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La véritable histoire du crapaud qui ne voulait pas devenir prince.

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Brune Hilde

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FINALISTE
Sélection Public

Il était une fois un jeune crapaud qui s’appelait Léon Granabulle.  Fils de Maryvonne, sa mère et de Jean-Claude Granabulle, possiblement son père, il grandissait au royaume de Pique-aux-Tours, un petit royaume tranquille et sans histoires qui s’organisait gaiement autour d’un élégant château avec des tours sur lesquelles le roi avait fait placer des piques pour décourager les pigeons et autres dangers venant du ciel.
Léon aimait ses amis, les vers de terres, la marelle, les sérénades au bord des douves  et surtout l’oisiveté qui constituait, depuis l’obtention de son diplôme, l’essentiel de son existence. Ce diplôme, obtenu avec facilité, marquait pour le jeune crapaud, son passage à l’âge adulte, plus certainement qu’une éruption d’acné cachée par la peau verruqueuse qui faisait tout son charme. 
Fière du diplôme de son fils, Maryvonne Granabulle, attendait impatiemment le jour où enfin serait annoncée la sortie de la princesse Millange et par conséquent la possibilité de voir son fils devenir prince. Elle avait perdu le sommeil et empêchait toutes les nuits, son mari de dormir en lui posant des milliers de questions, sur le baiser, sur la transformation, sur la vie des princes sur la hauteur du garrot du cheval du prince, etc…. Jean-Claude lui répondait inlassablement qu’il n’en savait rien, n’ayant jamais été prince.
Puis, le jour arriva. Maryvonne endormie au petit matin malgré les ronflements de Jean-Claude, fut réveillée en sursaut par les trompettes du roi. En quelques bonds, elle se retrouva aux premières loges, devant le chevalet qu’on venait de placer pour l’annonce. L’annonce fut sobre : « la princesse Millange ferait sa première apparition en public, les huit jeunes crapauds prétendants étaient convoqués pour le surlendemain, à l’heure du goûter royal, dans la salle des Illustres »
En quelques bonds elle fut de retour chez elle, toute excitée comme une future belle-mère de princesse. 
« Léon, Léon réveille-toi ! »
Léon ouvrit un œil noir et doré, aperçut sa mère et le referma aussitôt. Elle se précipita vers son mari qui dormait encore profondément.
« Jean-Claude, ça y’est, Millange va choisir son prince…Ô Jean-Claude je suis si heureuse, un prince dans la famille. Je suis sûre qu’elle va choisir notre Léon, Lève-toi Jean-Claude !»
Jean-Claude ouvrit, lui, ses deux yeux noirs et dorés, mais quand Maryvonne y lut une claire trainée de colère, elle repartit d’un bond dans la chambre de Léon, qui, indifférent aux évènements princiers, s’était rendormi. Désespérée par cet excès de nonchalance et ce manque d’ambition des mâles de sa famille, Maryvonne sortit rejoindre les mères des sept autres prétendants, toutes affairées à parier sur l’avenir princier de leur progéniture.
Ce soir-là, Léon rejoignit ses amis au bord des douves pour une partie de marelle. Ils ne parlèrent que de la princesse, de ses cheveux qu’on disait blonds et longs, de ses yeux, de sa robe de lumière et de son sourire avec des dents. Léon n’arrivait pas à se réjouir, car Léon ne voulait pas devenir prince. Il voulait vivre sa vie de crapaud, regarder danser les libellules, allongé sur le dos en écoutant les menuets sous les fenêtres allumées du château. Il voulait continuer à sauter de la Terre au Ciel en lançant son caillou. 
C’est son ami Jean, qui échafauda le plan. Un plan aussi bancale que risqué, mais c’était le seul et il avait le mérite d’exister. Jean avait raté son diplôme de quelques points, trop occupé avec ses histoires de flibustiers, de corsaires et de trésors enfouis dans les eaux boueuses des douves. Jean était intrépide, un peu voyou et profondément attaché à Léon. Il aurait donné sa vie pour que Léon reste un crapaud.

