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Céline Martin

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Le réveil sonne
Quelle heure est-il, un peu plus de 6 heures. Je me tourne et je te vois. Tu es là, tu dors encore.
Ta respiration est calme et ton corps se soulève lentement au rythme de chacune de tes inspirations. Tu dors sans soucis, d’un sommeil profond et heureux.
Il faut que je me lève, que je me lave.
Il faut que je m’habille et que j’avale mon café.
Je dois trouver les mots, là tout au fond de mon estomac. Là où se trouve le courage que je n’ai pas au fond du cœur.

Je dois te dire au revoir. Mais je ne sais pas comment faire.
Tu as pris tout l’espace, toute mon énergie, tout mon amour.
Tu es là, exigeant, plein de tendresse, mettant mon cœur en détresse.
Il faut que je trouve le courage. Il faut que je te dise au revoir.
Ne pas faire de bruit en sortant du lit, ne pas te réveiller.
Je trouverai le courage tout à l’heure, quand nous serons partis nous promener.

Je te regarderai droit dans les yeux et je t’expliquerai. Non, bien sûr je t’aime toujours.
Bien sûr, tu es pour moi l’unique et le seul.
Mais il faut que je respire et que je prenne du temps.
Du temps pour moi, du temps pour être jolie, du temps pour rencontrer d’autres gens.
Il faut que je te laisse un peu.
La séparation ne sera pas longue, juste quelques jours, quelques semaines...

Au début tout était si beau, si harmonieux.

Et puis tu as pris de plus en plus de place, de plus en plus d’espace. Un espace libre qui n’attendait que toi pour le remplir, pour l’embellir. Au début je ne me suis pas rendu compte, tout à mon bonheur nouveau, je n’ai rien vu arrivé. Et puis, toi et moi nous étions bien. Nous nous comprenions.
Je n’ai pas remarqué que mes amis s’éloignaient. Je n’ai pas vu qu’ils commençaient à en avoir assez.
Je ne parlais que de toi, je ne vivais que pour toi. J’en suis devenu idiote, comme si ma vie ne dépendait que de toi, ne pouvait se régler que sur la tienne. Était-elle si vide d’amour et de tendresse pour que je te laisse prendre à ce point la place ?

Mais là, c’est fini. Je vais te laisser.
Ne t’inquiète pas, j’ai tout prévu. Tu ne seras pas malheureux.
Je me décide enfin à sortir du lit. Un peu trop vite, en faisant un peu trop de bruit.
Tu sursautes, tu tournes la tête et tu me regardes.
Tes yeux encore embués par le sommeil. Non, je ne peux pas soutenir ton regard.
Je sens que le courage me quitte...
Et tout à coup la colère monte, le ras le bol, le trop plein cumulé depuis des mois.

Je crie, je suis debout devant le lit et les mots sortent, portés par un hurlement.
« Dehors ! Je n’en peux plus de toi ! »
Tu es là, tu ne comprends pas...
Je voudrais ne pas aller plus loin mais je ne peux pas. Je voudrais que les mots blessants ne sortent pas. Ne rebondissent pas contre les murs de cette pièce où ils feront encore longtemps échos quand tout sera fini, consumé.
« Tu m’étouffes. Tu as pris toute la place dans ma vie ! »
Je sens l’incompréhension dans ton regard. Tu inclines la tête comme si tu cherchais quelque part au-delà de moi et des mots une raison, une explication rationnelle à tout ça.
Mais il n’y en a pas. Je t’ai laissé rentrer dans ma vie et l’accaparer et maintenant je fais machine arrière.
Je tourne la tête pour prendre une inspiration profonde, apaisante. Je tends la main vers toi... Je me sens lasse, vidée. J’ai l’impression d’avoir livré bataille, même si c’est un combat où il n’y a ni vainqueur, ni vaincu malgré les apparences.
Je ne peux plus revenir en arrière. Je sais que cela n’est plus possible. Que cela n’aura pas lieu. Et même si je sens la tristesse ramper vers moi tel un brouillard poisseux, je ne changerai pas d’avis. Je ne peux pas et je ne veux pas. Il m’a fallu trop de temps et d’énergie pour y arriver.

Je pense à la vie que je vais avoir sans toi, je n’arrive même pas à en être heureuse mais je sais que « nous » n’est plus possible.

Alors, à nouveau je respire à fond, comme si je m’apprêtais à plonger dans les profondeurs d’un lac, et je me décide à me tourner lentement vers toi. A te regarder droit dans les yeux pour mettre un terme à tout cela.


Ne t’inquiète pas, j’ai tout prévu... tu ne seras pas malheureux je te le promets.
Allez, descend du lit. Sois gentil.
Tu cales ta truffe humide dans ma paume. Je sens ta respiration chaude à l’intérieur de ma main. Allez, sois gentil, descend maintenant.
Une patte après l’autre tu touches le sol.
— J’ai préparé toutes tes affaires.
— Waouf ?
— Maman, va venir te chercher... tu seras mieux là-bas... ils ont un grand jardin...
Et puis on se verra à chaque fois que je passerai le week-end chez eux. Ce n’est pas comme si je t’abandonnais complètement.
Voilà, c’est dit. Je me dirige vers la salle de bain. J’ouvre le robinet et l’eau de la douche comme à couler sur moi. Sur mon visage l’eau chaude du pommeau se mélange à l’eau de mes larmes. Je sortirai tout à l’heure et tu ne sauras pas que j’ai pleuré...

PRIX

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Keith Simmonds · il y a
Une belle plume pour cette œuvre de mélancolie ! Mes voix ! Une invitation à découvrir “Le Vortex” qui est en FINALE pour la Matinale en Cavale 2019, et vous ne serez pas déçu ! Merci d’avance et bon week-end! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-vortex-1
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Teddy Soton · il y a
La chute était imprévisible, bravo pour ce récit +5
Je suis en finale avec Frénésie 2.0 merci pour votre soutien :)

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Joël Riou · il y a
La surprise finale est de taille ! Les rapports avec les animaux domestiques sont peu différents d'avec les humains, telle est la leçon que l'on pourrait tirer de cette nouvelle. Dans la même veine, je vous invite à lire l'un de mes textes - hors compétition - "Une longue attente".
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Marie · il y a
Une bien belle histoire, un peu triste tout de même, mais fort bien narré.
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Stefe · il y a
Bravo ! Jusqu'au dernier paragraphe, on pense à un couple !
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Littlesurf · il y a
On pense au début qu'elle est victime de harcèlement, d'un pervers narcissique, c'est fréquent ! Et j'étais contente qu'elle s'en libère enfin ! La fin surprend bien sûr. Agréable à lire.
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Keita L'optimiste · il y a
Mes trois voix sont pour vous.veuillez en revanche faire pareil pour moi sur le lien ci-dessous https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/apparait-maintenant svp
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Firmin Kouadio · il y a
Vraiment agréable de vous lire. Bravo ! Et pourriez-vous passer me lire pour me soutenir ?!
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Eric Françonnet · il y a
Voilà mes voix***** : j'avais oublié cette modeste offrande hier…
Bonne continuation et passez par chez moi si ce n'est pas déjà fait.
Eric

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Pamela Hayek · il y a
C'est assez interessant et original. La chute totalement inattendue. Pourtant, l'idee de l'amour qui a besoin de respirer m'a beaucoup plus touchée que la chute. Changement de registre tout à fait inattendu. Je vous invite à lire ma nouvelle "le poète"
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