La tempête

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L'écriture est essentiel dans ma vie. Écrire est un long prologue que je découvre tous les jours. Je suis une grande passionnée. Le monde n'a aucune limite à mes yeux.  [+]

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Le souffle de l’air frappe mes cheveux et pose son souffle démesuré sur ma nuque.
Le vent traverse mon visage et fait s’envoler le silence autour de moi. La tempête arrive, incompressible, envahissant le littoral de son haleine gigantesque, et donnant à mon manteau des ailes d’oiseau effarouché.
J’aime cette force qui me fait tanguer et qui me transporte de gauche et de droite tel un bateau pris dans les remous d’une mer déchainée.
Et là, au loin, ces quelques mouettes qui s’étirent dans le ciel, cherchant un ancrage pour mieux se déplacer.
Je marche le long de cette côte bretonne, vacillante et heureuse, le visage rougi par cette tourmente qui glisse son fard avec délicatesse.
Car oui, le vent peut être docile, et doux et tendre avec qui sait le comprendre.
Cette valse à quatre temps m’emporte dans le tourbillon des rafales iodées qui tapissent mes poumons et lui donnent une forte respiration.
Je marche le long de cette corniche escarpée et je découvre les embruns qui frappent le sol avec force. L’écume blanche jaillit autour de mes pieds et touche à peine mes bottes.
Personne en vue.
Calfeutrés les gens n’aiment pas la tempête.
Pourtant elle exalte une odeur de marée, une force indescriptible qui donne au monde une dimension d’éternité.
Au loin, le café de Gabriel éclaire de sa lanterne sa position dominatrice près du phare.
Je m’approche péniblement, tiraillée par ce vent pénétrant qui m’oblige à me battre contre lui.
Ce combat ultime me donne une force inespérée et je persiste à avancer vers cette infime lumière qui se balance au rythme de la respiration du vent.
La côte est déserte mais je devine le café chargé de pécheurs devant une bière mousseuse, se frappant les épaules en riant pour mieux oublier leurs bateaux emportés par la houle de la mer en colère.
Mes mains au fond des poches, tête baissée tel un combattant près à en découdre, j’avance sur le chemin en frappant mes pieds sur la terre pour mieux m’accrocher au sol caillouteux.
Je suis heureuse dans cette explosion de vie, le sentiment d’être au monde et de lui appartenir.
D’être vivante.
Je ne veux rien d’autre que cette tornade qui m’enveloppe et me contraint à me battre, dans la tourmente des éléments.
Enfin, le café s’approche. Les fenêtres laissent apparaitre quelques ampoules allumées, donnant une impression de chaleur inespérée.
Sur le seuil de la porte, je perçois des rires et des voix, des chants et des cris. Je déguste ce moment de franchir le pas et tente vainement de me recoiffer avant d’entrer.
La, dans une aspiration divine, j’ouvre la porte et me trouve projetée à l’intérieur.
Le café est rempli de gens, pécheurs et touristes, que le vent a exilé, au milieu de nulle part. Ils me regardent avancer vers le bar, les joues rouges, les yeux larmoyants et les lèvres sèches.
Les discussions se sont arrêtées un court instant. Les regards ont dévisagé mon corps meurtri. Puis, progressivement chacun a repris sa discussion.
Un homme s’est approché de moi. Il m’a tendu sa chope de bière en y joignant un clin d’œil complice.
Je l’ai regardé et j’ai pris le verre.
J’ai avalé une gorgée et mes lèvres se sont couvertes de mousse.
Cela l’a fait rire.
C’est comme cela que je l’ai connu.
Le vent m’avait poussé vers lui.
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