La traversée de la nuit

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Adossée à plusieurs oreillers pour lire plus aisément, je n’entends que râles et sifflements et tandis que ces bruits s’amplifient, je songe au jour où, dans un repas un peu cérémonieux, quelqu’un a demandé où se trouvait le chat que l’on entendait ; j’essayais alors de contenir ma crise d’asthme, ce qui fait que j’ai parfois l’impression d’être deux avec ce chat en moi et cela me distrait un peu de mon livre : je n’ai trouvé dans la bibliothèque familiale qu’une histoire en deux volumes reliés sur le pauvre Louis XVII, peu propice à la transition vers la nuit que je sens venir et redoute, bien que Maman ait pris soin de passer voir si j’avais pris mon médicament, m’accordant de lire autant que je le voulais car elle sait qu’il n‘y a rien d’autre à faire jusqu’au matin, sinon l’appeler, mais j’ai dit que je supporterais et maintenant que le livre me tombe des mains, lasse, je joue à deviner d’autres dessins dans les motifs de la tapisserie, des visages au milieu des fleurs, cela me rappelle tout à coup mes premières crises, dans ma petite enfance, chez mes grands-parents, je revois à ce moment-là les grosses fleurs mauves du papier peint d’autrefois, époque à demi effacée dont je demeure nostalgique et que je cherche à retrouver en éteignant la lampe, mais il fait soudain trop noir, aucune lueur ne filtre à travers les persiennes, je pensais qu’il était plus tard et que je m’étais endormie, alors avec la nuit des formes étranges et inquiétantes apparaissent, mon cœur s’affole, j’étouffe et l’angoisse monte ; il me semble que cette nuit ne finira jamais et que je vais mourir, bien qu’on m’ait expliqué que ce n’était pas possible à treize ans, peut-être plus tard, à quarante ans, mais c’est dans très longtemps, il me faut maintenant économiser mon souffle, mon dos commence à me faire souffrir à force de m’arc-bouter pour respirer ; je rallume et sommeille un peu, la nuit est trop longue, pourtant, bientôt, avec les premières lueurs du jour, Maman va venir, elle m’aidera à me lever jusqu’au fauteuil, ce sera un lever trop matinal car je suis fatiguée mais un lever de bonheur d’ avoir traversé la nuit terrifiante et de me sentir vivante ; Maman me rafraîchira, me peignera, ouvrira les persiennes pour refaire mon lit et secouer mes oreillers avant de m’apporter une tasse de thé avec le médicament du matin, et puis le médecin viendra, je verrai ma sœur, j’aurai un nouveau livre et alors je pourrai, épuisée, trouver mon meilleur sommeil : celui du matin.
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Guy Bellinger · il y a
J'ai moi-même souffert de grave crises d'asthme et je me suis retrouvé dans ce texte qui exprime avec une simplicité stylistique de bon aloi (le personnage principal étant une petite fille) ce que cela signifie que d'étouffer la nuit sans pouvoir s'allonger ni se reposer. Quatre décennies que je n'ai plus de crises, quel bonheur. J'espère qu'il en ira de même pour la petite héroïne devenue grande.
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Marie · il y a
Votre commentaire me touche particulièrement, Guy. Effectivement la petite fille devenue grande n’a plus ces crises angoissantes mais le chemin fut long et la montagne salvatrice. Et puis les médicaments se sont affinés. Vous vous souvenez qu’il s’agissait pour ce Prix de prendre, à la manière de Proust, le contrepied du coucher de bonne heure. J’ai tenté de l’aborder par sa maladie. Un grand merci !
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Guy Bellinger · il y a
De rien, Marie. Pour ce qui est de Marcel Proust, il s'est longtemps couché de bonne heure, c'est vrai, mais peu de ses nuits d'adulte ont été paisibles.
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Marie · il y a
Oui, je sais. C’est pour cela que j’y ai pensé.
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Mickael Gasnier · il y a
La nuit pour les enfants est souvent source d'angoisse alors que dire si cet enfant est malade ?
Bravo pour ce texte
À bientôt

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Marie · il y a
Oui, cela ajoute à l’angoisse et le matin est bienvenu. En fait ce texte a été composé pour un Prix éphémère sur le thème « A la manière de Proust » en prenant le contrepied du fameux « Longtemps je me suis couché de bonne heure ». On apprend beaucoup des exercices un brin contraignants. Merci Michael.
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Lange Rostre · il y a
Parfois la vie impose des choses difficiles. Une telle situation pour un enfant, cela doit être terrible.
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Marie · il y a
Merci pour votre lecture et votre commentaire ! Je crois que les enfants peuvent être très courageux face à la maladie. Et certains sont aux prises avec de graves et pénibles maladies, bien pires que celle que j'évoque.
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Jade_or · il y a
Cet enfant malgré la maladie regarde toujours devant et ce sent bien vivant. Ça me fait penser à une amie atteinte de la betha-thalassémie majeure. Bravo pour ce texte.
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Marie · il y a
Désolée, Jade, de ne pas avoir vu ton message avant. Ce texte se voulait, modestement, "à la manière de Proust" dans la structure syntaxique et puis j'ai pensé à l'asthme de Proust et me suis souvenue de mon enfance. Merci.
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Utilisateur désactivé · il y a
Une traversée en suspension...
;-))

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Marie · il y a
Oui. Angoissant dans l'enfance. Merci.
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Violette · il y a
Les angoisses de la nuit ! Bien difficile de s'en sortir et quand la maladie en est la cause ça doit être un calvaire !
Bon courage à toutes celles et ceux qui doivent supporter ces souffrances.

