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La trajectoire du papillon

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Contraste

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Réveillé tard, frustré de perdre son temps à ne rien faire mais incapable de se lever. Ce matelas, ce coussin, cette couette. Tous les soirs ils lui demandent de le rejoindre mais il refuse. Tous les matins ils lui demandent de se bouger mais il refuse. Il ne veut pas dormir mais lorsqu'il dort il ne veut plus se réveiller. Il ne veut pas mourir mais une fois mort il ne voudra plus se réveiller. Il lui est tellement confortable de s'enrouler dans ce lit.

Finalement levé, son corps est faible. Il est tard et cela fait des heures qu'il n'a rien mangé. Une étrange sensation. Lassitude, mélancolie. Il doit manger pour améliorer son état. Alors comme depuis des années, il se met a répéter les mêmes gestes. S'habiller, ouvrir fenêtres et volets, profiter de cet extérieur enchanteur, respirer son air qui semble si pur. Puis répondre machinalement à ses parents, aider à la préparation du déjeuner, mettre le couvert, manger. Sans un mot. Manger. Il n'écoute plus ses parents depuis bien longtemps. Et il ne dit plus rien. Il ne peut en fait plus mais ça ne le dérange pas. Il est devenu muet. Muet par habitude. Il sort de table en premier après avoir commencé à débarrasser. Et enfin, il s'en va.

Il a toujours le choix entre deux destinations. Sa chambre ou les alentours de la maison. Lorsqu'il est dans sa chambre c'est pour lire ou écrire. Lorsqu'il sort c'est pour lire, écrire ou observer. Dans tous les cas il se relaxe. Il arrive tous les jours à atteindre cet état de détente absolu. Aujourd'hui il choisit de sortir. Il prend un livre, un tas de feuilles et son stylo. Un stylo de couleur rouge et d'encre bleu. Il a l'impression que l'encre bleu glisse mieux sur ses feuilles. Ça lui est agréable.

Il marche maintenant. Il fait le chemin entre la maison et le sommet de la falaise. Ça monte. La vue est magnifique là-haut. L'herbe est d'un vert éclatant. Les quelques rochers sont lisses et leur teinte contraste avec le vert de l'herbe. Il y a un banc. À une quinzaine de mètres du gouffre. C'est le seul obstacle à ce qui semble être la Nature. Mais il est sobre et ne gâche en rien le paysage. Au contraire. Sans lui l'ensemble du tableau paraîtrait fade, perdrait de son sens. C'est un banc double. On peut s'y asseoir d'un côté comme de l'autre. Le jeune homme alterne en fonction de son humeur. Un jour face à cette étendue d'eau infinie. Un autre jour face à cette étendue d'arbres infinie. Il s'installe finalement, le regard vers la mer d'arbres de l'autre côté de sa maison. Comme à chaque fois il prend quelques secondes pour calmer sa respiration et ralentir les battements de son cœur. La vue l'aide beaucoup à s’apaiser. Comme à chaque fois il a pris soin d'emporter quelques biscuits parmi ses préférés. Comme à chaque fois il est seul sur le banc.

La douceur des pages sur sa main, leur bruit lorsqu'elles se frottent les unes aux autres, l'odeur particulière de l'encre. Il apprécie beaucoup la stimulation de ses sens par la manipulation des livres. Et il hait la détérioration de ces derniers. L'utilisation de marques-page le répugne. Avant de reprendre sa lecture, il approche l'ouvrage de son visage pour sentir l'odeur de l'encre. Il caresse également les pages avec ses mains. Un rituel qu'il accomplit aussi pendant et après la lecture. Après quelques lignes, il a réussi à se plonger dans son roman. Au fils des lettres, des mots, il croit parfois entendre un bruit nouveau. Trop absorber, il ne veut relever la tête avant d'avoir achevé le chapitre. Quelques pages tournées plus tard, il stoppe sa lecture et dépose l'œuvre non sans avoir réalisé son rituel. Il se redresse alors et n'observe d'abord rien d'inhabituel. La maison en contrebas puis l'immense forêt à perte de vue non loin derrière. Un mouvement et des couleurs vives attirent finalement son attention. Il s'empare de quoi écrire. Là, tout près, un papillon.
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Utilisateur désactivé · il y a
Une solitude, un enfermement en soi... avec pour seule évasion, les mots, lu, écrits... me semble-t-il ? un texte touchant.
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Elena Hristova · il y a
d'interpréter votre première voix ( j'ai oublié le r, mais c'est pas volontaire, je vous assure)
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Elena Hristova · il y a
Cher Contraste, pour moi c'est une honneur d'interpéter votre première voix. J'aime votre histoire, on y sent bien l'appel de la forêt, ( en hors champ, mais petit à petit cela prend de la place), et comme j'adore la forêt. Je suis en train d'écrire justement une histoire qui se passe dans une forêt enchantée...
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Contraste · il y a
Eh bien merci beaucoup. C'est un texte un peu personnel en dehors de la présence de la nature
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Elena Hristova · il y a
malgré tout je continue à penser qu'il y a bien une forêt qui habite en vous. ( ou plutôt qui cohabite avec vos histoires personnelles)!
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