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La tempête

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Valérie Corvino

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La tempête


La première chose que j’entendis cette nuit- là fut le crépitement dans mes branches.
Dans le jardin,les autres arbres autour de moi commençaient à danser comme des squelettes fous.
Tous se cambraient, pliaient sous la force du vent hurlant.
Leurs cimes claquaient comme des fouets, comme la queue d’un chat furieux.

« C’est un cyclone ! » criaient les habitants de la maison.
C’était une très violente tempête.

Je sentais une vibration sous mes racines, allais-je perdre l’équilibre et céder ?
J’étais planté devant la villa où j’avais vu grandir des enfants, des couples s’aimer et se déchirer, des personnes âgées partir.
D’un seul coup, je voyais les vitres de la véranda se briser.
Entre moi et la maison, l’air noir grouillait de débris volants. J’entendais les habitants de la maison hurler de terreur, où fuir ?
Dans l’obscurité, le sol se soulevait comme si le vent venait du centre de terre.
Mon centre de gravité était aspiré en arrière puis brusquement en avant.
L’air émettait autour de moi comme un râle d’agonie.
Les rafales étaient terrifiantes, j’étais secoué dans tous les sens.
Les éclairs et le tonnerre étaient d’une violence folle. Ils se succédaient sans relâche,
j’essayais de compter les intervalles entre chacun.
J’étais soulevé, étiré, vers le ciel.

Je devais quitter la terre. Il était temps pour moi de partir.
Va t-en, criait le vent. Va t-en !
Alors, après un dernier cri survint un explosion, un éclair et un bruit qui ne ressemblait à rien de connu.

J’étais déraciné, je tombais.
Mes années, mes heures, ma vie s’envolaient.
Je laissais un espace dans le jardin près de la villa pour d’autres arbres, d’autres pousses et fleurs. A ma place, il y aura peut-être un Saule, un Chêne ou un Flamboyant, aussi grand et impressionnant que moi.

J’ai été un arbre et je suis tombé une nuit de janvier, emporté par le vent. Une terrible tempête, odieuse, pleine de fureur m’a terrassé, arraché de la terre.
Maintenant,je murmure des chants anciens, je parle avec les poètes et les autres arbres.
Entre arbres, nous avons beaucoup de choses à nous raconter.
J’entends le Saule du fond du jardin qui a été foudroyé par un éclair l’an dernier. C’était l’arbre préféré de la petite décédée d’une leucémie, la cadette des propriétaires des lieux.

Je suis la respiration de la Terre, pure énergie de l’Air et du Vert
Arbre, j’inspire, j’expire envers et contre tout.
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