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La traque

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RIJSEL

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La pleine lune éclaire une route le long de laquelle se dirige, vers un hameau, un homme. Il semble sur ses gardes. Il craint la traversée du village et l’aboiement des chiens qui ne manqueront pas de se réveiller à son passage. Les quelques nuages doucement poussés vers l’ouest, s’ils atténuent par intermittence la dangereuse clarté de cette nuit d’été, ne le rassurent pas. Aucun bruit ne parvient de la forêt située de l’autre côté, des dernières maisons. Il ne faudrait pas qu’avant de la rejoindre une patrouille survienne. Il doit au plus vite s’enfoncer dans le sous-bois et longer la route à bonne distance sur une dizaine de kilomètres. Sous l’abri des arbres qu’il vient d’atteindre sans avoir éveillé les chiens endormis dans la tiédeur de la nuit, il se sent protégé. Presque détendu malgré le bruit lointain de moteurs, il progresse empruntant de grandes laies éloignées de la route.
Cela fait presque trois semaines qu’il erre dans cette contrée dont il ignore tout.
Au débouché de la forêt sur des prairies nouvellement fauchées, il aperçoit le manoir, lieu de son rendez-vous et en devine l’entrée du porche. Tapit au pied d‘une meule de foin, il guette le moindre signe de vie. L’angoisse permanente provoquée par la traque dont il se sent l’objet le laisse tout à coup, dans cette aube naissante, envahit d’une douce torpeur. Le soleil qui apparait au-dessus des arbres, indique que la journée sera chaude, augmentant le risque de voir arriver des paysans pour ramasser le foin. Pour l’instant tout est calme ; mais il ne faudra pas s’attarder ici. La personne qui l’introduira dans le manoir ne s’est pas encore manifestée. Il ne la connait pas. Il sait, c’est là son unique information, qu’elle portera un foulard rouge. Le comité chargé de l’accueillir à son arrivée, n’était pas au rendez-vous, ce qui le prive de renseignements complémentaires précieux pour la suite. Certes la personne que le comité lui a envoyée lui a donné quelques informations, mais ce contretemps l’inquiète qui l’obligera certainement à improviser, et ça, il n’aime pas.
Depuis quelques minutes des allées et venues animent le paysage. Surtout, ne pas bouger. Deux hommes, sortis du manoir à bicyclette, se dirigent vers un carrefour que l’on entraperçoit à travers le bocage. Trois hommes viennent d’entrer dans le manoir, une hache sur l’épaule. Une femme parait à l’entrée du porche, son vélo à la main. Elle semble hésiter quant à la direction à prendre. Puis d’un geste lent elle sort de la poche de son sarreau une étoffe d’un rouge éclatant. Elle secoue ostensiblement le carré de tissu et le plie en forme de triangle qu’elle noue en guise de foulard sur ses cheveux. C’est le signal convenu. Tranquillement l’homme se lève, franchit la centaine de mètres le séparant de l’entrée de la prairie qui donne accès à la route. Plaqué contre le talus, il espère que la femme l’a vu. Il imagine qu’elle ne tardera pas à le sortir de cette situation inconfortable.
Sans mot dire la cycliste s’est approchée du talus. Descendant de vélo, elle se penche sur le pédalier, comme pour replacer la chaine et interpelle l’étranger.
Ce soir, dit-elle, longez le fossé de ce champ jusqu’au château. N’entrez-pas dans la cour mais passez par derrière. Il y a une porte qui donne sur le parc, je vous y attendrai à minuit. Les chiens sont de l’autre côté du bâtiment, ne vous inquiétez pas. Maintenant retournez à la lisière de la forêt pour vous y cacher. Vous ne serez pas dérangé, on ne rentre pas le foin aujourd’hui.
Rassuré l’homme s’éloigne en direction de la forêt et s’installe en attendant la nuit pour se déplacer à nouveau. Il n’est plus condamné à errer dans ce pays hostile.
La nuit tombée depuis une heure environ et le silence de la campagne, l’incitent à quitter la forêt pour le rendez-vous de minuit.
Aucune lumière ne manifeste l’occupation du château. À l’arrière de celui-ci, l’homme devine dans la pénombre une ouverture auprès de laquelle, immobile telle une statue, se tient la femme de l’après-midi.
Au rez-de-chaussée, ils pénètrent dans une pièce faiblement éclairée par une lampe à pétrole que l’inconnue saisit pour se diriger vers un escalier conduisant au sous-sol du bâtiment. Après quelques marches ils arrivent à une porte derrière laquelle on perçoit des voix. La femme frappe. On vient leur ouvrir. Des projecteurs braqués sur l’entrée éblouissent les arrivants alors incapables de distinguer les occupants de la pièce. On se saisit de l’homme de la forêt et on l’assoit, sur une chaise, un projecteur dans les yeux pour l’aveugler. De sa place il ne peut voir, que sous la table qui lui fait face. Il y distingue des pieds chaussés de bottes de cavalerie de cuir brun. Un piège. Après plus de deux semaines de fuite il est tombé, dans un piège.
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