L'abri de bus

il y a
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Il attendait. Assis sous l’abri de bus, ses doigts tremblotant par ce glacial mois de Février où un bout de Sibérie était parti loger quelques milliers de Kilomètres plus loin ; apportant avec lui un vent glacial, qui piquait de milles aiguilles son visage et ses doigts dont il avait du mal à sentir encore l’existence. Tandis que ses petits doigts de pieds semblaient être des glaçons au fond de ses baskets bleu azur.
Pourtant, il y a encore une dizaine de minutes, celui-ci sentait la chaleur rayonnait dans tout son corps, il avait fait son traditionnel footing du Samedi matin, en début de week-end , celui qui vous pique et qui vous sort la tête de l’eau. Qui vous fait oublier la dure semaine que vous avez vécu.
Mais, maintenant, il était assis sur le banc soufflant sur ses mains gelées, son t-shirt sous son pull lui collait à la peau, mouillé par l’effort de la course. Il imaginait de toute la force de son esprit le bus arrivait et se posait devant lui, déposait quelques passagers pour le prendre lui. Comme si l’imaginait aller le faire venir plus vite.
Peut-être trouvera-t-il un peu de chaleur dans celui-ci, peut-être une rencontre lové dans un fauteuil de ce bus, peut-être une découverte sur lui-même, peut-être juste un simple trajet de bus ordinaire qui le mènerait vers une destination inconnue. Inconnue de toi, mais pas inconnue de lui.
Il ne s’était pas arrêté là par hasard, c’était un abri de bus dont il avait l’habitude usage, entre la place de la république et la rue Arnaud de Vouez qui croisait ici le boulevard de la Liberté, en plein cœur de sa ville d’adoption. Ici, il se sentait chez lui, il y avait ses amis, une partie de sa famille et une fille qu’il avait rencontré. Rien de plus il ne faut pour combler une vie.
Pourtant, on souhaite toujours plus : argent, position sociale, biens de consommation, enfants. Toi, que désires-tu avoir de plus ? Mais demande toi surtout, que désires-tu réellement ?
Lui ne souhaitait que rentrer chez lui, retrouver sa place dans son foyer, retrouver les bras d’une personne aimante. Peut-être trouvera-t-il ça chez lui, il aura alors la chance d’être comblé. Exténué par une matinée d’effort mais savourant la quiétude d’un chez-soi sans l’obligation du jour au lendemain de prendre un bus vers une destination méconnue.
Il avait assez donné de lui, l’avait déjà abandonné. Découvert la connaissance du manque profond, celui où le cœur se languit, brisé et attendant les retrouvailles avec sa moitié, qui sur le départ lui a été dérobé. Il n’aspirait que au calme, à la monotonie de l’habitude, au vrombissement régulier du moteur de bus qui vous berce dans les bras de Morphée.
Un peu de calme dans cette société de l’instantanée où plus personne ne prend le temps de s’arrêter, de se poser cinq minutes sur un banc et de réfléchir à sa vie. A son passé, à son présent et à son futur. A trouver un but, une voie, un fil directeur qui relie cette chronologie, celle qui donnera un sens à vos actes. Sous cet abri de bus, il avait le droit à un moment de pause, à un moment de solitude, non-entouré d’individus, sans technologie pour se relier au reste du monde. Juste lui, c’était suffisant.
Bientôt, il rentrera chez lui, au cœur des odeurs et des bruits de la vie, accueilli par le doux sourire de sa compagne, ce sourire pétillant qui vous réchauffe le cœur comme un doux jour de Juin. Ce sourire qui le fera vibrer, et qui lui fera dire que c’est un homme heureux, car il a la chance d’être aimé. Être aimé n’est-ce pas au fond ce que nous cherchons-tous ?
Il avait déjà connu ça avant, mais sa route avait dû continuer sans, un croisement où deux êtres se séparent, un destin différent.
Un vrombissement s’échappa de la brume, il sortit de ses songes, il pencha la tête vers la gauche pour apercevoir la masse rectangulaire qui s’avançait vers l’arrêt. Pas à pas, sa couleur verte détonnait sur le fond blanc et terne ; il était la seule trace d’âme qui vive en ce jour. Mais le verglas l’avait tellement ralenti, que par moment, rentrait à pied aurait été plus profitable malgré la fatigue et le vent glacial qui vivifiait ses membres à chaque pas.
Le bus se stoppa net devant l’arrêt quelques personnes en sortirent sans qu’il ne prit la peine de les voir. Il s’engouffra à l’intérieur du bus, un léger sourire sur les lèvres à l’idée de rentrer chez lui.
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Martine Lesueur-yzebe · il y a
Bien mais quelques erreurs dans le texte
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Augustin Yzèbe · il y a
Oui, je dois corriger quelques coquilles encore, merci !
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Ba Amadou · il y a
Émouvant.bonne chance
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Augustin Yzèbe · il y a
Je vous remercie, content que ça ait pu réveiller en vous ce que j'ai ressenti en écrivant ces quelques lignes

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