Le jour de la présentation arriva. On vit arriver au Château des carrosses, des chevaux, des comtes, des barons, des marquises, des curieux, des jaloux et des hordes bruyantes de crapauds venant des royaumes voisins.

On avait dressé, sous les fenêtres de la Salle des illustres, une longue table habillée d’une nappe blanche immaculée. Au centre, huit présentoirs à piédouches recouverts de velours lie de vin, et de chaque côté, des dizaines de pâtisseries.

Les trompettes du roi claironnèrent trois coups secs. Léon et les sept crapauds, tous affublés d’une mini couronne dorée, sautèrent sur leur présentoir respectif. Maryvonne Granabulle faisait des bonds à la verticale pour ne pas perdre une miette du spectacle.

Puis, les trompettes du roi claironnèrent trois autres coups plus longs. Le silence envahit la salle, on vit approcher comme en glissant sur le tapis rouge, la princesse Millange. Léon Granabulle faillit tomber de son présentoir, assommé par la beauté de la princesse. Il se demanda un court instant, si finalement il n’aurait pas aimé être prince.

Millange, s’arrêta devant la table, considéra longuement les crapauds, et s’approcha de…Léon. Il ferma les yeux, tendit ses lèvres boutonneuses et …

« A l’abordaaaaaaage !!!! »

C’était Jean, accroché à une corde de lin. Il venait de faire irruption par la fenêtre au-dessus de la table de banquet, un cache-œil noir sur l’œil gauche. Il attrapa Léon, puis le relâcha sur une comtesse quand il s’aperçut que ce n’était pas Léon. 

La comtesse bascula dans les gâteaux, la table s’écroula, la princesse s’évanouit et Maryvonne Granabulle aussi.

Avec l’élan donné par la longueur de la corde, Jean put faire un deuxième passage et attraper le bon crapaud. On vit alors s’envoler dans le ciel, au bout d’une corde tenue par trois pigeons, deux crapauds hilares.
L’histoire dit que la princesse, trop ridiculisée ce jour-là, refusa de prendre époux à jamais et que Maryvonne Granabulle devint sa gouvernante. L’histoire dit aussi que dans un royaume voisin, deux jeunes crapauds  vivent tranquilles à la cour d’un roi sans enfant à marier. Ce que l’histoire n’a jamais dit, c’est que les crapauds  ne purent jamais plus devenir princes, et que le roi, par décret, décida que cette lourde tâche reviendrait désormais aux dindons.

PRIX

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Hervé Mazoyer · il y a
Mes voix à nouveau
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Judith Fairfax · il y a
Quel humour! A l'abordage de la finale!!
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SakimaRomane · il y a
Ben ! j'avais oublié de voter...Tu ne pouvais pas me le dire ? Pffffffffffffff ! :)
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Maour · il y a
Voilà une belle fable drolatique pour laquelle je revote ;)
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Catherine Perrin · il y a
Joli conte. Je vote
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Nadine Gazonneau · il y a
Je découvre et j'adore Léon . Toutes mes voix .
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Mikaso · il y a
Un petit conte très drôle, merci. Bonne finale.
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Claire Bouchet · il y a
J'aime bien les histoires dont le titre évoque un conte mais peut aussi parfois perdre le lecteur en suppositions de de toutes sortes. Ce Léon me plait décidément beaucoup !
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Ginette Vijaya · il y a
Mes votes renouvelés . Bonne chance et bonne finale .
Je participe au prix automne grand prix avec deux textes : " le livre relié " et " quand le temps s 'arrête" . Merci de m'encourager .

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Violaine Biaux · il y a
Le texte est une merveille d'humour et d'imagination, le titre était déjà une belle promesse... Félicitations et bonne chance pour cette finale. Et si le coeur vous en dit, mon texte (chez les "vieux") est par ici https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lettre-a-maman-2
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