'imagination , c'est toujours cela. Une chute de deux mètres : oui, tu aurais pu te faire plus mal
Son professeur est là.
Comment expliquer ce que j'ai vécu ? Songe l'élève. Un miracle ? Pourquoi pas?
Il ne peut croire, le danger est passé!
Le garçon pourtant regrette : J'ai prié et je nie l'existence de Dieu,
quelle inconséquence !
La honte le pousse aux confidences. Il raconte à cet adulte qui se raille
de sa peur, il raconte tout
Le maître rit de plus belle Gentiment, mais il rit
Alors, un lourd nuage accourt, emplit tout le ciel et l’aigle sort des
nues Il emporte l'enfant
- Oh Dieu pardonne, pardonne-moi, oui cet enfant est si jeune, si
puéril, si naïf, si ridicule souvent, j'ai cru qu'il plaisantait ou
racontait un rêve mais rends-le nous, rends-le du moins à ses parents,
il est si doux, si sage et si gentil, je l'aime tant, rends-le leur
vivant.
Et je m'engage, oui, je m'engage à ne plus jamais fumer
Bien sûr, mon Dieu, c'est à moi ainsi que je songe . Que vous faut-il
de plus? D'accord, je donnerai à un pauvre, chaque jour le prix d'un
paquet, toute ma vie, le temps du moins qu'on en vendra
Le professeur, de ferveur, ferme les yeux
Il pousse un cri: Qui ainsi piétine son pied? Le garçon
"Merci mon Dieu, je tiendrai ma promesse"
Ce fut dur Souvent, il songe: Dieu a-t-il quelque rapport avec cette
histoire? et il regarde d'un air vengeur les noires nuées du ciel qui,
il le voit " se fout de lui "
Peut-être pas, lui dit sa douce fiancée, je crois plutôt qu'il te
sourit, nous sommes si heureux, lui et moi, que tu tiennes ta promesse.
L'enfant, qui, d'ailleurs, n’était nullement sot, a oublié l'histoire
Bientôt, il n'en restera aucune trace. Le temps Chronos absorbe tout. Et
pourtant l'homme progresse. le pourrait-il sans le temps, sans cet
assassin inépuisable, l'affreux Chronos, au visage tordu de cruauté, au
regard aviné de dément, dont Goya nous fit un portrait saisissant, et,
je vous l'assure, moi qui connais ce mauvais drôle, très ressemblant.
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