La souche

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Pour toi, lecteur, lectrice, qu'est-ce qui va bien pouvoir te plaire dans mes très courtes histoires ? Cherche ! Et tu m'en diras des nouvelles. Merci de me lire  [+]

- Qui va là ?  demande faiblement Armand.

Ce n’est vraiment pas le moment de venir m’enquiquiner pense-t-il. Le vieil homme a juste sa petite tête dégarnie qui dépasse du drap. Sa vue est brouillée, c’est sûrement à cause de sa paire de lunettes restée sur la table de chevet. Alors, il a du mal, il fait des efforts et arrive à distinguer une grosse tache blanche.

- C’est toi le meunier ?  s’enquiert-il.

Il lui semble reconnaître la casquette de celui-ci.

- Oui, c’est bien moi, je suis venu prendre de tes nouvelles. 

Quelle drôle d’idée, il est venu prendre de mes nouvelles , songe-t-il.

- Tu veux que j’ouvre les volets ? 

Ouvrir les volets, jamais il ne les ouvre, depuis que Marthe est partie, il vit dans l’obscurité en attendant des jours meilleurs. Il souhaite au plus profond de son cœur trouver l’amour.

-  Non ! au diable la lumière, elle m’aveugle. 

Le meunier s’avance, prend une chaise, et s’assoit près du lit. Il observe Armand en se caressant le menton de sa main rugueuse puis s’exclame les yeux bleus rieurs et brillants :

- Tu en tenais une bonne hier soir ! Je ne t’ai jamais vu arrangé ainsi, tu étais fin saoul !

Le vieil homme tente d’attraper sa paire de lunettes et peste quand celle-ci tombe à terre.

- Parle moins fort et aide-moi à les ramasser et à les chausser, j’ai la tête comme une pastèque.

Il masse son crâne en grimaçant.

- Quelle cuite !  réitère et s’exclame le meunier en se frottant les mains de satisfaction.

Armand s’agace :

-  Eh bien, vas-y raconte ! J’ai tout oublié... 

Ravi, il commence :

- C’est Mélanie qui m’a raconté le début de l’histoire. Paraît-il qu’hier soir, elle t’a entendu taper dans les murs plusieurs fois. Ensuite, elle t’a vu te promener dans son jardin. Tu vociférais, tu ne cessais de faire des allers et retours en titubant dans l’obscurité. Tu tenais dans la main ton pendule, il oscillait de haut en bas, de gauche à droite, il tournait dans le sens des aiguilles d’une montre puis dans le sens inverse. Parfois, il s’arrêtait et là tu étais furieux, tu l’insultais et tu le cognais contre les barrières. Tu arpentais sans cesse le jardin, elle en aurait eu le tournis soi-disant. Elle pense que tu cherchais quelque chose en vain. Elle t’entendait poser à cet objet de drôles de questions comme « Est-ce qu’elle est ici, l’amour de ma vie ? », mais encore ,« Peux-tu m’indiquer la direction ? » et « donne-moi une indication ! mais pourquoi y-a-t-il un M gravé sur la souche ? », t’es-tu demandé près du gros chêne. Après cette dernière, tu as enlacé le tronc et tu t’es immobilisé. Mélanie a attendu un long moment. Voyant que tu ne bougeais pas, que tu étais en larmes, elle est venue me demander de l’aide au moulin. Elle savait qu’à cette heure tardive, j’étais la seule personne qui puisse intervenir. J’ai tenté, je ne sais combien de fois, de te dégager de cet arbre, impossible, c’était comme si tu l’avais dans la peau. Cette force extraordinaire, je n’en reviens toujours pas, parce que entre nous, tu n’es pas taillé, il faut bien l’avouer. Alors, j’ai pris la décision d’aller chercher Irénée au café « Chez Édith ». Encouragé par tous les piliers de comptoir, il n’a pas hésité à m’accompagner, rouge comme un coq, sûr de lui. Quand il t’a vu faisant corps avec le chêne, il a éclaté de rire, son visage devenu violacé, puis il s’est calmé et a retroussé ses manches bien décidé à arriver à ses fins. Dans un immense effort, il est arrivé à dégager tes bras et, dans un même élan, vous êtes tous les deux tombés sur l’herbe. Quelle soirée ! Je n’en ai pas fermé l’œil de la nuit. 

Impuissant, les petits yeux d’Armand vont et viennent, ses mains triturant le drap, l’air très ennuyé par cette situation, en effet, il s’étonne :

-  Alors, je ne l’ai toujours pas trouvé... 

Le meunier cherche à savoir :

-  Tu n’as pas trouvé quoi ? Que cherches-tu ? Sans cette vieille souche de Mélanie, tu serais encore enlacé autour de l’arbre ! 

Des étincelles dans les yeux, Armand se redresse sur son lit et avec le sourire, il reprend :

-  Cette vieille souche de Mélanie... Dieu merci, grâce à toi et mon pendule, j’ai trouvé l’amour.
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