La voix du silence

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Il était debout, le regard dispersé, l'inquiétude traversait son visage, la sueur coulait par-dessus tout son corps, ses lèvres tremblaient et tout ce qu'il pouvait faire c'était pleurer. Pleurer la mère qu'il venait de perdre, il était le dernier à lui faire ses adieux, pendant que tout le monde voulait rejoindre respectivement son domicile, il voulait encore passer un moment avec sa maman Félicité. Elle était en terre mais il n'arrivait toujours pas à croire. D'un soir elle s'en était allée, et par un crépuscule elle retournait à la terre, acclamée par le vent et la nature.
Marcel sentait toutes ses forces l'abandonner, il avait perdu son roc et sa citadelle, mais dans les yeux de son père on pouvait déceler de la joie, il venait certes de perdre son épouse, mais il ne l'aimait plus; il était déjà en relation avec une autre. Marcel en voulait au monde entier que sa maman soit partie avant le temps, néanmoins il était sage pour garder le mal dans son cœur. Il se rappela de la dernière recommandation de Félicité qui l'invitait à regarder dans la boîte de tous les souvenirs, de toutes les réponses et que jamais il ne serait seul. La boîte savait et pouvait tout.
C'était parti pour être un bon soir, le ciel était dégagé, on pouvait apercevoir toutes les constellations, les nuages étaient presque inexistants, la lune faisait son cinéma parée de bijoux, elle était pleine. Paul avait de la peine pour son fils, puis tout à coup, le ciel se mit dans une rage folle, il tonnait, ventait. Le ciel criait, il s'exprimait, on aurait dit qu'il voulait se venger, ce fût le début d'une pluie enragé. Le feuillage des arbres tombait, le vent transportait tout sur son passage, le sable s'élevait en arc de cercle, le tonnerre grondait, chaque objet perdait son équilibre, mais malgré tout, Marcel ne semblait pas se sentir en danger, il n'avait pas idée de tout ce qui pouvait se passer près de lui. Paul tenta de raisonner son fils pour qu'ils puissent rejoindre leur domicile ; plus ils prenaient le large, et plus le climat se manifestait, il pleuvait des cordes et une voix se fit entendre dans le ciel : « tu n'es pas seul ».
Arrivés chez eux, les deux mâles essayaient de penser à tout, sauf à ce qui venait de se passer. Ils n'en parlèrent pas entre eux, mais il s'en va se dire que si dans les yeux de Marcel il y' avait une indifférence, dans ceux de Paul c'était la crainte. Javeline ne se fit pas prier, même pas un jour après le décès de la femme légitime, que cette dernière prit déjà ses quartiers, balayant d'un revers de la main la mémoire de la défunte. Marcel comprit dans son for intérieur, que rien n'allait être facile pour lui, il allait passer d'immaculé à désemparé.
Javeline la nouvelle baronne tenait la maison, avec son conjoint c'était l'amour fou, ils s'aimaient à la folie, pour le fils dit illégitime c'étaient plutôt le doute, la peur, les tâches ménagères, il fallait que la maison demeure propre et attrayante.
Marcel était très loin de la promesse de sa maman, il endossait sur lui toutes les charges domestiques de la maison, il lui arrivait très souvent de couler des larmes, de désespérer, il n'avait plus de vie ni d'objectif de vie. Pendant que le jeune homme semblait ne plus avoir de vitalité, de l'autre côté le jeune couple festoyait et se réjouissait de jour comme de nuit. Aucun d'eux n'avait un emploi, mais il avait un train de vie supérieur à la moyenne, ils avaient embauché du personnel, refait les travaux de la maison, les dépenses astronomiques les définissaient. Marcel ressentit le besoin de tirer cette histoire au claire, de s'interroger et de savoir comment à peine le décès de sa maman, Javeline vint s'installer avec eux, leur vie modeste prit du neuf, son père qui était tenancier d'une petite boutique de subsistance, l'abandonna au profit d'un butin tombé du ciel. Il n'avait pas connaissance de tout ce qui pouvait se tramer dans son dos mais il savait que la boîte avait les réponses à toutes ses questions.
