La terre a tremblé

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Une tasse de café à la main, il franchit le seuil de la terrasse et s’installe confortablement dans un fauteuil. Jim prend une cigarette et après un temps d’hésitation, il se décide à l’allumer. Il boit une gorgée de café et savoure le liquide chaud, avant d’aspirer la fumée.

Au moindre souffle d’air le bruissement des pâles d’un vieux ventilateur recyclé, vient briser le silence. C’est la seule source d’énergie qui alimente en l’électricité son appartement.

Devant lui, les toits des immeubles, quelques tiges de métal pointent vers le ciel, vestiges d’une époque révolue où les antennes étaient indispensables. Jim fixe l’horizon, les images défilent dans son esprit et viennent percuter sa mémoire. En vingt-quatre images par seconde ou en photos instantanées, les épisodes de son passé s’enchainent dans le désordre.

L’atmosphère dégage une lumière un peu jaunâtre. Tout semble suspendu dans un espace-temps où l’heure n’a plus d’importance.

Pendant plusieurs jours, la terre a tremblé un peu partout sur la planète, les océans ont englouti des centaines de kilomètres de côtes et les volcans endormis depuis plusieurs siècles se sont réveillés. La planète a grondé de toute sa colère, lourde et profonde. Des populations entières ont disparu sous les eaux et dans les entrailles de la terre. Les plus riches sont partis reconstruire un autre monde, ailleurs... Les plus pauvres ont péri pendant la catastrophe.

Depuis, le calme est revenu, la planète est dévastée. Pas un seul endroit sur terre n’a été épargné par le cataclysme.

Jim et bien d’autres sont restés sur une terre anéantie. Ils sont coupés du monde. La planète s’est apaisée, la pollution a fortement diminué en quelques jours. De rares véhicules continuent de circuler sur les routes et dans les airs. Les transports en commun fonctionnent quelques heures par jour. Les interactions entre les individus sont limitées, mais un élan de solidarité semble renaître sur le monde. Comme si la parole des uns et des autres est remplacée par des gestes, des regards et des sourires de connivence.

Jim avale une dernière gorgée de café, prend une seconde cigarette, son regard se fige à nouveau et le flot des images de son existence défilent sans ordre chronologique. Les événements de sa vie viennent agiter son esprit, sans pouvoir les en empêcher.
Il écrase son mégot, rentre à l’intérieur et se dirige vers la salle de bain. L’eau à peine tiède est supportable. Après une douche rapide, il enfile ses vêtements et s’apprête pour sortir.

Dehors, les rues sont désertes, le ciel est sombre et une odeur de soufre le prend à la gorge. Les commerces sont fermés, la chaussée est libre, les rares passants qu’il croise lui sourient. Il déambule plus d’une heure sans but précis, jusqu’à ce que la faim le tiraille. Il est temps de rentrer, je dois préparer du pain et des brioches, se dit-il.
Il se souvient qu’il lui reste un stock de confiture, de l’été dernier, quand tous les fruits étaient encore comestibles.

En rentrant dans son immeuble, tout est calme. Depuis les événements, plusieurs locataires sont partis, pour se réfugier ailleurs. Chacun a dû trouver refuge où il pouvait, Jim n’en sait rien. Que sont-ils devenus ? Ses voisins ont-ils survécu ? Il chassa ses pensées de son esprit et se mit à préparer du pain, des brioches et son repas.

Plus tard, il doit se rendre au « stock en troc », pour échanger des denrées alimentaires. Il n’a plus besoin d’argent, c’est la valeur des choses qui compte et permet un troc équitable.

Il va sur la terrasse ramasser des légumes du potager. Il choisit ce qui lui semble prêt et qu’il pourra échanger : des carottes, des pommes de terre, des tomates, des salades. Il ajoute du pain et des brioches. Il prépare son sac, déjeune et prend la direction du « stock en troc ».

Là-bas, on y trouve de tout : des boissons, de la nourriture, des outils, des vêtements et toutes sortes d’objets. Il y a du monde, les gens circulent dans tous les sens et les palabres vont bon train sur la valeur des marchandises.

Malgré le contexte, le lieu est animé et l’ambiance agréable. C’est un des rares endroits où des êtres humains peuvent se retrouver. Il fait affaire avec un dénommé Mike, survivant comme lui, il habite le quartier. Très vite, ils ont échangé leurs marchandises et ont trouvé une bouteille de vin.

Assis, face à face devant un verre, ils échangent à peine quelques mots, leur présence mutuelle est suffisante Pas besoin d’entretenir une conversation, juste pour respecter les bonnes convenances.
Mike sourit et Jim lui rend son sourire. « Tu reviens quand ?» dit Jim, « dans deux ou trois jours, j’ai ce qu’il me faut pour l’instant, et toi ?» répond Mike. « Moi aussi, alors à très bientôt, on fait comme ça » dit Jim. « Je pense que j’ai quelque chose pour toi », ajoute-t-il. Ils se lèvent comme un seul homme, et chacun prit son chemin pour rentrer.


Dehors, la nuit commence à tomber, le ciel est chargé, une odeur de soufre à peine supportable persiste dans l’air. Les images du chaos traversent son esprit furtivement. Jim se ressaisi pour ne pas replonger dans la torpeur, qu’il a vécu au moment des événements. Revenir à l’essentiel pour retrouver un peu d’humanité, se dit-il pour se donner du courage.

Arrivé chez lui, Jim prépare un encas, il n’a pas très faim. Tout en mangeant, il ouvre sa boîte de photos pour les trier, les classer et remettre un peu d’ordre dans son histoire. Il veut redonner un sens à sa vie et renouer avec ses racines.

La soirée passa très vite, J’ai fait un bon tri se dit-il, avant de ressentir le besoin de se reposer. En se couchant, ses dernières pensées sont pour ses parents. Ils ont quitté ce monde depuis une dizaine d’années, ils n’auront pas vécu ça, tant mieux, pensa-t-il. Un profond sommeil le saisit et il s’endort d’une traite jusqu’au matin.

A son réveil, il va dans la cuisine, prépare un café, s’installe sur la terrasse, allume une cigarette, hésite un instant, tire une bouffée, une deuxième, avant d’avaler une gorgée de café...
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