La Traque

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Je possède un doctorat en psychologie des plantes. Actuellement, Maitre Nageur Sauveteur dans une animalerie, je suis agrégé en Biscottes et détiens un Master 2 sur le fonctionnement des lézards  [+]

Nous étions rue Mogador - weekend à Paris - avec ma compagne, lorsque je ne me sentis pas serein. Comme dérangé par une présence qui planait au-dessus de nous. J’eus soudain, la désagréable sensation de me sentir épié. Inquiet, j'accélérai le pas et me retournai sans cesse, comme l’impression d'être suivi. Ma compagne sur mes talons, mon instinct m'éclaira. Il me confirma ce que je pressentais : nous étions pris en filature. Je pris ma dulcinée par le bras et l'entraina à toute allure rue de Provence. A son débouché avec la rue du Havre nous nous mélangeâmes à un groupe de touristes afin de brouiller les pistes. Je pensai l'avoir semé. Mais reprenant notre route par la rue Aubert, je sentis la traque reprendre. Pressons, pressons. J’entrepris de récupérer le boulevard Haussmann et accélérai de nouveau. Ma compagne haletait. Elle me suivait sans comprendre. Elle suffoquait la pauvre, je sentais son souffle dans mon cou. Pour sa santé, il nous fallait faire une halte. Mais pas le temps de se reposer. Une nuée de passants nous doublèrent et nous leur emboitâmes le pas. A présent, je m'engouffrai dans la rue Lafayette, puis la rue Halévy et continuai tout droit en direction de la place de l'Opéra. Tous mes indicateurs sensoriels étaient en alerte. Fuir pour lui échapper. Fuir pour notre salut. Soudain, l'aubaine, un porche d'immeuble. Essoufflés et angoissés, nous restâmes sous notre planque de fortune à regarder passer trois scouts, des touristes indiens, un pompier, deux religieuses, un chien marron clair...
C'est en voyant cette marée humaine qui défilait devant nous que je compris. Ils marchaient tous comme s'ils étaient filés, suivis, traqués (même le chien). Rassuré, je souris. Finalement, personne n'était à nos trousses. J'avais seulement succombé à cette frénésie collective, intégrée à la vie parisienne comme normale, voire nécessaire. Confiants et désormais à notre rythme, nous reprîmes notre ballade. Quand une main m'agrippa l’épaule et me tira en arrière.
"...votre écharpe ! "
C'était l'ouvreur du théâtre Mogador. Il était épuisé.
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