Dans la famine il se coucha, dans la crainte il ferma les yeux, et dans le désespoir ultime il s'abandonna. Il s'enivra de ses larmes, la satiété était devenu un mythe ; mais dans ce silence, il pouvait être transporté, écoutant ainsi une voix qui répétait dans son cœur les dernières paroles de sa mère. Le jeune homme se dit fatigué, car pour lui cette phrase était déjà une fable, il ne voulait plus marcher dans l'incertitude, il avait besoin d'une houlette dans la vallée de l'ombre de la mort, de soutien lorsqu'il traversera le versant de la perdition. Il voulait la matérialisation de ce règne, que la promesse s'accomplisse, que ses yeux s'ouvrent aux merveilles de cet amour perdu, que ses oreilles entendent la vérité, que ses mains s'ouvrent pour ne plus se fermer, et que comme un cabri, qu'il marche pour ne plus tomber. Il le manifestait dans son intérieur, il avait soif et faim, il voulait tout. Il demeura dans le silence, et comme il attendait de voir se manifester la gloire de ce nouveau jour, qu'une voix s'éleva au-delà de son cœur pour lui répéter les paroles de sa mère, et s'il voulait une autre preuve, il était servi : la scène de l'enterrement se reproduisit. Il pouvait voir apparaître une silhouette blanche comme celle d'un ange venu du ciel, son visage brillait, impossible de regarder, ses habits blancs plus que de la neige, on pouvait apercevoir la majesté se dégager de lui. Le silence s'installa, sa présence était apaisante, la paix était son marche pieds, et la gloire sa manifestation, les paroles de sa mère se firent encore entendre avant que tout ne s'arrête.
Il avait compris avec les sens qu'il avait été exaucé, il fallait qu'il trouve cette boîte qui contenait la vérité. Javeline et Paul ignoraient tout ce qui avait eu lieu dans la nuit, pour eux un nouveau jour s'était levé. Ils tentèrent de contraindre une fois de plus Marcel à la tâche quotidienne, mais ce dernier était plus courageux que ça, son objectif était de trouver cette boîte et rien n'allait l'en dissuader encore moins l'en éloigner.
Les jours passèrent mais toujours pas de boîte, et quand il voulait se décourager ou abandonner, la voix du silence résonnait. Loin de perdre tout espoir dans un hasard mais pur, il tombait sur un carton. Il ne frémit pas car il en ouvrait là un de plus, il ne fit pas attention, plongea juste sa main à l'intérieur, il tomba sur une toute petite boite en bois. Il prit la peine de l'ouvrir, retrouva un papier à l'intérieur, il reconnaissait l'écriture de sa mère, elle avait écrit ses dernières paroles en ajoutant une adresse. Il prit donc ses jambes à son coup pour se rendre à cette adresse, bravant ainsi les dangers qui pouvaient advenir, tomba nez à nez avec la grand-mère qu'il ne connaissait pas : c'était la mère de sa mère. Elle le connaissait de nom, elle reconnut la lettre et sortit les dossiers adéquats puis il retourna chez sa marâtre.
Harcèlement, meurtre, adultère, abus de confiance, escroquerie, les chefs d'accusation étaient bien plus longs qu'un bras. Mis aux arrêts, ce couple devra répondre de ses actes et à ce moment encore la voix du silence s'exprima une fois de plus. Marcel rejoignit sa grand-mère pour retrouver la famille qu'il n'avait pas eue.
L'histoire raconte que Félicité était l'héritière d'une famille riche et quand son père décéda, elle devait devenir directrice de leur groupe, mais au lieu de cela, elle prit peur et trouva refuge dans une ville loin de sa maman. Elle fit la rencontre de Paul qui était orphelin et qui avait repris la boutique familiale, c'était donc le coup de foudre. Quelques mois après, ils se marièrent mais quand vint la naissance de Marcel, il découvrit la véritable identité de son épouse et ce fut le début d'un calvaire au nom de l'argent.
Félicité avait perdu la vie mais elle était restée éternelle.
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M. Iraje · il y a
Voix du silence, voie de la sagesse ... ?
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Arsene Eloga · il y a
Merci
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Armelle FAKIRIAN · il y a
un "j'aime" renouvelé.
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Arsene Eloga · il y a
Merci Armelle
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Mome de Meuse · il y a
Je reviens avec grand plaisir, Arsene.
Vous aviez soutenu : La Convocation en première finale. Or, tout a été effacé. La revoilà donc en finale bis. Si le coeur vous en dit, j'apprecierais beaucoup votre soutien. Merci.

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Arsene Eloga · il y a
Merci
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Arsene Eloga · il y a
J'y vais de ce pas Mome de Meuse
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Cristo R · il y a
je reconfirme mon vote 5 voix d'avant la cyber attaque sur votre texte mais je ne sais plus où l'on en est ....


Ce qui est sûr c’est que les virus n’auront pas notre ADN ni celui des hackers ni celui du delta qui plane

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Arsene Eloga · il y a
Merci j'y vais de ce pas.
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Olivier Descamps · il y a
" Un beau texte émouvant dont la fin rappelle que la vérité se sait toujours ! Bonne finale, Arsène ! " Je revote !
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Arsene Eloga · il y a
Merci Olivier