La terrine de caneton aux olives façon Pompadour

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J'écris... je m'éparpille... les mots pétillent... et je frétille  [+]

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Niko ? Oui. Comment elle était ? Qui ? Ben, la Pompadour tiens !... Pomponnée. Oui mais pourquoi elle est dans une terrine ? C’est pas elle c’est le caneton. Oui mais pourquoi elle est dedans ?Elle est pas dedans mon ange, c’est son nom, voilà ! Alors à quoi ça sert si elle est pas dedans ? A faire parler les curieux ! Oui mais...Tais-toi je roule !

Sanglé sur le porte-bagages l’enfant serre de ses petits bras maigres le dos puissant de l’homme courbé sur son guidon. La SupMob66 fatiguée bringuebale sur la route défoncée, soulevant un nuage de poussière rouge. Devant eux, derrière eux, le même paysage désolé.

Niko ? Oui. Il était comment Papa ?Supergrand. Et Maman ? Superjolie. Raconte encore comment ils sont morts. Dans la Grande Explosion. Oui mais comment ? Je te l’ai déjà dit mille fois mon ange... Niko ! Oui... Raconte encore !

Soir de Noël. Ils étaient trois à se rendre à ce fabuleux réveillon qui n’eut jamais lieu. Elle, elle serrait contre son cœur la grosse terrine encore fumante. Eux, les hommes, riaient de voir les gens jeter des regards réprobateurs sur leur trilogie dérangeante. Le métro était plein à craquer.

Niko ? Oui. C’est bon le caneton ? Délicieux. Et la terrine ? Encore plus. Et la Pompadour, elle est bonne ? Elle l’était.... Niko ! Oui. J’ai faim ! Tais-toi, dors.

Ils s’aimaient. Le premier homme entourait la taille de la femme, qui portait la terrine, l’autre tenait l’enfant dans ses bras, leur enfant. Les wagons filaient vers les sapins de noël chargés de cadeaux enrubannés. Le fumet épicé s’échappant du gros plat rendait les gens heureux. Sous peu ils seraient chez leurs amis.

Niko ? Oui. Quand est-ce qu’on mange ? Sais pas. Oui mais j’ai faim moi, pourquoi on s’arrête pas ? Parce que c’est comme ça ! Niko ? Oui. Il en reste ?

Eclair blanc. Souffle d’enfer. Chaleur. Temps suspendu. Puis le silence... Et lui, l’enfant dans les bras, debout, seul, s’était retrouvé à la surface, il ne sait comment, fantôme blanc chancelant, chargé de son précieux fardeau.

Niko ! Oui. Il en reste ? De quoi ? Ben, du caneton. Non. Et des olives, il en reste ? Quelques unes, mon ange... Niko ? Oui ? J’ai vraiment-vraiment faim tu sais.

L’homme et l’enfant avaient erré dans la ville anéantie sans rencontrer âme qui vive. A un coin de rue ils étaient tombés sur une SuperMob66 dernier modèle. Elle gisait, couchée sur la chaussée, son conducteur pétrifié à ses côtés. Elle avait démarré. Depuis, ils roulaient. Vers quoi et combien de temps ? Ils ne savaient. De la terrine, il ne restait rien. Du monde extérieur non plus d’ailleurs.

Niko ? Oui. Quand on plante un noyau, on a un olivier ? Oui. Si on avait un olivier, alors on aurait des olives ? Possible.

L’enfant referme son poing sur les petits noyaux au fond de sa poche. Quand ils seront arrivés il fera des petits trous et les enfouira doucement dans la terre en pensant à Papa et à Maman.

Bientôt ils auront deux oliviers et tout ira bien.
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