La vie est un jeu

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Un thriller dans les purs canons du genre : ambiance noire, action folle, mort étrange, personnage louche, jeune homme en détresse... Tout y est

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Fantasy, science-fiction, fantastique et parfois même folie meurtri-romancière, Charlie Cosa est un auteur hybride aux multiples influences. Boulimique d’histoires, il n’est jamais rassasié, ni  [+]

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— Retourne à l’intérieur ! 
Kern venait d’apparaitre à la lisière de la forêt sous le regard sidéré de Camille. Elle recula avec hésitation : son ami, qui revenait seul, courait dans sa direction. Malgré le manque de luminosité en ce début de soirée, elle remarqua son T-shirt déchiré et les stigmates d’un combat. Sans la moindre attention pour Camille, le guerrier des bois referma la lourde porte de la cabane et s’empressa de la verrouiller. De son front perlait de la sueur. De son torse, du sang. Une large plaie barrait sa poitrine.
— Où est Romain ? demanda Camille dans un murmure.
Les yeux exorbités de Kern fixaient le vide.
— Je suis désolé… dit-il dans un sanglot.
Camille porta la main à sa bouche pour contenir un cri. Elle se mit à effectuer les cent pas dans la petite maison dont Kern venait d’hériter. Le week-end entre amis virait au cauchemar : la nuit précédente, Romain avait quitté le logement sans explications, n’emportant avec lui aucune affaire, si ce n’est son téléphone et, étrangement, celui de Camille. Quant au portable de Kern, il ne parvenait pas à attraper le réseau. 
— Qu’est-ce qui s’est passé ? supplia la jeune femme.
— Un type…
— Tu as vu quelqu’un ?
— Laisse-moi parler s’il te plait, murmura Kern. J’ai trouvé Romain. Mon dieu… lâcha-t-il dans un sanglot. J’ai découvert son corps gisant près d’un talus… Je pense qu’on l’a assassiné !
— Assassiné ? 
— Oui. C’est à ce moment-là que j’ai senti une présence. Je me suis retourné… et un homme se trouvait dans la clairière.
— Qui ? 
— Comment veux-tu que je le sache ? s’emporta Kern. Il m’observait, reprit-il. Son visage demeurait inexpressif. Je lui ai demandé qui il était, ce qu’il s’était passé… Mais il ne répondait pas. J’ai commencé à avoir peur. Il s’est avancé vers moi et a sorti de sa veste un grand couteau… comme une machette. Il voulait me tuer… sanglota le jeune homme. J’ai réussi à fuir, mais je ne sais pas s’il m’a suivi. 
Camille s’approcha de lui pour le réconforter, malgré la peur qui lui tenaillait le ventre. 
Soudain un bruit sourd se fit entendre. Cette fois, Camille ne put étouffer un cri ; Kern plaqua instinctivement son dos contre le mur de rondins. 
Dehors, des pas résonnaient. Lents, réguliers. 
— Il faut bloquer l’entrée, murmura Kern. 
Camille acquiesça frénétiquement et se déplaça vers la lourde table que son ami venait de lui désigner. Ensemble, ils amassèrent quantités d’objets devant la porte qui, malgré son imposante stature, paraissait être un rempart bien vétuste. À nouveau, Kern observa l’écran de son téléphone à la recherche de réseau, mais il secoua de nouveau la tête, dépité.
— Laisse-moi essayer, proposa la jeune femme. 
— Cherche plutôt une arme ou quelque chose qui y ressemble, lâcha-t-il dans un sanglot.
La nuit n’était pas définitivement tombée. Camille suggéra qu’ils courent jusqu’au parking à trois kilomètres de leur fortin lorsque l’occasion se présenterait ; leur voiture se trouvait là-bas. Mais Kern refusa ce projet. La densité de la forêt et l’obscurité grandissante déformeraient tous les repères de la journée, avança-t-il comme excuse.
Ils débattaient en murmurant et réalisèrent que les bruits de pas avaient cessé. De longues secondes s’écoulèrent dans la pathétique lumière électrique de cette cabane sans fenêtres, au confort rudimentaire et à l’odeur empreinte d’humidité.
Puis les secondes se transformèrent en minutes. Camille se risqua à espérer :
— Tu crois qu’il est parti ? 
Kern n’eut pas le temps de répondre. Une formidable bourrade fit trembler la porte. De fins grains de poussière churent de la poutre adjacente. Un second impact obligea les deux jeunes gens à rechercher en hâte un équipement de combats. Camille se saisit d’un tisonnier, Kern d’un marteau. La porte, devenue folle, continuait ses spasmes. Camille hurlait de pathétiques injonctions, Kern se liquéfiait, répétant inlassablement qu’ils allaient mourir. D’une main tremblante, il exhuma, pour une ultime tentative, son téléphone. Un improbable sourire apparut sur son visage lorsqu’il porta l’appareil à son oreille. Il implora l’aide de la police et raccrocha plein d’espoir. Le tambourinage cessa alors. 
La porte ne bougeait plus. Camille s’approcha du mur. Aucun son ne provenait plus de l’extérieur. Elle se retourna vers Kern, mais s’aperçut que son ami avait disparu. Elle le débusqua finalement, assis dans la pénombre opposée, les genoux remontés contre son torse. Elle entreprit de le réconforter à nouveau et posa son tisonnier. Même si elle le serrait contre elle, Camille restait attentive. Mais non, il n’y avait vraiment plus aucun bruit. Le meurtrier avait dû fuir à l’évocation de la police. Elle considéra la vieille et courageuse porte qui avait offert sa résistance pour les sauver.
— Je crois qu’il est parti… murmura-t-elle. 
— Je ne crois pas, commenta-t-il
— Ne t’inquiète pas, il n’arrivera pas à forcer l’entrée. Et puis la police va finir par nous retrouver.
— Ça non plus, je ne pense pas que ce sera le cas, répondit mystérieusement Kern en se relevant. 
Son attitude venait de changer subitement et Camille s’en était rendu compte.
— Pourquoi dis-tu ça Kern ? Tu les as appelés, non ? 
Il agita l’index en signe de dénégation. Marteau en main, il se dirigea vers la porte et retira méthodiquement les objets entassés.
— Kern, pourquoi tu enlèves tout ?
— Vois-tu, ma chère, je ne te félicite pas. Bien qu’il fût difficile de le convaincre de sortir en pleine nuit, Romain a au moins eu la décence de jouer le jeu.
— De quel jeu tu parles à la fin ?
— Celui de pleurer, supplier… Comme mes parents, d’ailleurs.
Kern pointait d’un doigt accusateur Camille qui, du regard, recherchait son tisonnier :
— Mais toi, Madame la courageuse réconfortante, toi tu nous as retiré ce plaisir, conclut-il en déverrouillant la porte.
— Nous ?
— Je ne t’ai jamais présenté mon frère ?

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