La vieillesse

il y a
3 min
700
lectures
52
Qualifié
Image de Eté 2016
La vieillesse... Nous les vieux. On nous voit de façon différente. On nous voit comme des dépendants matériels. On nous sublime comme des porteurs de la connaissance. Nous sommes les aïeux. On nous donne ce rôle de doyen. Nous avons tant vécu, et tellement plus rien à dire.
On nous voit comme les racines d'une famille, les films vivant d'une histoire. Mais nous sommes encore des enfants... Plus que jamais. Ce que l'on ne dit pas, c'est que nous sommes toujours aussi jeunes, tellement aussi apeurés, tellement aussi émotifs. Nous le vivons avec juste davantage d'acceptation. Mais ce que vous ignorez, c'est que nous n'avons pas le choix, de l'avoir cette sagesse.
Il est un jour qui arrive, et qui arrive trop vite, ou trop lentement, où on devient grand-parents. Où nos cheveux blancs recouvrent nos têtes. Il arrive un jour où on regarde derrière soi. La première moitié de la vie est passée, et nous, on se retrouve là, sans avoir vraiment changé.
La différence entre vous et nous les vieux, c'est que l'on pense changer toute sa vie, et lorsque l'on se réveille vieux, on découvre ce qui n'a jamais changé. On devient l'enfant intérieur. Vous savez, cet enfant innocent, sage... Celui que l'on recherche toute sa vie ; mais qui se révèle si différent de ce que l'on imaginait... Et puis on regarde toute sa vie derrière soi. Avec ses yeux d'enfant. D'enfant vieux. Parce qu'alors, on se sent tout petit.
On regarde sa vie, que l'on a construit. Et alors on se dit « Alors c'était ça ma vie. » Comme lorsqu'on fait l'amour la première fois, et que l'on se dit « Alors c'était ça ». Comme lorsqu'on se marie, et que l'on se dit « Ça y est ». On regarde alors son vieux mari en se disant « Alors c'était lui ? ». Ou bien, si l'on a pas connu cet amour, « Alors, je ne le verrai pas ? Je ne connaîtrai pas cet amour qui fait que si l'on meurt vieux, c'est ensemble ? ».
On regarde sa vie en se disant, « Alors, c'était ça ma vie. Voilà ce que j'ai réalisé. » Mais qu'est-ce qu'on a vraiment réalisé ? Comment vont nos enfants ? Et leurs enfants ? Et puis on les comble de cadeaux parce que, nous, on adorait les recevoir, ou on aurait tant aimé être si gâtés. Et puis on aime, oh oui on aime, parce qu'il ne reste plus que cela, d'aimer ces petites vies que l'on a un peu créées, indirectement... On ne peut qu'être content. On se suffit à notre propre reconnaissance. Le regret n'apporte plus rien. Le temps n'est plus là. La vie est faite. Et restera comme ça. Alors on donne tout l'amour qu'il nous reste.
Parce que nous, les vieux, on a plein d'énergie, une énergie que vous ne connaissez pas encore. Vous, vous courrez, vous vous essoufflez, vous restez assis, vous mettez debout, bougez sans cesse. Vous avez mal au dos, mais continuez de courir. Mais ce n'est pas l'énergie, ça. Nous, nous ne pouvons plus. Nous n'avons plus vraiment mal, mais notre corps s'habitue. Notre esprit s'embrouille mais notre énergie est autre. Un jour arrive où notre corps, ou bien notre esprit, se mêle à cette vieille terre. Et on comprend alors cette vieille terre, qui reste là et qui accepte. Mais qui bouge bien trop lentement. Et pourtant qui vous aime tant.. On devient comme cette bonne vieille terre. On se mêle à elle, et on se perd en tant qu'individu. En tant qu'unité. C'est ce qu'appellent les bouddhistes le détachement. Ne cherchez pas trop vite à l'atteindre. Il arrivera quand vous vieillirez.
Quand vous pourrez qu'accepter la vie passée. Quand lorsque l'on vous demandera « Qu'as-tu vécu ? », il sera trop long de tout dire, trop fastidieux de tout raconter. Car les mots n'importeront plus, et la reconnaissance non plus, car la terre, elle, sait. Et que ça suffit. Que chacun y verra sa vie, en temps voulu... Nous avons tant vécu, et tellement plus rien à dire.
Mais non, ce n'est pas triste. C'est si beau. Parce que ce que vous, vous voyez comme douleur, pour nous, c'est comme un soulagement. Nos poids partent. Des fois, c'est un peu nostalgique, mais en fait, c'est assez beau. Les poids partent. On ne se demande plus si on fait bien, ou mal. On a fait. C'est fait. Après, c'est facile. Il suffit d'aimer, pour se préparer à partir en paix. Il suffit d'aimer pour que les suivants puissent aimer plus tard à leur tour. Nous ne sommes plus des vagues, nous sommes l'eau. Nous ne sommes plus un arbre parmi d'autres. Nous sommes la terre. Et il nous faut laisser, ce jour où l'on devient vieux, le meilleur pour ces petits arbres derrière nous.
Ne prenez pas nos douleurs physiques comme des plaies, ni nos rides pour de la fatigue, et encore moins nos pertes de mémoire comme contrainte. Parce que la terre, elle, n'oublie pas. Alors, si nous on oublie, c'est bien aussi.

52

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Nahman, le clown

Philippe Collas

J'ai soigneusement appliqué le fond de teint blanc. Les enfants le méritent bien. J'ai dessiné une larme en dessous de mon œil gauche. J'ai posé mon nez rouge. Dans la vieille glace, je ne vois... [+]

Très très courts

Celui qui s'ennuyait

Sarah Beaulieu

Il ne se passe rien. Le temps s’étire, il se tord, il se crispe ; il est le seul à qui il arrive effectivement quelque chose.
J’ai oublié de mettre des chaussures. Chaque pas sur le pavé... [+]