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la soupe aux choux

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Feursy

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Si Dédé Dufraisse est connu dans le quartier, ce n’est pas pour ses fusils, mais pour les célèbres casse-croûtes qu’il organise chaque vendredi. Saucisson, fromages, tripes et surtout sa fameuse soupe aux choux qui parfume dit-on jusqu’au bureau du maire. Ici pas de chichi, pas de monsieur, chacun amène son opinel et une bouteille. On y croise des artisans, des commerçants, quelques voisins, mais aussi on y rencontre un ancien député, un avocat, un médecin. Roger, le père de Denis, qui conduit les trains, fait partie de la bande, quand il est de repos le vendredi. Même les gandous, en parler gaga, le patois stéphanois, ce sont les éboueurs, n’oublient jamais de faire une halte, laissant leur camion-benne devant l’atelier.

Le casse-croûte du vendredi chez Dédé c’est comme un office païen à la gloire de la bonne chère et de l’amitié. Si Dédé ne fait jamais la cuisine la semaine, ce jour-là, c’est lui qui se met aux fourneaux il ne laisserait à personne la préparation de sa soupe aux choux.

Dès cinq heures du matin, Dédé est à l’œuvre. La soupe aux choux requiert un savoir-faire, tout d’abord dans le choix du lard et du petit salé ensuite il faut bien incorporer au bon moment le chou, les carottes, les navets, le poireau, le céleri, et l’oignon piqué d’un clou de girofle, et surtout il ne faut ajouter les pommes de terre qu’une heure avant de servir. Tout est minuté, comme un chef d’orchestre,

Dédé dirige la partition ; à 9h30 précises, la soupe est prête, il faut passer à table, aucun retard n’est toléré, sous peine d’être exclu définitivement du groupe. La table est simple, des tréteaux une ancienne porte comme plateau, des assiettes à soupe dépareillées, des anciens pots de moutarde en guise de verres. Une fois la marmite posée au centre, Dédé fait le service en prenant bien soin de servir le médecin, l’avocat ou le député en dernier. Personne ne s’en offusque, « les premiers seront les derniers », dit-il fièrement. Les assiettes fument, le silence se fait, la dégustation peut commencer, seul le bruit des cuillères et quelques « Hum ! » de satisfaction troublent ce silence. Ce n’est qu’à la deuxième assiettée que les conversations reprennent. La politique et la religion sont deux sujets qu’aucun convive n’aborde, cela évite les disputes inutiles.
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michel jarrié · il y a
Les copains d'abord et sans chichi. On s'y invite.
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