L'affaire des masques

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Ecrire par nécessité, par tristesse, par bonheur. Chaque jour, au jour-le-jour. Ecrire à s'oublier, pour retrouver l'intime de soi même. Ecrire de certitudes, de doutes, d'espérance et pa  [+]

Soucieux de la santé de mes concitoyens et respectueux des recommandations édictées par notre gouvernement, ce matin je me suis rendu dans une pharmacie. A la jeune vendeuse qui s'est présentée à moi, j'ai demandé ( Poliment ): "Je voudrais une dizaine de masques obligatoires". "Ah, me répondit-elle, on n'a que des masques normaux". J'insiste, toujours avec courtoisie. " Bon, dit-elle, je vais voir avec ma collègue". Arrive une autre employée sensiblement plus âgée, qui avait été probablement briffée par la précédente, à en juger par l'échange de propos auquel elles s'étaient livrées en me regardant du coin de l’œil.  Tout sourire, sourire que son masque n'arrivait pas à dissimuler tant sa prunelle glapissait de joie à la seule évocation d'avoir à me servir, elle s'adressa à moi: "Monsieur...?". Je réitère ma demande: "Je voudrais une dizaine de masques obligatoires, s'il vous plaît". Devant son air dubitatif -la prunelle l'avait à nouveau trahie- je m'enquière de l'état du stock : « vous devez bien en avoir, quand même ». « Je vais voir avec le pharmacien » fut la seule réponse qu'elle put me proposer. Soit, me dis-je en mon for intérieur, inquiet cependant quant au fait que peu de clients aient, de fait, acheté si rarement de masques que ma demande en paraisse incongrue. J'attendrai donc. J'attendis, donc, jusqu'au moment où Le Pharmacien m'apparut, cintré comme il se doit dans son costume beige en toile et sa chemise bleue en coton. La seconde employée me désigna à lui. Il s'approcha du comptoir avec la démarche féline de Gary Cooper dans Le train sifflera trois fois  et m'apostropha d'un « Cher Monsieur » très engageant. Dans la série : mieux-vaut-avoir-à-faire-à-Dieu-qu'à-ses-saints, sans dire que je jubilais pour autant, j'étais content d'arriver au bout de mes peines, et je répondis sur le même ton : « cher Monsieur, je voudrais simplement une dizaine de masques obligatoires ». « Mais qu'appelez-vous des masques obligatoires ? ». Ma confusion, que dis-je, mon exaspération était à son comble : « je ne sais pas, moi ! Mais partout je vois écrit : port du masque obligatoire. Alors, je veux des masques obligatoires, c'est pas compliqué, tout de même !!! ». A ce moment sa bonhomie de marchand de suppositoires céda la place à une espèce de colère à peine contenue. Aurais-je demandé des préservatifs parfumés à la Covid-19 que son ire eût été moins violente : « foutez-moi le camp tout de suite, et ne revenez jamais ».
Je suis sorti tout penaud et je suis passé à la supérette du coin où j'ai acheté une boite de filtres à café Melitta numéro 4 : avec deux bouts d'élastique, me dis-je, ça me fera bien un masque obligatoire.

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M. Iraje · il y a
" Chercher à comprendre, c'est commencer à désobéir " 😀😀😀