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LA VIE RÊVÉE DES FEMMES

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Pénélope

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Elles avaient voyagé de planète en planète, elles avaient vu des mondes étranges et beaux. Certains paraissaient plus justes et plus harmonieux que d’autres mais à chaque fois elles retrouvaient leur monde avec bonheur car c’était La Reine qui y régnait et elles savaient que elles, les femmes y seraient toujours protégées, que les sciences dont leur gouvernement encourageaient le développement seraient toujours là pour les servir, jamais pour les asservir. Mais elles voulaient aller plus loin, jusque là-bas sur la Terre, cette planète oubliée dont on ne savait presque plus rien. Elles avaient entendu des choses horribles et aussi de très belles et elles voulaient voir parce que leur éducation faisait tout pour aiguiser leur curiosité. Roxane menait l’expédition. C’était elle qui prendrait les mesures nécessaires s’il le fallait.

Emma sortit son dernier né du petit berceau de bois confectionné avec quelques bouts de planches. Elle sortit son sein gonflé de lait pour lui donner la tété. Son mari s’approcha pour lui caresser les hanches, écarta ses cheveux pour l’embrasser dans le cou puis se pencha pour observer le nourrisson glouton. Quand le bébé fut repu, Emma le redéposa dans son berceau de fortune pour aller remplir une grande bassine d’eau. Elle se mit à quatre pattes pour frotter énergiquement le sol à l’aide d’une brosse. L’homme la regardait en souriant, une pipe à la bouche. Quand elle eut terminé, elle alla se recoiffer devant un bout de miroir. Le regard de l’homme se posa sur sa nuque. Puis elle se mit à éplucher et couper des légumes que l’homme venait de déposer sur la table pour préparer le repas. Quand ce fut prêt, une nombreuse famille vint s’attabler. L’homme était le seul à boire du vin. Puis, les grandes filles débarrassèrent et disparurent dans une autre pièce avec les plus petits. Seul le fils aîné resta. Il prit un violon et joua ce qui ressemblait à une gigue. Le couple dansa pendant quelque temps puis l’homme s’écroula sur le lit en enlaçant sa femme. Ils ne firent plus qu’un. Le musicien se retira sur la pointe des pieds, un sourire malicieux sur les lèvres. On n’entendait plus que le crépitement du feu de bois dans l’âtre. Ah ! Si tout pouvait continuer ainsi, pensaient-ils, pendant des siècles et des siècles. Ils n’étaient plus nombreux à vivre dans ce petit coin de campagne qui restait sur la Terre. Tout le monde était parti vers d’autres planètes, surtout Junon, la planète idéale. Ils ne redoutaient qu’une chose : l’arrivée des armées de femmes, des amazones qui tuaient les hommes et emmenaient les femmes et les filles pour en faire on ne savait trop quoi.

Quand Roxane découvrit ce taudis terrien et la scène abjecte qui s’y déroulait, elle aurait dû intervenir immédiatement d’après la Règle, mais elle ordonna à son escadron d’attendre un peu. Quelque chose la troublait, la fascinait même. Le dégoût et l’indignation se mêlait à un autre sentiment qui allait au-delà de la curiosité, de l’intérêt peut-être. Malgré l’impatience des autres femmes qui étaient déjà prêtes au combat, elle voulut en référer d’abord à La Reine.

De retour sur Junon, l’Assemblée des Femmes fut immédiatement convoquée. C’est en ces termes que Roxane s’exprima :
― Oh Reine ! Nous avons exploré ce recoin sombre de la Terre. Comme nous le redoutions, les femmes continuent d’enfanter.
Un cri d’horreur parcourut l’assistance. Les femmes posèrent machinalement leurs mains sur leurs ventres fermes et plats imaginant les douleurs de l’enfantement telles qu’elles leur avaient été racontées.
― D’après ce que nous avons pu observer, les bébés extraient leur nourriture des seins de leurs mères.
Roxane baissa les yeux par pudeur :
― Des seins énormes, gonflés, déformés.
Une moue de dégoût se dessina sur les lèvres des femmes aux visages parfaits.
―Et...
Roxane hésita. Jusqu’où devait-elle tout dire. Elle craignait maintenant une réaction trop extrême de la Reine :
― Il y a des hommes. Ils ne font presque rien si ce n’est fumer et boire de l’alcool.
L’Assemblée restait muette, suspendue aux lèvres de leur valeureuse Roxane. La Reine intervint :
―Allez jusqu’au bout Capitaine Roxane ! N’ayez pas peur des mots. Ces hommes touchent-ils les femmes ?
Roxane savait que chacune de ses réponses était importante. Elle avoua :
―Oui Reine. Ils les regardent, les embrassent, nous pouvons même affirmer je pense, Roxanne jeta un regard à ses coéquipières, les pénètrent.
L’assemblée était horrifiée. Roxane s’empressa d’interrompre le murmure :
―Cependant, reprit-elle plus fort, les femmes ne semblent pas en souffrir, au contraire.

Roxane fut alors prise d’un terrible désarroi et pensa à Emma, la femme qu’elle aurait voulu être.

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