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la vieille dame et son chien

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Sailormoon

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Aujourd'hui, j'ai reçu une dépêche d'une ligne« Londres : nonagénaire agressée et étranglée avec la laisse de son chien » .
L'histoire est tentante. Mes méninges sont en effusion, ces quelques mots m'inspirent.
Imaginons.
Miss Marple, 95 ans. Bien sûr, ce n'est pas son vrai nom, mais je m'imagine une petite mamie anglaise, ambiance arsenic et vieilles dentelles, dans son petit pavillon de Slough, ville industrielle de la banlieue de Londres. D'ailleurs, le temps s'est figé pour elle début des années 80. Sur la table basse du salon, un exemplaire du Daily Mirror parle encore du mariage de Charles et Diana. Son fils, gratte-papier dans un office de la City a pris sa retraite en France l'an dernier. Elle l'appelle toujours « mon gamin » quand il lui téléphone et lui pince les deux joues dès qu'il franchit le seuil de la maison familiale. Elle reçoit ses amies pour la partie hebdomadaire de bridge, se rend aux offices religieux à la paroisse du quartier et ses journées sont ponctuées par les sorties de son chien, un vieux corniaud tenant plus du boudin de porte que du corgy frais et fringuant qu'il eut été.
Ce chien, tout britannique qu'il est, a la ponctualité d'un coucou suisse.
La vieille dame suit toujours le même itinéraire pour la promenade. Elle sort de chez elle, tourne à droite et va jusqu'à l'espace vert à 500 mètres de la maison, elle s'arrête près du plan d'eau où elle balance le pain dur qui lui reste de son petit déjeuner aux canards, s'assoit sur un banc, toujours le même, d'où elle guette les enfants jouant dans le bac à sable puis fait le tour du pâté de maison avant de rentrer chez elle.
Une telle ponctualité n'a pu qu'éveiller les soupçons. D'autant que la vieille dame tient toujours d'une main la laisse de son chien, et de l'autre un vieux porte-feuille en cuir, aux couleurs passées par le temps sur lequel on devine une danseuse de Flamenco. Le truc kitch que seules les vieilles dames anglaises peuvent aimer. Il ne doit pas avoir une fortune dans ce porte-feuilles, sans doute de quoi s'acheter une revue au kiosque au coin de la rue, à moins que la gourmande compte prendre un petit gâteau avec son thé de 05 heures.
Ce jour-là, elle est suivie par un individu. Elle ne se méfie pas. Nous sommes dans la banlieue de Londres, elle a 95 ans, ne voit plus très clair, n'entend plus très bien mais trotte très bien encore pour son âge. Elle se sent suivie et accélère le pas. Elle comprend assez vite que l'homme en veut à son porte-feuille et le jette par terre, espérant le semer ainsi.
Le junkie effectivement le ramasse, mais le peu d'argent qu'il contient le fout en rogne. Il décide d'attendre la petite vieille chez elle.
Miss Marple détache son chien dès qu'elle franchit son portail, enlève son bibi et se retrouve nez à nez avec un grand gaillard qui lui prend la laisse des mains, entoure son cou avec en réclamant plus d'argent. La petite dame s'agite et s'énerve, elle ne comprend pas trop ce qui se passe, l'assaillant serre plus fort, trop fort. Le corps de Miss Marple tombe lourdement sur la moquette violette de l'entrée, le drogué dans un éclair de lucidité comprend qu'il a été trop loin et abandonne sa victime.
Le chien ? Il a fait sa sortie tout seul comme un grand à son heure habituelle. C'est d'ailleurs ce qui a mis la puce à l'oreille du voisinage. Le vieux corniaud était inséparable de sa maîtresse et jamais elle ne l'aurait laissé sortir seul.
L'histoire que je viens de vous raconter est tellement banale qu'effectivement, demain dans votre quotidien, cette petite phrase « Londres : nonagénaire agressée et étranglée avec la laisse de son chien » servira à combler un trou dans une page. Vous la lirez en vous indignant de la médiocrité de l'humanité, avant de passer à autre chose. Tout comme moi.

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