La ville dont on ne sort jamais

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Un esprit sain dans un corps sain, à la sauce web, ça donne quoi? Un fantasme dans un avatar? Mais quand même... je me demande comment Shakespeare, Wilde et tant d'autres se seraient approprié la  [+]

— Vous vous calmez, derrière ?
Les trois gamins se figent.
— Vous croyez que c’est facile de conduire ? J’ai besoin de me repérer ! Silence !
Le plus grand se dandine, hésitant à se lancer dans une nouvelle crise. Il est sauvé par sa petite sœur qui annonce :
— On arrive dans cinquante-sept kilomètres. À plus de soixante kilomètres par heure, on devrait y être pour le goûter !
Le père jette un œil à sa femme qui prétend dormir et tripote un moment son GPS.
— Je ne comprends pas, on aurait dû éviter cette ville. Je ne sais même pas comment ça s’appelle, ici...
— Moi, je crois...
— J’ai dit silence ! Laisse-moi me concentrer...
La gamine replie la feuille qu’elle regardait et contemple la route. Banlieue sale, zones industrielles fatiguées, espaces verts mités, seuls les reflets d’un train apportent de la lumière dans la grisaille où la voiture tourne depuis plus d’une heure. La sortie principale est en travaux et des déviations les conduisent de routes secondaires en parkings déserts, de ronds-points exempts de signalisation en bords de rivière asséchée, pour revenir invariablement sur la même route.
— Va dans le champ, là ! réclame la fillette.
La mère décide de se réveiller pour éviter la catastrophe
— Non ma chérie, on ira jouer dans les champs demain. Là, il faut que Papa se repère.
Elle jette un œil par la fenêtre.
— On dirait qu’on est déjà passés par là...
— Trois fois ! Cherche quelque chose qui nous aiguille... On tourne en rond... Je ne peux pas tout faire !
— Que dit le GPS ?
— Il boucle sur la route qui est fermée...

*

— Papa, c’est le goûter !
— On arrive quand ?
— Papaaaa, j’ai faim !
Le père se raidit, essayant de se contenir.
— Il faut aller dans le champ ! Là, par ce chemin !
Insistante, la petite désigne de son doigt potelé un chemin caillouteux dans un champ qui étale devant eux ses restes de cultures, parsemées de détritus. Excédé, il freine brutalement et s’y engage. Sans desserrer les mâchoires, il continue malgré les chaos et finit par déboucher sur un accès goudronné. Il stoppe le véhicule, descend et s’approche. À sa droite, un panneau indique la route qu’ils ont perdue. Au-delà, une aire de repos. Il se tourne vers l’enfant.
— Comment as-tu deviné ?
— J’ai pas deviné !
Elle sort de son petit sac à dos une vieille carte routière, la déplie avec précaution et la lui tend fièrement.
— C’est grand-père, il m’a donné ça et m’a appris à la lire. Regarde : là, c’est le champ, les petits traits, c’est le chemin et là, c’est la route !
Le père sourit, caresse la joue de sa fille.
— Tu me la prêtes pour le reste du voyage ? Tu m’aideras à la lire !

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