La steppe

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La steppe. Frontière infinie. Royaume herbeux. Cousine d’immensité avec la mer. Le vent en avait fait son aire de jeux. Il pouvait y courir jusqu’à perdre son souffle, sans obstacle.

Il y avait construit un abri. Sur une ondulation. Pas de coin, pas de recoin. Pas d’arbre. Il s’était arrêté là un jour, y avait planté sa tente, et avait commencé à chercher des pierres sur un large rayon. Les pierres étaient rares.

Il avait monté des murs pour se protéger du vent, qui agissait jour et nuit en tyran pour le fatiguer et lui interdire le sommeil. Il n’avait aucune technique. Alors, les murs se sont maintes fois écroulés avant qu’il ne parvienne à construire ce qui ressemblait à un refuge bas et sombre.

Il s’était octroyé un chez-lui au milieu du royaume de l’herbe et du vent. Un radeau ancré.

Le bois manquait. Il se chauffait avec difficulté. Les bougies étaient finies. Alors, la nuit l’enveloppait chaque soir pour le libérer au matin.

Il se tenait là, debout à quelques mètres de son enclave. Embrassé par un vent piquant qui lui sifflait aux oreilles. Le regard posé sur un horizon qui l’encerclait. Il souriait sous sa barbe emmêlée. Il s’était arrêté là après une vie d’errance, d’égarement et de faux-semblant. Il avait su, comme si son nom avait été écrit à cet endroit de la steppe où tout se ressemble pour l’ignorant ; su qu’il devait s’arrêter et commencer autre chose.

C’était il y a quelques jours. Quelques mois. Quelques années. Sa vie d’avant était une glissade, la nouvelle un ancrage. Il devait marcher longtemps sur le sol dur et contre le vent pour trouver à manger. On n’était jamais l’ami du vent, qui s’opposait toujours. Malgré les difficultés, il n’était pas inquiet. Si la fin l’attendait demain, ce serait ainsi. Personne ne le pleurerait et il aurait vécu. Libre. Plutôt fou.

Les deux pieds sur la steppe, à la fois nulle part et chez lui, il souriait dans les bourrasques de son meilleur ennemi.

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