1
min
Image de Antoine Finck

Antoine Finck

57 lectures

8

C’était le premier jour du printemps, une soirée douce. Je me baladais sur les quais de la Seine, les mains dans les poches, quand une pluie fine et tiède est arrivée. Je me suis réfugié sous le pont de la Concorde en compagnie d’un chat blanc ; il me regardait d’un sale œil. J’ai fait un tour sur moi-même pour explorer les alentours et j’ai entendu pchhhht ! Le chat avait disparu par une petite cavité dans un mur en pierres. Je me suis retrouvé seul sous ce pont. Le fleuve massif se séparait en deux contre le pilier tout proche dans un vacarme assourdissant qui m’a figé sur place. J’étais sidéré par ces milliers de mètres cube d’eau et ce bruit pénétrant tout droit sorti des entrailles de la Terre. Je me suis assis sur une bitte d’amarrage, les jambes croisées ; une statue, j’étais devenu une statue. Cet état de torpeur n’était pas désagréable. « Surtout ne bouge pas », ai-je pensé. Il faisait de plus en plus sombre, il pleuvait toujours, et j’étais comme soudé au quai.
« Un homme à la mer ! »
C’était une femme qui venait de crier en se penchant sur la balustrade du pont, au-dessus de moi. Un cri féroce. « La Seine la mer ! » ai-je pensé. Après avoir fouillé un moment dans l’obscurité, j’ai vu deux bras affolés à la surface de l’eau, deux mains qui cherchaient je ne sais quoi dans le vide.
J’étais une statue, je ne pouvais donc pas réagir, crier pour que cet homme sache que quelqu’un assistait à son agonie. « Merde, je me suis dit, on ne tombe pas impunément d’un pont ; il s’est jeté à l’eau avec le but de se supprimer. Alors pourquoi remue-t-il ainsi les bras ? Qu’il se laisse couler doucement vers le fond. »
Mais non, ce pauvre homme se débattait tant qu’il le pouvait, le courant était violent ; il est passé devant moi la tête hors de l’eau, le regard fou, en me fixant. J’ai craqué, et je lui ai crié :
« Je ne peux pas vous aider, je ne suis qu’une statue.
- Au sec... help !... hoo...
« Je ne peux pas », j’ai gueulé. Le vacarme du fleuve était assourdissant, je ne savais pas s’il pouvait m’entendre.
« Au sec... Hel... Help !...
Puis j’ai plongé, sans réfléchir, je serai une statue une autre fois ; on ne peut jamais être tranquille.
8

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Lililala
Lililala · il y a
Mais d'où vous vient cette imagination ? Un cadre, 3 protagonistes (+ le chat, il est vrai) et le tour est joué ! bravo et merci
·
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Votre "humour" me plaît ! ;-)
·
Image de Antoine Finck
Antoine Finck · il y a
Ça me fait très plaisir.
·
Image de Olessya
Olessya · il y a
hmm, c'est intéressant ça. mais est-ce qu'il était finalement la statue ou pas, c'est ça ma question?...
·
Image de Antoine Finck
Antoine Finck · il y a
Disons qu'il s'est pris pour une statue… Il y a des gens bizarres !
·
Image de Olessya
Olessya · il y a
oui, tout à fait..
·
Image de Jarrié
Jarrié · il y a
Très originale votre idée. Bravo.
·
Image de Antoine Finck
Antoine Finck · il y a
Merci Jarrié
·
Image de Proton40
Proton40 · il y a
Difficile de rester de marbre, même pour une statue !
·
Image de Antoine Finck
Antoine Finck · il y a
Ah ! Ah ! Merci.
·
Image de Max
Max · il y a
Éprouvant ! Mais la statue est devenue humaine. C’est là l’essentiel.
·
Image de Antoine Finck
Antoine Finck · il y a
Effectivement Max !
·