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La vengeance

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Melany-anne

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Moi, bout de tissus dans un atelier de confection, je suis subjugué quand je vois ce que les couturiers ont fait de mes congénères : un beau pantalon à revers, une jupe droite agrémentée d’un liseré doré. Je me doute qu’ils sont arrivés dans le même état que moi, en rectangle avec des fils mal coupés qui se demandent s’ils doivent rester sur le tissus ou rejoindre le sol.

Ca y’est, c’est mon tour. Un tailleur me prend entre ses doigts, il me passe une craie sur le corps et commence à me lézarder de grands coups de ciseaux. Au bout d’une demi-heure de travail, le tailleur me pose sur une table, il prend du recul pour mieux m’admirer. A la vue du sourire béat qui illumine son visage, j’en déduis que je suis plutôt réussi. Le tailleur m’empoigne à pleine main avant de pincer le haut de mon corps sous deux pinces de cintre. Ensuite, on m’accroche au milieu de mes congénères sur une barre de penderie.

Les autres posent un regard inquisiteur sur moi, ils se moquent. J’entends un pantacourt qui s’adresse à un pantalon :
- Tu as vu le petit nouveau, il est aussi large que nous mais il a 10 centimètres de long de plus que moi et dix centimètres de moins que toi.
Le pantalon lui répond :
- Ah oui, je me disais bien qu’il avait un petit quelque chose qui clochait. L’autre fois j’entendais les tailleurs réunis en pause café. Ils parlaient d’une nouvelle tendance, le panta-cheville. C’est peut-être ça qu’ils ont testé sur ce pauvre bout de polyester, dépourvu de charme.
- Sans doute. C’est bizarre cette histoire de panta-cheville.
- Les tailleurs disaient que le célèbre roi de la pop ne portait que ça avec des chaussettes blanches et des mocassins vernis.
- Oui, bah ça devait bien être le seul à porter ça. Et de là où il est, ce n’est pas lui qui va venir chercher notre ami en polyester.
- En même temps, qu’il s’estime heureux le panta-cheville, les tailleurs auraient pu le couper plus court et en faire un panta-couille, soit un slip dans la même matière qu’un pantalon.

Je ne sais plus où me mettre. Ils rigolent, rigolent... A force de se tordre de rire, ils font grincer la barre de penderie. Les tailleurs sont attirés par le bruit. Ils supportent de moins en moins, ce pantacourt qui ne trouve pas preneur et se moque de tout le monde. En se moquant du panta-cheville, le pantacourt vient de donner une idée aux tailleurs. Ils vont lui donner une seconde vie. Il est posé sans précaution sur la table de coupe. Un premier grand coup de ciseau à hauteur des genoux, un second à mi-cuisse avant de se lancer dans une coupe plus précise et une couture de finition. Et voilà, le premier panta-couille vient de voir le jour. Pour l’occasion, il est immédiatement paré d’une étiquette portant une référence et son nouveau nom. Le panta-couille crie, il veut se débattre mais n’a pas la capacité de se mouvoir. Je suis heureux. J’ai ma vengeance, un vêtement plus ridicule que moi vient d’être créé.
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