La Tour Maléfique

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Psychologue et expert-judiciaire, j'apprécie de venir me ressourcer auprès de ces textes, souvent pleins d'émotions et de talent. J'essaie de m'affirmer en tant que romancière, mais ce n'est pas  [+]

Image de 2018
Je me suis réveillée en très grande forme. Je n'avais entendu ni l'horloge de l'église (qui sonne toutes les demi-heures) ni le chant du coq.
J'étais seule dans mon lit mais cela ne m'a pas alertée outre mesure, mon mari se lève très tôt. Aucun bruit non plus en provenance de la chambre de mon fils qui lui, se lève tard. Par acquis de conscience je suis allée jusqu'à sa porte, ouverte. Je me suis rapprochée du lit, vide. Mais bon j'avais bien dormi et je refusais l'inquiétude : il avait peut-être eu envie de découvrir les environs. Nous venions d'emménager dans ce joli village de montagne des hautes Pyrénées et conquis par la beauté du site, mon fils avait pu déroger à ses habitudes. Il était neuf heures et le soleil chauffait déjà la terrasse devant la cuisine où je me suis installée pour mon petit déjeuner. Pas trace de mon mari mais je me sentais bien et j'ai chassé de mon esprit la peur qui voulait s'insinuer en moi. Le silence a fini par me dérouter et l'absence des chiens et des chats, encore plus. J'ai voulu appeler mon mari sur son portable, mais impossible de trouver le mien.

Après avoir vomi mon café et mes tartines de beurre j'ai parcouru comme une folle les 1500 m 2 de notre terrain en criant. Je suis allée dans la cabane remplie de livres au fond du jardin : personne. J'ai vérifié aussi le hangar à vélos : nos trois vélos étaient sagement alignés. Pour finir j'ai enlevé les parpaings qui bloquent l'entrée de la tour qui jouxte notre terrain : vestige du château d'Arzaas datant du douzième et du treizième siècle. Au moment où j'avais décidé d'en franchir le seuil la nuit m'est tombée dessus. Pourtant la matinée était peu avancée...
Je n'ai pas eu le temps de m'interroger davantage sur cette bizarrerie, la porte a claqué derrière moi et je me suis retrouvée enfermée dans le noir.

Assise par terre, je suis bien. Je n'ai pas faim. Je n'ai pas sommeil. Je me nourris avec le vin d'un tonneau que j'ai réussi à ouvrir en tâtonnant dans le noir. Il est possible que mon cerveau très aviné se soit ramolli au fil du temps. Je ne sais pas très bien ce que je fais là mais quand l'inquiétude me ronge je bois et j'oublie. Et je dors. Je dors beaucoup.

J'aurais pu continuer à vivre ainsi tranquillement mais comme une odeur de sang a chatouillé désagréablement mes narines et je me suis rappelée de tout. Sans doute pour ne pas devenir folle je me suis dit que j'étais dans un cauchemar. J'allais me réveiller.

Sûrement ! Sûrement ?
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