La table de deux tout seul

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Image de Automne 2016
Selon la façon dont on s'annonce, on occupera pas la table de la même manière. À deux, on s'enquiert si l'autre préfère la banquette. Ou la vue sur la rue. Seul, c'est vite vu. On fait comme on veut.

On a bien senti le malaise de la serveuse en arrivant. Pas besoin de parler italien. La terrasse est vide, mais on sent qu'elle hésite. Des gens pourraient arriver. On l'aide en lui indiquant la petite table repérée depuis le bas de la ruelle. Celle en contrebas du restaurant, coincée entre deux maisons aux murs de calcaire. On dirait presque qu'elle fait partie d'un autre décor.

Presque, parce que le couvert est mis. Pas de chichis. Juste un set de table en papier jauni. Bon à absorber l'huile d'olive qu'on aura renversée. On s'installe face à la rue, dos au restaurant. La chaise à droite restera vide. Tant mieux. Tant pis. On compte sur les passants pour nous lancer un "salute !" si l'on éternue.

Le plateau de la table a été changé. Il ne s'accorde pas avec les pieds, qui eux-mêmes n'ont rien d'assortis. Chacun d'une taille différente, les frères Dalton sous l'assiette. La table penche un peu à gauche. Plus qu'on ne le pensait. On commande un verre de vin en guise de niveau. Impossible de se tenir droit si l'on veut continuer à surveiller la rue.

Le dossier comme accoudoir nous donne un air nonchalant. Peut-être même un brin hautain. On pense aux petits plaisirs de Delerm. Occuper une table de deux tout seul entre dans la catégorie "plaisir égoïste". Meilleur quand les autres ne l'ont pas. Un couple envie la table. Leurs regards appuyés voudraient déplacer notre assiette en cuisine. Devrait-on se sentir coupable ? On a envie de recommander du vin pour la peine.
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