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Marie · il y a
Oui, Violette. Pour moi, ce sont des souvenirs d'enfance (je réponds plus bas à Gisny) et je n'en aurais pas parlé si le sujet ne s'y était pas prêté, mais c'est vrai que bien des gens doivent supporter et'les douleurs nocturnes et les angoisses qui s'y rattachent. Je pense souvent à eux.
Merci pour votre lecture.

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Gisny · il y a
La nuit, les douleurs, qu'elles soient physiques ou morales, s'amplifient. Les difficultés à respirer, l'anxiété, les soucis, soudain, prennent des proportions inappropriés. Le simple fait d'être allongé, donne aux souffrances, plus de vigueur. Je n'ai jamais compris pourquoi. Comme l'écrit Vinylle, parfois, une simple veilleuse, peut diminuer l'intensité de notre mal être. Essayer, aussi, de penser à une bonne personne qui nous comprend, essaie de nous aider avec gentillesse et amitié. Pour certains, la prière élève, donne une force supplémentaire. En quelques minutes, nous ne sommes plus seuls avec notre souffrance mais soutenu, porté même, allégé. Je vous parle par expérience. Bonne soirée à vous Marie.
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Marie · il y a
Merci pour ce commentaire plein d'empathie. Il s'agissait pour ce texte de répondre à des consignes complexes : faire du court mais à la façon de Proust avec 2500 signes maximum. D'où ma phrase unique. J'ai pensé au Proust gravement asthmatique et fait appel, sur ce plan-là, à mes souvenirs d'enfance, mais c'est loin et tout a changé, les traitements notamment. Ces nuits angoissantes font partie du passé, heureusement.
Merci encore.

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Vinylle · il y a
Bonjour Marie
Les nuits sont le plus souvent angoissantes.. une petite lampe éclaire...
Souffrance physique et morale. La nuit, tout est multiplié par 2 ou plus et il est difficile de parler à quelqu’un car évidemment tout le monde dort et puis surtout il faut oser appeler en pleine nuit alors nous restons avec nos peurs.

Je suis venue sur ce site que depuis très peu de temps grâce à Jeanne d’ailleurs et le peu que j’ai lu et que je lis de vous m’interpelle. Un vote.

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Marie · il y a
Oui, c'est ainsi que cela se vit ! Merci beaucoup pour votre soutien.
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J.D.Flyman · il y a
Bonsoir Marie.

Comment vous... dire les choses...

Si... j'avais été un oiseau...
J'aurai guetté l'ouverture des persiennes,attendu le silence... senti les effluves, par le vent, portées du thé...
J'aurai écarté mes ailes et me serrai ébroué
Un instant après je me serrai posé
Sur un bout d'épaule fatiguée...
Et j'aurai chanté... Juste pour... Parler...

Veuillez me pardonner mes fautes de conjugaison...

Je ne connais que peu, au final, la nature de vos écrits... Grande lacune... bêtise ... De ma part...

Je vous souhaite une bonne fin de soirée ainsi qu'un bon week- end.

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Marie · il y a
Merci pour ce commentaire compatissant et chaleureux qui fait du bien à l'enfant que je fus et ce qu'il en reste.
Moi je viens de lire votre texte sur "la Chose" et, bouleversée, je n'ai pas pu mettre de commentaire immédiatement...
Je vous souhaite également un bon WE.

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J.D.Flyman · il y a
Bon week end à vous Marie...
Je ne suis pas... malheureusement... cet oiseau...
Peut-être que j'aurai, dans le futur ou... un passé oublié... eu cette sensation...

Ne vous souciez pas pour un commentaire sur un texte envers moi...

Dame Léa... m'en aurait reproché à grands coups de bec... de... ce que l'on se soucie de ça...

Je parle quand ... j'écris... bien grand terme!
Une boule de plumes est sur mon... épaule-clavier..
:-)
Eclaan....

Bonne et douce nuitée à vous Marie.

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Valentine · il y a
ah ces tourments des nuits d'insomnie quand le sommeil nous fuit et que s' en viennent les démons maudits : les affres de la maladie et cortège de souffrance et de glaçante solitude..
belle évocation de ces nuits là... si vrai, que soudain, en nous s 'éveillent, les enfants aux cauchemars qui sommeillent...
mon vote, lui, est bien réel.....











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Marie · il y a
Merci, Valentine ! Ici, c'est un Prix particulier : dans chaque thème, un seul texte sera sélectionné pour être LU en public par des comédiens professionnels. Le nombre de caractères était défini à l'avance (2500 je crois avec les espaces ; à vérifier).
Je vous recommande les textes de Anthony Degois, mais il y en a d'autres, bien entendu, et tout dépend du thème.