La souris qui ne danse plus

il y a
1 min
6
lectures
0
Au 12 rue..., on en veut à une souris. L’appâter a un temps été une politique, délaissée faute de résultats visibles : les fromages qui parsemaient terre y ont seuls perdu au change. Et la souris restait introuvable. Quand il était fait silence, chaque bruit, dans l’appartement, portait en lui l’hypothèse de son immédiate proximité. Et si, parfois, le minuscule animal avait l’élégance de se signaler aux occupants, c’était si furtivement qu’on se mettait à douter qu’il ait jamais existé. Les placards, à l’entrée, n’étaient pas indemnes de ces craquements qui vaguement indiquent, mais jamais ne dévoilent avec exactitude. Présence opaque et diffuse, à quoi se heurtent une à une les certitudes, et se brisent en une infinité de morceaux, jalonnant le parquet d’itinéraires, patiemment effacés par la faim qui fait se mouvoir cet être gris métal. On a pensé à mille pièges, mais la souris passait au travers comme au travers d’une brume passe un rayon et s’évanouit. Empoisonnée, on l’a voulue : la bête vit encore, mais d’une vie menacée de toutes parts. Où migrer ? Quels bords rallier où sont offerts repos, subsistance et paix ? Dans le royaume des hommes, la petitesse est une faiblesse qu’on ne pardonne pas. Par une après-midi de chaleur, alors qu’on dormait dans une chambre, la souris flaire par l’entrebâillement de la cuisine de quoi se nourrir. Un pain rassis et dur reposait sur la table, une tranche d’emmental aussi. En marchant sur la fourchette, un cliquetis la désigne à l’occupante en passe de s’éveiller. La porte se referme avec un bruit de fracas. La souris est prise à ce piège qu’elle excellait pourtant à déjouer. La lutte est par trop inégale. La souris couine pour dire adieu, sous une semelle ultra-compensée, la bouche béante, les yeux exorbités de douleur. La souris ne dansera plus, c’était donc son heure.
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Espèce unique

Brigitte Prados

Monsieur Oubliette est sans parents ni amis pour lui faire la conversation. Seul un appareil photographique pour compagnon, et une casquette tout droit sortie d’un film de Pagnol. Sélénite n’a... [+]