La vague

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Je déambule ci et là mais surtout là. Acteur de ma vie et spectateur de celle des autres. Oui, je crois que c'est ça. J'aime observer les autres. Plonger dans les tréfonds de l'âme humaine, pou  [+]

Image de Eté 2017
A califourchon sur sa planche ou immergé jusqu’à la tête. Les yeux embués qui fixent l’horizon. Nous sommes ici, tournés vers l’océan qui se perd là-bas, au bout du monde. L’atmosphère est particulière, le silence apaisant. C’est l’attente. Celle de la vague, qui génère en nous tous la même impatience, le même frémissement intérieur.
A l’eau, nous ne faisons qu’un. Il est bien difficile de nous démarquer les uns des autres, tant nos silhouettes sont les mêmes. Une nuée de moucherons. En planche longue, en « biscotte » ou simplement avec une paire de palmes.

La majeure partie du temps passé dans l’eau se résume à attendre et observer. Scruter le déroulement des vagues, leur localisation, envisager les bancs de sable... Tout le paradoxe d’une société qui vit à cent à l’heure, sans ne jamais s’arrêter, sans ne jamais prendre le temps. Prendre le temps. Je crois que c’est ça.
Alors nous attendons. « Ne vois tu rien venir ? Je ne vois que le soleil qui poudroie » disait l’autre.

Sur le parking de la plage, les voitures sont éparpillées ci et là, de la vieille guimbarde au dernier SUV rutilant.
Cette matérialisation des inégalités sociales s’en arrête ici, à la barrière en bois de l’accès pompiers. Fin du bitume, début du sable. Retour aux sources. Les habits tombent, les différences de marque. Le patron a revêtu son uniforme en néoprène noir, tout comme l’employé, l’ouvrier, le fonctionnaire. L’enjeu n’est pas là. Il n’est plus question de position sociale. Juste de savoir ce que tu es en capacité de partager en tant qu’être humain.

Au large soudain, l’eau se ride. Les bras s’agitent, les jambes aussi. Il faut ramer, avancer, toujours.
Il est à côté. Je ne sais pas qui il est. Lui non plus. Mais nos regards se croisent. Sans n’échanger aucun mot, nous nous dévisageons brièvement. Un sourire bienveillant que je lui rends. Au milieu des étendues salées, au centre du rien, un partage fugace d’humanité. Je sais que quoi qu’il arrive, je pourrai compter sur lui. Lui sur moi. Réciproquement. La barre est là. Une série de trois, premier canard. Je plonge et sens la force de l’écume caresser mon dos. Et il est toujours là. A mes côtés, comme à m’attendre. Ici, on ne se laisse pas tomber. Il ne sait pas, ni qui je suis ni d’où je viens. N’être rien d’autre qu’un souffle de vie sur lequel on veille. Et cette quête irrationnelle, inexplicable, qui nous unit.

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