La traversée

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Il faisait nuit noire et l’on était en pleine saison de pluies, le niveau du lit du fleuve Congo aux abords de Kinsuka était à son niveau maximal. Dans ces ténèbres obscures de la nuit, nous devions rapidement faire la traversée du majestueux fleuve avant que la garde républicaine juste à côté sur la baie de Ngaliema ne réplique et nous mette aux arrêts.
Hevy était un nageur chevronné, moi par contre, je ne savais pas nager, étant un Kinois pure souche. Il fallait faire vite et l’on avait en occurence dérobé une pirogue sur la berge.
Un vent léger et doux soufflait au début de la traversée, elle était semblable à une brise légère pareil à la fraicheur matinale du fleuve en cette période de l’année.
Tout d’un coup sans prévenir, la météo se gâta. Un vent soudain, brusque, bruyant semblable à une tornade et violent comme un cyclone s’abattit sur notre petite embarcation. Cette petite brise devenu vent violent était si puissante qu’elle dévastait tout sur son passage et engloutissait déjà les berges de deux côtés du fleuve.
Et elle nous dirigea sans notre consentement vers les rapides de Kinsuka pêcheur. Ces rapides étaient parsemées de pierres anguleuses capables de briser la coque de n’importe quel bateau et étaient l’une de cause de l’impraticabilité du fleuve sur son biais inférieur de banana à Kinshasa.
L’on paniquait et les battements de nos deux cœurs s’affolèrent face à ce danger. La mort était imminente sur notre pirogue et il fallait pagayer comme jamais, c’était soit mourir soit vivre. Sous une pluie battante et un vent empêchant toute communication, l’on se dévisageait avec peine dans le noir en signe de réconfort parce que la dernière heure semblait avoir sonné.
Nous étions si fragiles, si petits sans défense ni secours à l’horizon et la proie de cette force de la nature. L’on avait perdu tout repère.
Après quelque moment de résistance de notre part, l’on était au cœur des rapides, ils nous malmenèrent à un point où il fallait avoir le cœur bien en place. Les entrechocs nous jetèrent tantôt d’un côté de la pirogue, tantôt de l’autre côté. La pirogue, tout d'un coup, nous souleva et puis nous fit asseoir brutalement sur elle.
Un gros rocher se présenta devant nous sans que l’on ne s’en rende compte car la nuit était si obscure que rien ne la traversait, si terrible qu’elle semait la terreur dans l’âme. Et le rocher fracassa la pirogue qui se brisa en mille morceaux et je perdis connaissance.
A mon réveil, j’étais sur la berge du côté Brazzavillois et Hevy accroupi, me regarda avec un large sourire sur son visage. J’ai peiné à me mettre debout car j’avais quelques côtes cassées, une énorme plaie à la jambe et plusieurs meurtrissures à la tête et aux bras.
L’on était sain et sauf et libre et c’était l’essentiel, l’on avait vaincu la traversée dangereuse du fleuve Congo en cette période de crues.
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